Cours de sémiotique 1992/1993








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12/01/93.


Je vous conseille un livre, traduction de Gérard Deledalle de 1967, du livre de Dewey qui date de 1938, il a mis 13 ans pour l’écrire, c’est l’homme de Chicago avec Mead, ils ont fondé l’Ecole Sociologique de Chicago. Il détestait Peirce, il le trouvait désagréable, mais il disait que par ailleurs c’était lumineux. Le livre s’appelle : « Logique, la théorie de l’enquête » et c’est aux Editions PUF.

Pour vous résumer et vous montrer la parenté qu’il y a avec le travail que nous faisons, Dewey appelle le point de départ une situation. Une situation dans son sens le plus simple. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’une situation est toujours ici et maintenant. C’est quelque chose qui peut donner lieu au surgissement d’un problème, donc, dans une situation, ce qui apparaît, c’est quelque chose de problématique. Il faut bien qu’il y ait un problème pour qu’il y ait une enquête qui se mène. Voilà la question. Dewey essaie de faire un panorama général de toutes les situations possibles, marquées certes existentiellement, la situation est toujours existentielle, la sémiose chez Peirce est toujours ici et maintenant. Si j’envisage les sémioses possibles, je ne les envisage qu’en relation avec des sémioses existentielles, ayant lieu effectivement, il ne faut pas se payer de mots. Même chose chez Dewey, imaginons un problème qui se pose, il se pose à qui ? à moi ? aux autres ? L’intérêt de cette position est de dire, un problème « se » pose. Ce n’est pas quelqu’un qui pose un problème, c’est le problème qui se pose. Le doute n’est pas subjectif. Pour lui, le doute par lequel commence nécessairement le fait d’envisager une situation ou un problème, donc d’envisager une enquête, est un doute réel, un doute qui est dans la situation elle-même. Exemple : nous allons douter d’être dans cette salle. Non, sur le plan cartésien, nous pourrions nous poser la question, nous pourrions arriver à faire quelque chose, mais la stérilité de la démarche est apparente. Nous voyons bien que c’est quelque chose qui est insensé. Ce qui a contrario, nous montre que quand un doute apparaît, c’est toujours dans la situation. Quand bien même c’est quelque chose que, dans un premier temps, nous sommes tenté d’attribuer à nous-mêmes, ne serait-ce que par prophylaxie, je ne sais pas comment nous pouvons appeler ça, nous décidons que c’est nous-mêmes qui doutons, par mesure de précaution. Mais ce n’est qu’une illusion, car ce qu’il nous faut admettre, c’est que dès lors que l’enquête « se » mène, elle « se » mène à partir d’un doute qui « se » présente, et d’un problème qui « se » pose. J’insiste beaucoup sur ces réflexifs qui permettent d’éviter l’utilisation d’un sujet. Chez Dewey comme chez Peirce, l’enquête est « sans sujet ».

Ce à quoi il nous faut accéder petit à petit, à travers toutes ces conceptions, c’est ce quelque chose de révolutionnaire dans cette manière de penser. Quand on vous dit, voilà, quelqu’un va poser une hypothèse et va tenter de la vérifier, et que nous allons nous faire passer ça comme ce qui se passe réellement, d’ailleurs on n’essaie même pas de nous le faire passer, c’est quasiment archétypal. Qu’est-ce que l’enquête sociale ? Réponse : c’est quelqu’un qui pose une hypothèse qu’il tente de vérifier par des moyens dont les procédures sont données, etc. après des analyses qui sont certes intéressantes, je ne dis pas. Le problème c’est que ce n’est jamais comme ça que ça se pose. La question qui se pose, c’est qu’à un moment donné, nous rencontrons un problème, et les hypothèses, de même que les théories qui en permettent le traitement, font partie des données de ce problème. C’est cet ensemble de choses qui évolue jusqu’au moment où nous arrivons, comme le dit Dewey, à un état de non-doute. Un état qu’il appelle holistique, une sorte de tout se forme devant nous qui est la résolution de la situation. Mais tous les instruments, tous ce que nous considérons habituellement comme d’origine, sont en fait des instruments qui sont pris pendant l’enquête, car jusqu’ici, ils ont marché dans des situations semblables, mais qui du fait d’être pris dans cette enquête, sont éventuellement, légitimés ou rejetés par l’enquête elle-même. Tout ce que nous utilisons dans le cadre d’une enquête se trouve soit légitimé, soit transformé pour les besoins de cette enquête. Résultat, certains symboles s’accroissent, d’autres non, des sens se transforment, nous sommes dans un monde en perpétuelle évolution. Cf. l’exemple de Dewey, parlant du bois : quand nous avons su faire du papier avec du bois, le bois avait changé de signification. Dans les enquêtes, le terme bois, qui est sorte d’objet stable, avait reçu une transformation, il allait pouvoir être utilisé autrement. Ce qui signifie que par exemple on déboise des forêts entières, car, « bois » ça contient « papier ». Quand « éléphant » contient « ivoire », on massacre les éléphants. Il ne faut pas détacher artificiellement les symboles. Ne dites pas, il y a un monde du symbole, ce n’est pas vrai. Des enquêtes se mènent, et dans ces enquêtes tous les instruments viennent s’investir dans l’enquête, mais en même temps, sont authentifiés, rejetés, transformés, à tous les degrés que vous voulez, dans la transformation des instruments mêmes, des outils. Des outils et des objets produits par l’enquête, car, la fin de l’enquête, c’est la production d’un objet, voir la sémiose de Peirce, et ces produits-là sont de nouvelles formes stables, à utiliser pour de nouvelles enquêtes. Et même, sans ce but, l’objet produit par l’enquête, par exemple, le premier homme qui a réussi à faire du papier avec du bois, dès ce moment-là, il fabriquait comme nouvel objet « bois », et pas seulement du papier. Il transformait du bois symbolique. On n’allait plus utiliser le symbole « bois » de la même manière. Ce qui veut dire que le symbole « bois » est celui qui est utilisé dans l’enquête.

