Cours de sémiotique 1992/1993








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6/04/93


— Question sur la sémiose interrompue de Jean Fisette.

Au fond, ce que je me dis toujours, c’est que nous sommes tous des substantialistes, nous ne pouvons pas nous en défaire. C’est en catalan « ou ça, ou ça », pour bien indiquer qu’il ne faut pas entre les deux, un représentement, nous il faut que nous le voyons. A Bordeaux, il y a deux mois de ça, j’avais rencontré Cohadon, qui est le grand prêtre du cerveau dans son pays, et qui me disait, vous comprenez, tout ce que vous dites, c’est vraiment intéressant sur le ton, j’adhérerais si seulement je pouvais les peser, si vous pouviez me dire ça c’est un ton, et que vous ayez un moyen de le peser. Où mène le substantialisme, il faut que ce soit un objet d’expérience empirique, au sens physique, si non, il n’est pas d’accord. Pour dire un autre mot, nous sommes des nominalistes. Cela veut dire que nous, il nous faut des choses.

Si nous voulons nous faire comprendre, nous devons dire, par exemple, dans un truc que j’avais fait pour les médecins, pour parler de la sémiose, j’avais parlé de la chose qui signifie, de la chose qu’elle signifie, et puis de la chose signifiée, l’interprétant. Quand nous disons, représentement, objet, interprétant, ça y est. Sans même se fonder sur l’idée fondamentale de Peirce sur l’introduction de la tiercéité et sur sa nature, nous pouvons dire déjà qu’en fait, là où nous nous voyons des substances peut-être serait-il sain de ne voir que des fonctions. De telle manière qu’un signe ne serait pas la réunion de 3 substances en une, réalisant le vieux mythe du Père, du Fils et du Saint Esprit, hein ! Mais réaliserait l’intégration de 3 fonctions. Une fonction représentement, une fonction objet, une fonction interprétante, 3 fonctions différenciées, reliées entre elles triadiquement, qui, vues sous un certain angle, peuvent nous apparaître comme des substances, alors lorsque je dis un mot, nous avons l’impression de comprendre, c’est faux, nous ne comprenons rien ! Où il est le mot, vous l’avez vu, vous ? Nulle part, nous ne confondons pas le type avec sa réplique, ou le légisigne avec sa réplique. Nous voyons la réplique. Nous avons l’impression de tenir notre substance, mais si nous tenons qu’à la substance nous aurons le son de la voix, mais nous n’aurons rien du tout sur le plan de la compréhension. Si vous prenez un électro- je ne sais pas quoi, vous analysez le son, vous allez avoir des courbes, mais le mot, où est-il ? Vous ne l’aurez nulle part. Pourtant c’est quelque chose qui insistera dans cette courbe. Qu’est-ce que c’est que cette insistance, est-ce que c’est l’insistance propre d’une substance ? Eh bien, non.

Sur la question de la conception du signe chez Peirce, nous sommes au niveau fonctionnel et non pas au niveau substantiel. Bien entendu, dans la singularité, sans doute quelque substance au sens d’existant est intéressée, la preuve, il faut bien que je parle. Aujourd’hui, même je peux vous préciser, je sentais depuis hier une vague laryngite chronique, qui a des poussées à certains moments, d’habitude, elle se manifeste le mardi soir, aujourd’hui c’est le mardi matin, c’est exceptionnel ce qui fait que le son de ma voix est un peu étouffé. Nous sommes au niveau des qualités existentielles du son, je peux baver tout ce que je veux, simplement, « il avait la voix un peu étouffée », cela ne veut pas dire, ses pensées étaient confuses ! C’est pas pareil ! Nous voyons que nous ne sommes pas au même niveau fonctionnel. Il y a quelque chose qui est attribuable à la fonction de signification, qui serait là, de l’ordre des légisignes et de leur obscurité, puis quelque chose qui est liée à la fonction de production, ou la fonction support, ou la fonction trace qui elle est liée aux empêchements vocaux, il y a plein de trucs sur le larynx, les cordes vocales doivent être irritées, donc pas la même souplesse, pas la même qualité, là, nous sommes au niveau de la fonction trace.