Quels sont les mécanismes que nous mettons spontanément dans l’enquête ? Ce sont ceux qui ont été déjà validés, tous ces types qui ont fait des recherches sur l’enquête sociale, qui se sont aperçus, pour des raisons dont je me fous éperdument, que ce soit empiriquement, que ce soit à l’aide de réflexions mathématiques de haute volée, ou d’analogie avec je ne sais trop quoi, la question n’est pas là, nous nous rendons compte que ces moyens de l’enquête sociale ont été validés. Ce qui veut dire que nous allons pouvoir les réinvestir dans une nouvelle enquête sociale. Mais en les réinvestissant, en leur fait prendre un risque, celui d’être transformé et d’être impuissant à réaliser l’enquête sociale, c’est-à-dire à atteindre les buts fixés.

Quand nous prononçons une phrase, quelle qu’elle soit, nous résolvons un problème. Quand je vous parle, je résous un problème. Je suis dans une contradiction terrible, je suis payé pour vous raconter mes conneries. Si je ne le fais pas, je serais convoqué par l’autorité de tutelle, voilà un problème, il faut que je fasse ça. Et vous aussi, vous avez un problème pour être là. Votre déplacement représente le fait qu’il y a un problème. Quelque chose qui se pose, nous ne savons pas quoi, pour chacun c’est différent ou pas. La confluence des gens permet peut-être de définir des ordres de problèmes. Quand nous prenons une telle situation, nous nous apercevons qu’elle est elle-même un amalgame de différentes situations, nous pouvons prendre différentes enquêtes qui se mènent en même temps, n’ayant pas la stupidité de penser que nous sommes des Gérald Ford de l’enquête. Ses conseillers politiques lui interdisaient de mâcher du chewing-gum, car il ne pouvait pas à la fois, penser et mâcher du chewing-gum… Nous nous pouvons faire un peu plus que Gérald Ford, nous pouvons mener plusieurs enquêtes à la fois. C’était le plus con des présidents des USA, pourtant Dieu sait s’il y en a eu ! Donc, vous êtes là, et vous tentez de résoudre un problème dont les données ne sont peut-être pas posées de manière très claire. Si vous réfléchissiez à ce pourquoi vous êtes là, nous verrions qu’il y aurait une différence très importante à faire entre ce que nous pourrions appeler l’enquête de sens commun, le « common sensism » de Peirce, et l’enquête scientifique. Peut-être dans ces termes-là, quels sont les buts ? Cette simple situation d’être ici, s’il fallait la décrire en terme d’enquête, serait un travail de romain. Je vous ai donné un élément de l’enquête, pour moi c’est une obligation. C’est tout à fait différent de vous. Le type de phrases que je prononce, la manière dont je le fais, le fait que je n’écrive pas mes cours, etc, tout cela est lié à une sorte d’esthétique de mon travail, je risque de me planter, mais c’est agréable ! Il y a certains trucs là-dedans qui mériteraient un bon coup de balai, il faudrait trouver ce qui est effectivement efficient, quels sont les outils qui me permettraient de progresser dans mon enquête, qui ne se terminera qu’avec la retraite ou la mort. Il y a le fait aussi, que ça me permet de chercher à haute voix. Pour quelqu’un qui cherche, c’est très agréable d’avoir un public sur lequel tester les idées au fur et à mesure qu’elles surgissent. Pour moi, ça me va très bien, je suis très content. En plus, il y a là une satisfaction de l’ordre du plaisir. Même, c’est presque utilitaire, ce brave Bentham, serait content. Bon, mais tout ça vous le savez.

L’autre jour j’étais à Avignon, à un congrès de psychanalystes, j’ai entendu un de mes chers collègues qui parlait langue de bois. L’horreur absolue, le lacanisme psittaciste le plus ignoble et en plus, le malheureux avait tout écrit, c’était de la langue de bois sur du bois, il ne nous regardait pas, il ne regardait que sa feuille, c’était l’horreur ! Pour lui, qu’est-ce qu’il résolvait ? nous n’en savons rien, mais c’était sa manière à lui de résoudre un problème. Nous ne savons pas lequel, bon, peur de s’écarter de la norme, peut-être ? Car il ne faut pas craindre de dire des conneries, jeudi, je serai au jury de la thèse de Bréno Serson, et puis ce sera terminé jeudi soir, on n’en parlera plus, et quand je vois toutes les références qu’il fait à mes cours, ça m’effraie ! Je me dis, c’est vrai que j’ai dis tout ça et des fois je regrette. Il y a des questions de contexte, des choses comme ça. Bon, et bien tant pis, c’est un état des choses.

Revenons aux outils de l’enquête. Ils nécessitent qu’il y ait une certaine formulation du problème. Vous n’utilisez pas n’importe quel outil pour faire n’importe quoi. La formulation du problème fait partie de l’enquête. Les outils font aussi partie de l’enquête, nous sentons bien qu’autour de ce que Peirce appelle la secondéité de la situation, vient se nouer toute la tiercéité du développement des symboles.

Toujours autour de cette thèse de Bréno est sur la « théorie sémiotique de la cognition » dit-il, chez Peirce, jusqu’ici j’avais une vision très simple du problème de la connaissance. Le problème de la connaissance se posait dans quelle philosophie ? Dans la philosophie dualiste, où l’on sépare l’esprit et le monde, à ce moment-là, il faut bien que l’on étudie les conditions pour qu’un esprit puisse connaître le monde. Ça devient crucial. Si on les a séparé, il faut bien dire comment ils se rencontrent. Cela devient très compliqué, car pour dire que deux choses qui ont été séparées se rencontrent, c’est dire si elles ont un point où elles sont la même. C’est ça la question de la connaissance. Si nous pouvons connaître le monde, c’est qu’il y a un endroit où nous pouvons le connaître, c’est-à-dire ce que nous appelons les conditions de possibilités de la connaissance. En général dans la philosophie, la théorie de la connaissance est basique. C’est la théorie des conditions. Par contre, chez Peirce, Dewey, la théorie de la connaissance n’a plus grand intérêt en elle-même, elle n’apporte rien, pourquoi ? Parce que c’est une théorie continuiste, nous n’avons pas à séparer l’esprit du monde, au sens de l’éléphant dont je vous parlais. Si, en entrant dans l’enquête, vous avez le concept, le mot éléphant, c’est quelque chose qui va amener au massacre des éléphants. Nous voyons qu’il n’y a pas de séparation arbitraire à faire entre les mots, les symboles, les concepts et le monde. C’est tout un, les choses sont directement liées et justement cela se voit très bien si nous prenons la perspective de l’enquête elle-même. Donc pas de problème de jonction, puisque ça n’a jamais été séparé. Même au contraire, la tiercéité présuppose la secondéité qui présuppose la priméité. Nous sommes devant un monde, non pas moniste, mais pluraliste.

Donc la théorie de la connaissance ne se pose plus qu’en écho à la théorie de celle des grecs ou de la philosophie allemande, ou je ne sais trop quoi. Il y a deux idées, l’une « cognition » et l’autre « knowledge ». Cognition, nous pouvons le traduire par connaissance et knowlegde : le savoir. C’est une bonne opposition qui correspond à ce qui chez Dewey est appelé « knowledge by acquaintance » : connaissance de familiarité, qui est la connaissance des singuliers, nous sommes familier avec des singuliers. Et puis vous avez la connaissance « about », connaissance sur… à propos de… qui est le savoir. Exemple : l’autre jour ma fille me dit « je viens d’avoir des nouvelles de Brigitte, son père ne veut pas qu’elle vienne ».— Je lui demande :» mais qui c’est, Brigitte ? »— » Non, tu ne la connais pas, mais tu sais c’est elle qui m’avait téléphoné il y a trois jours, pour me dire que… et c’est elle qui… ». Donc petit à petit j’avais un tableau qui se formait de Brigitte. Nous voyons la différence entre connaître (familiarité) et savoir (je sais des choses sur elle). Nous pouvons aussi traduire respectivement par « cognition » et « connaissance ». L’essentiel est de les distinguer.

Bon, ce livre que j’ai là, j’en profite pour vous en parler, mais en même temps je n’oublie pas que je vous ai fait un cours la semaine dernière sur le rhème, et si je vous dis tout ça c’est qu’il y a sans doute quelque relation avec la proposition, qui était la question à laquelle je voulais arriver maintenant.

Je vous dis tout de suite que Dewey et Peirce ne disent pas la même chose, Dewey n’est pas du tout un commentateur de Peirce. Il a été influencé par Peirce, mais il y a une telle parenté de démarche pour que je vous invite à y aller voir. Surtout sur la question du jugement, et de la proposition. C’est une vieille question de la philosophie, en particulier chez Kant… Je fais comme si je connaissais tout ça, si vous grattiez un peu, si vous me posiez 2 ou 3 questions, à la quatrième je capitule, je ne saurais pas répondre. Sur Peirce peut être… Mais sur Kant, j’ai lu « Critique de la Raison Pure », mais ce n’est pas suffisant, il ne suffit pas de lire. Si on n’essaie pas de mettre en application ce qu’on lit, ça ne sert à rien, pratiquement. Alors pour rendre opératoire « Critique de la Raison Pure », il faut du travail, il faut quelques années, il faut avoir une culture, autant de choses auxquelles il me faut, hélas, renoncer, et vue mon grand âge ce sera de plus en plus difficile. Cela dit, donc, il y a quand même cette question du jugement qui fait écho à ce que vous avait dit notre cher philosophe André De Tienne — je vous signale que bientôt nous allons avoir, début février, mon vieux copain Fisette, un canadien, avec un délicieux accent du terroir, il s’occupe d’un poète absolument inconnu, mais qui est très célèbre au Canada, et il s’intéresse à Peirce. Mais là je parlais du philosophe André De Tienne, l’américano-belge, ses séminaires du vendredi étaient superbes, il nous avait fait remarquer quelque chose sur la question des catégories : le système catégoriel d’Aristote était monadique, parce que c’était des catégories de prédicats, par contre Kant, ce sont des catégories du jugement. Le jugement c’est le jugement sur…, c’est-à-dire porté sur des objets, c’est du registre plutôt propositionnel, un jugement c’est ça. Les catégories de Kant étaient des catégories dyadiques. Les catégories de Peirce sont des catégories obtenus à partir des modes d’inférence, c’est d’ailleurs la seule chose qu’il garde des catégories de Kant, nous pouvons donc dire que ce sont des catégories triadiques. La question importante est la question du jugement, Dewey fait du jugement quelque chose d’essentiel, c’est ce qui va clôturer l’enquête. A la fin, il y a le jugement. C’est quelque chose de très subtil, que nous trouvons dans son livre, c’est sur quoi s’appuie le jugement. Il dit, par exemple, « imaginez que dans une Cour de Justice, le jugement soit prononcé… », le Président, au moment du jugement, énonce des propositions, l’accusé est coupable, l’accusé a des circonstances atténuantes, etc… il donne des réponses. Nous voyons que le jugement c’est un corps de propositions, « que serait ce jugement s’il n’était suivi de tout l’appareil de Justice ! « Si tout l’appareil n’était pas là, ces propositions ne seraient pas vraies, au sens de l’enquête, elles le sont que parce que nous voyons bien qu’elles engagent des actes.