Si nous voulions parler très correctement nous dirions, la fonction type présuppose que la fonction trace soit active pour pouvoir se manifester. Si nous étions cohérents avec les pensées qui nous ont séduits, nous devrions assumer que Peirce attire l’attention sur le fait que nous sommes pour l’essentiel à un niveau fonctionnel. Là, nous pourrions dire il y a plusieurs catégories de gens, il y a ceux qui sont des substantialistes à tout crin, et les fonctionnels, à tout crin aussi, mais ils ont un avantage c’est qu’ils peuvent très bien comprendre les substantialistes. Bien sûr, nous avons besoin de quelques existants, de singularité pour se manifester, mais ce sont toujours des fonctions qui sont mises en œuvre. Si nous sommes que fonctionnels et pas du tout substantialistes, alors là, danger, c’est celui du structuralisme, là, nous nageons dans les structures, nous n’atteignons jamais le monde ! Pour nous, le monde n’est pas différent de la fonction. Dans le monde existant que nous rencontrons, il y a des fonctions.

Si vous avez l’occasion de lire Maine de Biran ne détournez pas votre regard, allez-y jeter un coup d’œil, vous verrez que ça peut vous éclairer sur cette chose-là. En particulier il fait une distinction, extrêmement sympathique entre la sensation et la perception en terme de passivité et d’activité, la sensation est passive, la perception est active, et il montre comment cela conditionne de manière décisive bien des choses. Mais je ne vais pas vous parler de ça, j’essaie de vous parler de la sémiose qui donc, elle, pas moins que tout le reste, est une fonction, c’est la fonction sémiose.

Une fonction c’est troisième, en mathématique c’est ce qui met en relation. Si vous avez de vieux souvenirs en maths, vous avez l’ensemble d’arrivée et l’ensemble de départ, et ce qui relie les deux, c’est la fonction. Même les mathématiciens sont de plus en plus subtils, ils se sont dit qu’au fond ils n’avaient même plus besoin des éléments, il y a des espaces fonctionnels sur lesquels agissent les fonctions. Tout élément est une fonction. Nous en arrivons à un hyperfonctionalisme qui est correct, qui donne d’excellents résultats en mathématique. Peirce c’est un petit peu ça, bien sûr, nous ce que nous rencontrons, ce sont des fonctions. Quand nous rencontrons des existants, nous les rencontrons d’une autre manière, nous nous y heurtons dessus. Sinon, ce à quoi nous sommes, si je puis dire, naturellement adaptés c’est à la rencontre des fonctions, nous c’est dans ce monde-là que nous nous développons, mais nous agissons sur tous les autres, sur le monde existant, cette table se trouvant sur mon chemin, je peux décider, grâce à la fonctionnalité que j’ai en moi, de faire un détour et donc de ne pas m’y heurter. C’est fonctionnel ça. Le fonctionnel n’est pas sans action sur l’existant. Souvent, nous avons tous une tendance à confondre le fonctionnel révélé et le fonctionnel en action. Si je dis f(x) c’est du fonctionnel révélé, c’est ce que je vous ai raconté sur les arguments, induction, abduction, déduction, vous avez la manière vivante dont ça se produit, et puis vous avez la manière formelle dont nous pouvons le restituer. Ce sont deux niveaux différents.