Là, il nous faudra faire attention, parce que l’exemple donné est tellement évident que nous aurions envie de construire une théorie à partir de lui, notez bien que vous avez, dans ce qu’on appelait le monde du pragmatisme, trois grandes figures, avec des bouches, d’où sortent les propositions différentes. La bouche de James William, ne dit pas les mêmes choses que celle de Dewey, qui ne dit pas la même chose que celle de Peirce. Ne faites pas un fagot de l’ensemble parce qu’il y a le même nom. Nous devons faire attention que l’acte en question, soit bien l’acte comme « possible ». Et comme « possible » étant incorporable. Exemple, la bombe atomique, l’équilibre des forces, qu’est-ce que c’est sinon le fait que la bombe atomique peut éclater. Mais nous sommes protégé, parce que nous nous disons, « jamais elle n’éclatera ! », sinon cet argument ne marcherait plus. Nous voyons bien que cela a quelque effet. On ne demande pas à la bombe atomique d’éclater, pour pouvoir servir dans le cadre des effets, des actes qui viennent se poser. Il n’est pas nécessaire de « passer à l’acte », parfois il suffit que l’acte soit possible. Nous pourrions imaginer un prisonnier qui jamais ne touche les barreaux de sa cellule, qu’est-ce que ça signifie, cela veut dire qu’il n’a jamais tenté de sortir de sa cellule, l’intériorisation de la possibilité de l’acte. Dieu soit loué, nous sommes un certain nombre ici suffisamment âgés pour avoir connu la télévision avant 81, vous vous souvenez comment c’était, l’auto-censure des journalistes, autour de la question des diamants de Giscard, c’était à hurler de rire, car la presse écrite disait autre chose, mais à la télé, on ne lui posait jamais les questions, de peur qu’il ait à y répondre. Ça continue dans d’autres registres, c’est pas le problème, mais à l’époque ça se voyait bien. Le ministre venait directement donner des ordres, au le journal télévisé. L’auto-censure est là, l’intériorisation de l’acte comme possible. C’est ce que nous appelons la peur du gendarme ! La menace. Que serait le jugement s’il n’y avait pas un acte qui peut suivre. Exemple, vous recevez un amende, au Tribunal de Police, vous avez un Juge qui vous dit vous allez payer telle somme, là il ne s’agit pas de ne pas payer, mais vous payez, le paiement ne vous est pas extorqué par la force directement. L’acte potentiel est efficient de son efficience possible. Donc le jugement va clore, mais à condition qu’il y ait un acte possible, que ce jugement ne soit pas vide, et puis ensuite il y a tout l’appareil, pendant l’enquête, là il y a des tas de propositions qui vont passer. A voir les choses comme ça, nous pouvons nous rendre compte qu’à ce moment-là, nous avons des jugements dont la position sera transitoire, et pour d’autre essentielle, puisqu’elle va clôturer, nous avons plusieurs sortes de jugements possibles, plusieurs places possibles dans l’enquête. Nous n’allons pas nous attendre à trouver les mêmes choses selon les endroits où nous trouvons nos propositions, nos jugements, que ce soit en fin d’enquête ou pendant l’enquête. Je vous renvoie à tout ce qu’il raconte sur les propositions générales, les particulières, les universelles, les singulières, il reprend les vieilles conceptions d’Aristote, et il les réadapte à sa propre question de l’enquête. Voilà, je clos le chapitre Dewey, mais c’est pour vous donner un petit contexte, quand nous pouvons réfléchir dans un contexte c’est toujours mieux que lorsque nous réfléchissons comme ça, en soi.

Qu’est-ce que la proposition chez Peirce ?

Il va d’abord distinguer la proposition du jugement, Nous allons trouver chez lui 3 termes importants : proposition - assertion - jugement. Avant d’analyser la proposition, nous allons étudier ce qu’est le Dicisigne.

R R/O I(R/O)

3 Type Symbole Argument

2 Trace/Tessère Indice Dicisigne

1 Ton Icône Rhème

Voilà notre tableau qui maintenant commence à devenir classique. Avec mon 3, ça c’est mon « shibbolet », — c’est l’histoire de la Bible, c’est une tribu qui avait comme particularité de prononcer « shibbolet » d’une certaine manière et leurs adversaires irréductibles avaient trouver ce moyen de les distinguer de tous les autres, ils demandaient aux gens qui passaient de prononcer « shibbolet » et selon la manière dont ils le prononçaient ils savaient si c’étaient des ennemis ou pas. Actuellement en hébreu moderne c’est le slogan, le mot d’ordre. C’est étonnant ça ! Freud disait que l’inconscient c’est notre « shibbolet », en parlant des psychanalystes.

La proposition : c’est un type comme représentement, son R/O est symbolique, et l’Interprétant le représente comme un dicisigne c’est-à-dire comme un signe qui dit. Parmi les dicisignes, nous avons, le plus primitif : la trace indiciaire dicente, qui dit quelque chose. Pour dire il n’est pas nécessaire d’être un type. Un type, vite fait, c’est le langage. La trace, c’est quand même le monde matériel qui nous environne, que le monde matériel puisse dire quelque chose, c’est frappant quand même !

L’exemple du dicisigne c’est la photographie, ça dit quelque chose, même si elle est truquée, et puis ce qu’elle dit, nous n’en sommes pas très sûr. J’ai encore, dans ce livre, j’ai toujours cette photo, dont je me suis servi les autres années. Vous connaissez le film « Robin des Bois », le vrai, cette photo montre le shérif de Nottingham et un de ses acolytes, mais avec une cigarette à la bouche, là, c’est un anachronisme, puisque c’est une photo du tournage. Voilà quelque chose qui dit et qui pourtant n’est pas un type. Là c’est un exemple intéressant, car, théorème fondamental de Peirce, « un signe ne fait ni connaître, ni reconnaître son objet ». C’est le coup de la petite copine de ma fille, je rencontrerais Brigitte, je ne pourrai pas la reconnaître. Je pourrais accumuler tous les signes sur elle, aucun ne me permettra de définir la Brigitte réelle, telle qu’elle est l’objet d’une connaissance existentielle. Pour en revenir à la photo de Robin des Bois, je l’ai achetée en 90, cela fait 3 ans, quand je l’avais présentée pour la première fois, ce jour-là, à ma grande surprise, c’était un signe qui ne disait plus rien ! J’avais beaucoup de gens d’un âge trop frais pour s’intéresser à Robin des Bois, il faut avoir un peu plus de 20 ans, surtout pour le connaître directement. Le fait que ça dise, dépend de tout un tas de conditions. Qu’est-ce que vous avez dit ? La question implique que nous n’avons pas entendu. Il faut déjà que ce soit entendu. Il y a des conditions encore plus terribles. Pour que le signe ait un objet, encore faut-il que cet objet soit connu par ailleurs, c’est-à-dire d’une connaissance existentielle. Ce que je tiens à vous faire remarquer, c’est que quand même, parce que c’est une photo, ça peut dire quelque chose. Attention, quelle différence peut-il y avoir entre une photo et une gravure. Que fait une gravure ? Elle ne peut pas faire mieux qu’une icône, une gravure qui est une trace, parce que si je prends une gravure qui est un type, par exemple un signe chinois… je ne vous parle des gravures qui ne sont que des traces, elles posent toujours un problème, car nous ne pouvons leur faire qu’un degré de confiance iconique. Si les gravures étaient des indices, cela résoudrait des tas de problèmes. Ça nous permettrait de dire qu’un certain nombre de traces seraient vraies. Les rapports avec l’objet sont iconiques, ça ne veut pas dire qu’il y ait un objet existentiel, nous trouvons des gravures des licornes, mais nous voulons en savoir un peu plus, par d’autres moyens, être fixés sur le statut de la gravure. Parfois, par certain type de manœuvre, nous pouvons arriver à reconstituer le fait que cette gravure ait des prétentions à être indiciaire. Quand les circonstances sont clairement définies.

— Napoléon en Egypte, nous voyons avec les gravures que c’est vrai, parce que le paysage n’a pas bougé.

— A ce moment-là, on savait que l’artiste allait travailler comme un photographe. Maintenant nous en déduisons que certains tableaux sont des représentations, mais, sont-ce vraiment des représentations, car le peintre était payé, alors allait-il mettre toutes les rides ? L’autre jour à la télévision j’ai vu un duo tout à fait extraordinaire, c’était Line Renaud et Annie Cordy qui dansaient toutes les deux, mais avec un léger flou, la mise au point n’était pas faite, il y avait la part du doute. Une gravure ça pose quand même un problème, à un moment donné il faudra renoncer à considérer un caractère indiciaire. Par contre nous pourrons avoir des jugements quasi-indiciaires. Quel est le degré de confiance que nous devons accorder au dicisigne, à cette gravure, est-ce qu’elle nous dit réellement quelque chose. Là nous reprenons les campagnes napoléoniennes. A partir du moment où certaines gravures représentaient des choses dont nous avons par ailleurs le témoignage qu’elles étaient dans l’ordre de ce qui était représenté, ces gravures peuvent être considérées comme fiables, mais à partir d’une analyse critique des conditions du dicisigne. En fait, c’est le degré de croyance du dicisigne. Est-ce que ça nous dit ou est-ce que ça nous dit pas quelque chose, voilà la question. Nous considérons alors si la gravure est un indice. Auquel cas nous pourrions très bien nous comprendre, comme pour un argument, Dewey a suivi les conférences de Peirce, nous en infèrons qu’il en a été influencé. Ces conférences se situaient en 1903, il est né en 59. Il avait donc 45 ans, — il est mort en 1952, il avait presque 100 ans, la philosophie ça conserve.

L’indice est susceptible de dire quelque chose, mais attention, pas toujours, si par exemple c’est un rhème, ça ne dit rien. Prenant comme indice, un rhème : un pronom démonstratif. Ça. Nous n’en savons pas plus. Nous pouvons avoir de simples indices qui montrent, qui désignent, avec derrière tout un trouble de traduction, en anglais indice ça se dit « index », au pluriel « indices ». Traductions possibles, soit la traduction « indice », soit la traduction « index ». L’index c’est aussi bien le doigt, mais c’est aussi quelque chose qui indique. Or l’indice indique. Quelle tentation considérable de traduire ça par « index », voir notre Umberto Eco, qui traduit l’index de Peirce par « index ». Impossible de lui faire entendre raison, il ne veut rien savoir. Tant pis, il a tort, l’indice c’est quelque chose qui est mis avec l’objet, il est important de considérer la coprésence de deux, qui est beaucoup plus proche de l’idée d’indice que de l’idée d’index. L’index c’est une situation particulière d’indice. Non pas que ce soit faux, l’index est régulièrement un indice, mais tous les indices ne sont pas des index. Ce qui fait que traduire un terme comme « index », systématiquement par index, c’est occulter toute une partie très importante du rôle de l’indice.