Encore un exemple. Il s’est passé un phénomène hallucinant avec ma chienne, je ne l’observe pas particulièrement, mais quand elle fait quelque chose qui me surprend, là je me dis attention c’est de la sémiotique, qu’est-ce qu’elle est en train de faire. Dimanche, j’étais affalé sur mon fauteuil, et elle était un peu étonnée de ça, parce qu’elle sait qui m’arrive de temps en temps d’aller travailler, elle me sentait bizarre. (Ça c’est une projection.) A un moment donné, je me lève pour fermer la porte du salon. Alors, je me lève, elle me suit, toute hallucinée, elle sort du salon, elle se trouve dans le couloir qui donne accès à la porte d’entrée de l’appartement où un escalier mène au jardin, son lieu privilégié. Je dis à vanille : « non, je ne sors pas, je venais simplement fermer la porte du salon ». Et elle, elle reste campée là, à attendre. Je me dis, mais elle est con cette chienne, évidemment c’est la première chose qui me vient à l’idée, comme si un chien pouvait être con ! Je ne voulais pas refermer la porte en la laissant derrière, car elle se mettrait à gratter à la porte pour que je lui ouvre, et donc j’aurais dû à nouveau me lever. Alors, je lui dis : « bon, tu veux sortir ! Sors ! », je lui ouvre la porte donnant sur l’escalier, elle me regarde, je reste derrière la porte, attendant qu’elle soit passée pour pouvoir la fermer. Je lui dis : « qu’est-ce que tu attends pour sortir ? » Elle me regarde à nouveau, sans bouger. Je referme alors la porte en lui disant : « qu’est-ce que tu es con ! ». Je m’en vais vers le salon, elle me suit. Je referme la porte du salon, elle va se réinstaller sur le fauteuil. A ce moment-là, je me suis dit, Vanille a fait une inférence. Parce que regardez bien, je vais vous dire son inférence. Elle s’est dit, si je rentre dans le salon comme il me le demande, il va fermer la porte d’entrée qui donne sur l’escalier et moi le jardin je ne l’aurais pas, or sa grande passion c’est d’être dans le jardin à condition qu’il y ait quelqu’un à côté. Ce qu’elle déteste par dessus tout c’est d’être seule dans le jardin. Il faut dire que c’est un bâtard de berger.

Donc, vous comprenez son raisonnement, elle est dans le couloir prête à bondir dès que la porte d’entrée s’ouvrira pour dévaler dans l’escalier, en aboyant de surcroît, pour se jeter dans le jardin si moi aussi j’y vais, et absolument pas prête à me laisser ruser sur ce terrain, ruse qui est relativement classique. Elle attend, et se dit, si il me demande de rentrer dans le salon c’est qu’il veut me fermer la porte derrière, je traduis tout ça librement, et donc je ne pourrais pas aller dans mon jardin, donc j’attends. A ce moment-là, qu’est-ce que je fais, je lui ouvre la porte d’entrée, et je lui montre que je ne sors pas, je ne vais pas dans le jardin, et en restant derrière la porte je lui en donne la preuve, elle se dit, plus de danger il ne veut pas aller travailler, car évidemment quand je descends ce n’est pas pour aller dans le jardin, mais je vais à mon bureau qui se trouve donnant dans le jardin. Ma chienne étant rassurée sur mes intentions se dirige à nouveau dans le salon. Si ça, ce n’est pas une inférence ! Tout ce système, refus de me suivre, regard au moment où j’ouvre la porte d’entrée, me suivre au moment où je rentre à nouveau dans le salon, ça c’est un processus hautement complexe, essayez de trouver un explication avec Pavlov, vous n’y arriverez pas.

Ça veut dire qu’il y a un processus d’inférence. Alors, bien sûr, je ne prétends pas que ce soit une inférence pensée, c’est pour ça que je suis d’accord avec tout personne qui dira qu’Umberto Eco déconne quand il dit que les chiens n’ont pas écrit de traité de sémiotique, ils n’ont pas une inférence réfléchie au sens de la réflexion, au sens de l’argument, mais que maintenant un processus inférentiel soit à l’œuvre quand même, que la tiercéité soit réellement à l’œuvre y compris chez les chiens, je n’ai aucun doute là-dessus.

Nous avons fait une sorte de rupture avec le mathématicien de Lacan, chez qui j’avais passé trois jours, il voulait discuter avec moi, et le troisième jour, j’ai senti qu’il se disait en m’écoutant parler de l’inférence chez le chien, celui-là, c’est un con. Il ne me l’a pas dit parce qu’il est très gentil, mais c’est quand je lui ai dit que les chiens faisaient des inférences qu’il s’est nettement renfrogné. Il est professeur à la Sorbonne, c’est un grand logicien, un grand homme, et, depuis mon intervention sur les chiens nous ne nous sommes plus revus. Or pourtant je crois que c’est un truc essentiel, si nous voulons pouvoir saisir quoi que ce soit à la logique, il faut bien comprendre que l’inférence n’est pas quelque chose qui est sous la domination absolue de la représentation que nous en avons.