L’indice au sens policier n’est pas toujours un index, sauf de manière un peu métaphorique. Mais là, il vaut mieux ne pas trop courir la métaphore. Car précisément il s’agit de ne pas être métaphorique. Un indice n’est pas métaphorique. Un indice est existentiel. Vous étudiez la logique d’Aristote, vous êtes tranquille dans votre coin, vous lisez des livres chargés de cheveux blancs, mais quel travail d’indice derrière ! d’où vient ce texte traduit ? le manuscrit gamma, le manuscrit bêta, le delta… le premier nous l’avons trouvé à Paris, le deuxième à Bologne etc. Tout un travail d’indice qui est essentiel dans le travail de la pensée. Vous savez bien que l’arrivée de la physique d’Aristote au Moyen Age, a fait un « boum » considérable. Tout s’est transformé, nous voyons que lorsque nous sommes passé par différentes traditions, par les arabes, par les italiens… tout ça, c’est très indiciaire. Même et y compris le domaine de la pensée, de même ce que je vous ai dit, Dewey suivait les cours de Peirce, Freud suivait les cours de Brentano. Vous pourrez dire « j’ai suivi les cours de Balat », peut-être que j’aurai dit un truc, par hasard, qui sera important, mais je n’en sais rien. Par contre Freud a suivi les cours de Brentano, Machin a suivi les cours de… mais nous, nous notons ça. Nous pourrons dire, « vous voyez bien, Freud est dans la tradition de Saint Thomas d’Aquin », ce qui n’est pas vrai, car il s’y est opposé à un point fantastique, nous pouvons comprendre, le même argument peut marcher dans tous les sens, ça c’est la complexité de la chose. Ce qui est important c’est de considérer qu’en tous les cas, il n’ignorait pas ce que disait Brentano. Nous nous en foutons, qu’il ait été pour ou contre, le problème n’est pas là, c’est qu’il ne pouvait pas ignorer. Ça c’est une chose importante. Par exemple, nous pourrions affirmer que c’est de Brentano qu’il a retiré l’horreur qu’il avait des philosophes. Qu’il exprime à chacune de ses pages. Quand il veut donner un exemple de ce qu’est la schizophrénie il parle des philosophes. Comme cas de schizophrénie institutionnelle, c’était typiquement les philosophes, donc il les connaissait, en tous les cas, au moins Brentano. Nous pouvons réduire pour essayer de protéger quelques philosophes, qu’on aime bien. Voir Saint Thomas d’Aquin : une question délicate, il se posait la question de savoir si dix milles anges pouvaient tenir sur une tête d’épingle, nous pouvons en rire, mais c’est un problème qui se posait à l’époque. Parfois, il en allait de leur vie, ou de partie précieuse de leur anatomie, regardez ce pauvre Abélard ou Buridan, Giordano Bruno qui s’est fait brûler. C’était une période difficile pour les philosophes, donc parfois, il pouvait être intéressant pour eux de compter des anges qui tenaient sur une tête d’épingle, de manière à pouvoir être en accord avec le canon, le canon à tout point de vue. Au sens de la canonnade et au sens de la loi. L’ambiguïté est bonne.