Comme en toute chose, il y a l’objet et le représentement, et l’interprétant. Nous sommes tout le temps dans ce truc-là. L’inférence est un processus qui se produit même chez les chiens, et à ce moment-là, il n’y a pas de raison de ne s’arrêter qu’aux chiens. Nous pouvons sans doute remonter beaucoup plus haut que ça. Je ne suis même pas sûr qu’il faille s’arrêter qu’au vivant. Ça se discute, tout se discute, je pense que même dans l’acquisition des habitudes par les pierres, par tout ce qui est organisé d’une manière ou d’une autre, organiser et prendre des habitudes c’est la même chose, tout ce qui est organisé c’est l’empreinte même de la tiercéité agissante dans ces choses. Nous pouvons aller très loin dans cette conception et je crois qu’elle est essentielle. Je reconnais que ce n’est pas courant de penser les choses comme ça, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut l’écarter. Toujours dans le cadre du bricolage.

La présence de la tiercéité est sans doute la présence de l’habitude, d’où cette idée de dire qu’il doit y avoir quelque chose qui dans l’interprétant est à la fois ultime et à la fois habituel. Puisque c’est soit le renforcement ou le changement d’une habitude qui sont les signes ultimes d’un processus quel qu’il soit. L’existence ultime.

Le projet, c’est une attente c’est au futur et c’est conditionnel, donc c’est entièrement dans le monde de la tiercéité, mais ce n’est pas représentatif. La tiercéité ne peut pas se réduire seulement au projet.

Tout discours qui a le moindre aspect substantialiste soit nous le faisons métaphoriquement mais en sachant très bien qu’il faut surveiller son langage, il faut savoir que nous sommes dans les fonctions, à ce moment-là, nous pouvons en parler comme des substances, Freud, par exemple, personnalise les instances, il parle du moi en disant que c’est un pauvre bonhomme qui est obligé de se bagarrer contre d’un côté le surmoi, qui représentante l’instance paternelle, d’un autre côté le ça, qui représente le pulsionnel qui, lui, veut à tout prix satisfaction, et puis la réalité, — serviteur de trois maître le moi est en bien grande souffrance. C’est personnalisé, mais ce sont des fonctions, symboliquement il veut bien les assumer, pour se faire comprendre, et puis c’est ça aussi, il y a un angle sous lequel nous pouvons substantiver, mais il faut savoir que dans leur généralité, ces notions sont fonctionnelles, elles ne sont pas substantives.

Après cette mise au point de départ, nous pouvons réfléchir sur ce que peut signifier l’arrêt d’une sémiose, etc., comment les sémioses pourraient être réputées arrêtées, je n’étais pas le jour de cette discussion avec Fisette là-dessus, mais à peine en ai-je entendue que j’ai résisté et je résiste encore, c’est une sémiose, c’est tout. Pourquoi l’appeler arrêtée, par rapport à quoi ? Par rapport à ce que serait la norme d’une sémiose officielle ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Ça me fait penser à une vieille histoire de Winnicott, qui a inventé l’objet transitionnel, il imaginait Hamlet qui ne savait pas très bien quoi dire, alors il tournait en disant « to be or not, to be or not, to be or not to be or not to be », nous sommes un peu là-dedans, ce n’est pas parce que nous avons une troncature du représentement, ce qui est le cas indiqué, quelqu’un qui part au milieu de la pièce de théâtre, mais non, je regrette, la sémiose continue, elle concerne un échantillon mais qui a sa propre unité. Je peux vous dire n’importe quoi, vous serez capable de faire une sémiose en partant de ça.