Donc, pour vous dire que le caractère d’indice est très important, même lorsque nous allons considérer le domaine des idées. Aujourd’hui je commence mon cours en vous demandant de lire John Dewey, parce que cela vous donnera un éclairage sur ce que je vous dis, qui est intéressant. Ça veut dire quoi, un éclairage, ça va venir vous bousculer, quasiment existentiellement, nous sommes tous un peu comme ça, c’est le dernier qui parle qui a raison. Nous sommes toujours saisi par les arguments, évidemment, les types passent leur temps à polir des arguments, puis ils arrivent et ils vous les déversent, vous n’avez pas eu le temps de vous y préparer, et il faut du temps pour réagir aux arguments en question. Donc il est important d’avoir, comme ça, quelques trucs solides sur lesquels pouvoir asseoir quelques arguments de résistance et d’éclairage. Si je reprends la thèse de Bréno, nous voyons que nous ne pouvons pas présenter Peirce en général, même moi, ce que je fais, c’est une connerie, c’est pour ça que la seule excuse que je me trouve, c’est que je ne fais jamais la même chose chaque année. Donc ça va, tant que tu feras ça, tu peux continuer à parler de Peirce. Le jour où je répéterai la même chose, j’arrêterai, parce que ça voudra dire, attention, il y a quelque chose qui s’est fixé, à d’autres maintenant de le faire. Nous ne pouvons pas dire, « je vais vous présenter Peirce ». Lequel ? Suivant quoi le lisez-vous ? vous vous imaginez qu’un texte c’est quelque chose qui donne tout ? Non. Justement, non, il ne donne pas tout. Le texte a besoin d’être interprété, il a besoin d’enquête complexe. Je me souviendrais toujours d’un beau cours de Deledalle, au cours duquel il regardait d’où venait Peirce, de quel type de croyance familiale, parce qu’il y avait les unitarians et les presbytérians. En Amérique, un chat n’y retrouverait pas ses petits. Il y a plusieurs écoles, mais au fond, il n’y a pas beaucoup d’églises. Je veux dire des groupes d’églises. Lui, était passé des unitarians aux presbytérians, je ne me souviens plus si c’est ça, qui étaient les croyances de sa femme. Sur la question de la Trinité, ce n’était pas les mêmes croyances, il est passé de l’une à l’autre. Sur la Trinité, Peirce, c’est pas mal ! Je trouve très bien de voir ça, ce qui ne veut pas dire que c’est parce qu’il s’est marié qu’il est devenu le fondateur de pragmatisme, alors, non. C’est pas ça la question, ça veut dire que nous, nous pouvons montrer le tissu. « Le tissu dont il est issu ». Ah ! C’est bien ça, écrit c’est pas terrible mais à dire c’est bien. C’est exactement ça, c’est une question de tissu, ce n’est pas une question de détermination. Qu’est-ce qu’il avait lu ? C’est pas mal comme question. Sur Aristote, nous savons qu’il est arrivé (avant de partir ou au retour d’Athènes), lorsqu’il était platonicien, il donnait des leçons dans le genre de Platon. Puis il est parti et il est devenu le précepteur d’Alexandre. A la mort de Philippe de Macédoine, il a fondé son école. Quand nous allons nous trouver devant Aristote, nous allons nous demander, si ce sont des textes platoniciens, etc. Nous avons besoin de savoir ces choses-là. C’est une nécessité absolue, quand nous nous tournons vers le passé, nous avons de véritables gruyères, vers le présent c’est un peu plus facile, nous pouvons reconstituer les histoires. Nous pouvons savoir, par exemple, Peirce critique Hegel, qu’est-ce qu’il avait lu de Hegel. La thèse de Deledalle est qu’il n’avait rien lu directement. Par contre il avait lu ceux qui parlaient de Hegel aux USA, donc ils parlaient d’eux, ce n’était peut-être pas de Hegel lui-même, d’où le fait qu’avec Hegel ce soit toujours un peu compliqué. Nous voyons citer Husserl une seule fois par Peirce. Alors que nous pouvons dire que pour une part leurs démarches sont convergentes, pour une part elles sont divergentes. Mais qu’est-ce qu’il avait lu de Husserl ? Sans doute pas grand-chose, on avait dû lui dire, il en avait entendu parler. Par contre, nous savons qu’il a rencontré à peu près tous les mathématiciens que comptait cette planète. Nous savons qu’à l’âge de 14 ans il connaissait « Critique de la Raison Pure ». Nous avons des détails, nous ne nous étonnons plus de voir la référence qu’il fait à Kant. Donc nous connaissons ses échanges, le contexte dans lequel ses idées ont été produites, mais en même temps que sont les Etats Unis, qu’est-ce que ça veut dire que les Etats Unis. Un machin où arrivent des gens de toutes les parties du monde, particulièrement les plus déshérités, ce qui en voulaient le plus à la mère patrie l’Angleterre, les irlandais… tous ceux qui crevaient la dalle là-bas, les italiens qui crevaient de misère en Italie, on trouvait tout ce que le monde avait de souffrance, et qui se tournaient vers les Etats Unis, fabriquant un pays qui est ce qu’il est, mais pour lequel la démocratie est une question qui se pose. Ce n’est pas une question théorique, c’est une question pratique.

Alors, là, si vous en doutez, allez voir les westerns, retournez voir les westerns de notre enfance. Nous voyons comment c’est toujours le problème de la démocratie qui est posé. Toujours des problèmes pratiques, pour le tissu, les séries B, et puis les grands westerns qui font sortir les grandes idées. Le tissu, représente l’enquête de sens commun, les grands westerns l’enquête scientifique. Là nous avons les grandes mises en scènes des problématiques, le shérif. Avant que le shérif trouve sa propre place dans le système…! Il devait être tributaire de qui ? D’abord des bandits qui le tuaient quand il ne convenait pas, ça c’est un genre de film, le shérif est un salaud, il est du côté des bandits contre les braves gens, alors la ligue des braves gens, problème. Parfois le shérif est simplement le justicier, « l’homme au Colt d’or », le grand film, là, quelle est sa place ? c’est pour ça que nous disons que c’est un western psychanalytique, c’est pas vrai, c’est un western démocratique. Le shérif qui est du côté des braves gens un peu pleutres, qui réussit à les unifier, ça c’est l’image d’Epinal. Mais nous sommes toujours devant la question des hiérarchies. Comment s’articulent les différentes choses, comment se protège-t-on ? comment se développe-t-on ?. La grande question des éleveurs et des agriculteurs, gigantesque question du Texas, est-ce que nous mettons des barrières ? Là nous nous apercevons qu’il y a d’autres hiérarchies qui s’établissent avec déjà des contradictions sociales extrêmement importantes. Ça fait partie du contexte.

Peirce est né en 39, c’est le western, lui d’accord il était à l’Est, c’est un yankee de l’Est, même pas du Sud, c’est le nec plus ultra, c’est-à-dire le cœur de la démocratie américaine au sens de la tradition de ceux qui ont fait la révolution, les héritiers de la révolution contre l’Angleterre. C’est quand même pas mal, voilà une idée très importante, qui est présente chez Peirce. Nous allons leur régler leur compte à ces salopards de l’Europe. Parce que l’Angleterre c’est l’Europe. D’un autre côté, il y a tout un héritage anglais, ce à quoi s’oppose l’Amérique. Ce n’est même pas la peine de parler du complexe d’œdipe, nous savons ces choses-là. Là par exemple, la tradition de la philosophie anglaise est particulière par rapport au Moyen Age, puisque d’abord, les grands : Duns Scot (la plupart ce sont des anglais), nous pouvons dire que le Moyen Age a laissé une tradition très importante en Angleterre, beaucoup moins en France, car Descartes a fait barrage. Que va faire Peirce ? il va hériter des débats de la Scolastique, beaucoup mieux que n’importe quel philosophe intellectuel européen. La Scolastique est rejetée massivement par eux, dans la tradition de Descartes, alors que les philosophes anglais restent dans une certaine tradition du Moyen Age, d’où le fait que tout cet héritage de la logique du Moyen Age, Peirce peut se le réattribuer. C’est ce qu’il fait, et il fait des merveilles avec. Et de l’autre côté ce sont des gens comme Russel qui vont aussi reprendre les questions de la logique, il y a Frege, Wittgenstein qui sont d’un autre ressort. Mais nous voyons que l’Angleterre joue un rôle important. Tout ça pour vous donner l’atmosphère dans laquelle se produisent les idées.