Actuellement j’ai une patiente qui est en train de se battre avec deux signifiants, deux syllabes, qui ne veulent rien dire en elles-mêmes, mais que nous voyons présentent dans tout un tas de truc de son discours, c’est là, nous ne savons pas quoi en faire, mais ça nous fait jaser. Ça fait un paquet de séances où nous sommes là autour de ces syllabes en essayant de leur faire cracher le morceau. Nous ne renonçons jamais. Alors dire que la sémiose est tronquée, non, à moins de crever, là au moins l’affaire s’arrête.

Tout dépend du point de vue d’où nous nous plaçons. Si nous regardons la sémiose théâtrale, il nous faut suivre le destin de chaque individu de cet acte-là. Aussi bien en terme de représentation, qu’en répétition de cet acte, etc., ou nous prenons comme représentement le moment où ils se lèvent tous, et en essayant de trouver l’objet de cette chose-là. Mais ce n’est pas de la même sémiose dont il s’agit. Si nous parlons de la sémiose qui était inaugurée par la pièce de théâtre, cela ne peut être que ces personnes là qui viennent témoigner de ce qui s’est passé à ce moment-là, ou témoignent pour elles-mêmes mais qui le font savoir à l’extérieur, là nous pourrons avoir quelques renseignements, ça fera partie de l’enquête qui est commencée au moment où les personnes se lèvent, où ce signe nous paraît être un signe qui mérite être analysé.

Donc il faut de mettre d’accord. Les sémioses sont multiples, il y en a plein qui sont ouvertes en même temps, tout dépend du point de vue, est-ce que nous voulons signifier par sémiose l’aspect exprimé, pensé, au sens où nous disons, ça c’est une œuvre qui a été pensée, vous savez que penser vient de peser, une œuvre pesée, ou bien faisons-nous référence à ce processus sémiosique qui a lieu en nous, moi j’y suis pour rien. C’est là qu’il faut voir dans quoi nous sommes, de quoi nous parlons, quel est l’objet de notre discours, c’est-à-dire les interprétants. Nous sommes toujours dans une intrication extrêmement complexe, ce qui ne nous empêche pas d’y voir clair, mais simplement il faut savoir dire de quoi nous partons. Quel est le problème, quelle est la situation ? Quels outils nous nous donnons pour gérer ce problème ? Quand est-ce que nous pourrons dire que nous avons abouti ? Tout un tas d’éléments qui sont à la fois ceux d’une situation, ceux qui sont normatifs, ceux qui sont des éléments de langage, etc., un complexe de choses. Mais parler de sémiose arrêtée c’est parler de tout, au fond qui nous dit qu’une sémiose est définitivement arrêtée, nous n’en savons rien. La seule chose qui peut m’assurer dont moi je serais un des éléments singulier qui la porte, ce serait ma propre mort, là, oui, je suis tranquille. Donc je ne suis pas trop d’accord avec ça, maintenant l’idée de Dinda Gorlée me paraît avoir un danger c’est d’imaginer qu’il puisse y avoir une traduction. Ça c’est une conception horriblement normative, me semble-t-il, de ce que peut être la traduction.

Que peut signifier la traduction si ce n’est le fait qu’il y ait une norme ! Il n’y a qu’une traduction !? C’est gentil parce qu’elle nous fait faire l’économie de la polysémie, mais à côté de ça elle nous met dans une catastrophe qui est celle de la monosémie totale, totalisatrice, le seul cas que nous connaissions de traduction au sens gorléen du terme, c’est la traduction de la Bible par les Septantes, 70 traducteurs grecs de la Bible (en fait un peu plus) qui se sont enfermés chacun dans un monastère, et qui le jour venu ont produit le même texte comme traduction de la Bible, mais ça, il faut se forcer un peu pour y croire. Nous savons bien que cela est impossible. Le Coran est plus sympathique que ça, puisqu’il dit que toute traduction du Coran est le Coran. C’est une interprétation, mais c’est encore le Coran, mais nous ne pouvons pas parler de traduction. Ce qui veut dire que le Coran est intraduisible, un texte sacré ne se traduit pas, il est. C’est une conception que je trouve très peircienne. C’est une interprétation qui se fait en contexte, dans une certaine situation.