Les idées ne sont pas indépendantes des conditions dans lesquelles elles sont produites. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont valables que le temps de leur production, la preuve : Aristote. Certains sont capables de s’élever au-dessus de leur siècle, mais c’est dans leur siècle qui s’élèvent au-dessus de leur siècle. Et aussi Platon, mais nous pouvons définir les conditions, alors là, vous verrez, il y a des pages de Dewey splendides, sur les conditions de production de la philosophie d’Aristote, qui sont remarquables, dans lesquelles il montre comment précisément, — chose qui est connue dans la Caverne de Platon, nous savons qu’elle est liée à l’état de la société athénienne —, il montre comment toute la philosophie d’Aristote est étroitement liée aux conditions d’exercice de la démocratie athénienne. Nous retrouvons les problèmes de la démocratie et de la nécessité d’une refondation de la démocratie, parce que quand même, c’est ça le thème fondamental de la fin du siècle dernier et de ce siècle-ci.

Qu’est-ce que c’est que la démocratie, comment pouvons-nous parler d’un exercice démocratique ? Dewey se pose la question directement en philosophie, et non pas simplement en philosophie politique, c’est ça le problème, si nous disons, en philosophie politique, c’est foutu. Ça veut dire que nous ne nous intéressons qu’à une application de la philosophie, mais directement dans les fondements mêmes de la philosophie. Qu’est-ce que c’est la démocratie ? Et ça, c’est très fort. Vraiment c’est dans les conditions de l’exercice possible de la philosophie dans la vie, chose avec quoi, la philosophie est en général coupée. Ce qui faisait dire à Freud qu’ils étaient schizophrènes. Freud avait porté le diagnostic, avec Dewey, ils sont guéris. Il propose une guérison. Mais en tout cas, peut-être ça ne marchera pas, peut-être la maladie est trop grave et que les philosophes se rebiffent. Nous avons vu passer toutes les formes de résistances possibles à ce genre de discours, au nom de la philosophie allemande, c’est-à-dire la philosophie dominante à l’heure actuelle, qui est une grande philosophie sur le plan intellectuel, mais dont nous ne voyons pas clairement la dimension pratique. Alors que là, elle est vraiment d’origine. Les concepts se forgent dans l’enquête. Peut-être c’est trop simple. Nous aimerions un peu plus de subtilité. C’est vrai, si vous avez l’occasion de lire ce bon Guillaume d’Occam, c’est un plaisir de subtilité, quoique ce n’est pas lui qu’on appelait docteur subtil, mais Duns Scot. D’Occam c’était le venerabilis inceptor, le vénérable débutant, parce qu’il n’a jamais pu avoir de position universitaire supérieure, il était toujours débutant, là-dessus nous avons des points communs. Lisez ça, vous verrez c’est un véritable plaisir, et puis avec le problème qui se posait à l’époque, est-ce que Jésus était un homme. Jésus est un homme et Jésus est Dieu, autant vous dire que là ils marchaient sur des œufs. D’ailleurs, si il est resté venerabilis inceptor, c’est que probablement il sentait toujours un peu le soufre. Il faut voir d’Occam jongler avec ça, les propositions qui sont vraies pour tout les hommes sauf peut-être si c’est le fils de Dieu, qui, lui, il a droit à des propositions particulières, il y a celles qui sont vraies pour tous les hommes et le fils de Dieu, puis celles qui ne sont vraies que pour tous les hommes. Mais c’est très intéressant car cette contrainte qui pesait sur eux, qui est analogue à ce que nous avons connu avec les chanteurs catalans du Sud, qui nous régalaient, il y avait une intelligence dans ce qu’ils faisaient et qui s’est perdue, pourquoi, parce que il y avait la censure, alors ils étaient obligés d’être extrêmement intelligents, c’est-à-dire, comprendre ce qui se passait au fond, ce qui passait dans leurs chansons et qui ne pouvait pas être dit comme tel. C’est une condition magnifique, alors comment faire de la philosophie en faisant passer quelque chose sans pouvoir le dire. C’est fantastique comme travail, et ça, nous pouvons dire que c’est la culture de la subtilité et en même temps de la connaissance de familiarité la plus complète avec le pays dans lequel nous sommes. Maintenant nous n’avons plus ce genre de problème, il semble que nous puissions dire n’importe quoi. J’ai une formule pour ça, c’est « je ne veux pas faire ce que je veux ». Je vous demande de la méditer, parce qu’elle représente bien la situation dans laquelle nous sommes la plupart du temps. Dans la mesure où nous sommes empêché de faire ce que nous voulons, par des raisons impérieuses, à ce moment-là, nous sentons se développer en nous toute un tas de possibilités de désir, qui sinon resteraient parfaitement éteintes par faute d’un trop plein de satisfactions évidentes. Soyez un peu arrêté, alors là, vous allez voir si cela ne va pas sortir. Là vous verrez ce que vous voulez vraiment. Je ne prône pas le totalitarisme, je vous le dit tout de suite.
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