Lorsque j’avais fait ma thèse, ça fait 7 ans, j’avais demandé à ma cousine de mettre en forme les traductions, à cette occasion je me suis demandé ce que je pouvais lui offrir, et j’étais allé chez un bouquiniste et j’avais trouvé deux choses, un qui était un clin d’œil familial, nos pères avaient une marque de café, le café de l’oncle Tom, et j’avais trouvé une des premières traductions du livre d’Harriett Beecher Stowe « la case de l’oncle Tom », qui est « la case du père Tom », c’était une traduction de 1 800 environs, un vieux livre qui est une bonne traduction. En français ça ne se dit pas oncle Tom, nous disons par exemple, le père Dodu, pas l’oncle, uncle est un terme américain, traduire littéralement ce n’est pas ça. Eh bien, c’est une traduction française qui n’est pas restée parce que « la case du père Tom » ça ne marchait pas, voilà un livre qui était loupé, alors que « la case de l’oncle Tom », livre génial. Allez donc savoir ! Évidemment le père était noir, si nous disions père Tom ? Cela fait référence au père, qui est noir, alors que pour l’oncle, ça passe. Je vous donne une explication il y en a peut-être d’autres ! Sans doute. Et puis j’avais trouvé une autre traduction qui était celle de Robinson Crusoë, mais la première traduction française. C’est stupéfant, nous ne comprenons rien. C’est un français alambiqué, c’est vieux, c’est du 19ème siècle, et là c’était une traduction relativement récente puisqu’elle datait de 1 810, quelque chose comme ça. Tout ça pour vous dire que la traduction est en contexte, et la sémiose continue, chaque traduction de Robinson Crusoë est un apport, une interprétation, et nous sommes devant des interprétations successives de la même chose. Tout ce qui est au niveau de l’expression formalisée, je n’ose dire consciente, de l’interprétation, est proprement interminable. La seule chose qui puisse donner lieu à une terminaison c’est un changement d’habitude ou un renforcement d’habitude. Je cite Peirce. Bien qu’il soit plus prudent que je ne le suis, il avait d’autres problèmes que les miens.

Il s’interroge sur la nature de l’interprétant logique dit-il, pour lui c’est un effet — » dirons-nous que cet effet peut être une pensée, c’est-à-dire un signe mental » — c’est ce que je suis en train de vous dire, est-ce qu’il est possible que l’effet ce soit un concept, au sens par exemple, l’effet du texte de Robinson Crusoë c’est une traduction — « il peut l’être sans doute, seulement si ce signe est un genre intellectuel, il doit avoir lui-même un interprétant logique » — puisque c’est un signe, si c’est un truc mental, au sens intellectuel, réfléchi, à ce moment-là il a lui-même un interprétant, donc ce n’est pas un interprétant final, donc il ne peut être interprétant logique ultime du signe. — « Nous pouvons prouver » — mais il ne l’a pas fait, en plus il ne faisait pas référence à Maine de Biran parce que, d’une part la première traduction en anglais s’est faite en 1929, donc Peirce était mort depuis longtemps, par contre Maine de Biran faisait partie de tous ces matérialistes un peu étranges, autour de la révolution française, et il y a dû avoir un chemin par d’autres auteurs. — « que le seul effet mental qui peut être ainsi produit est qui ne soit pas un signe, mais qui soit d’une application générale est un changement d’habitude, si nous entendons par changement d’habitude une modification mais tendant à l’action d’une personne, résultant d’expérience antérieure ou d’effort antérieur de sa volonté. » — Donc, l’interprétant final, c’est un changement d’habitude.

Chaque fois que nous avons l’impression de conclure par uniquement un élément intellectuel, cet élément ne peut pas être l’interprétant final de la sémiose. Ne peut être en tant que tel, il faut qu’il y ait quelque chose qui soit en même temps du type d’un changement d’habitude, comprenez, c’est pour l’histoire de la continuité, l’histoire d’Achille et la Tortue, comme toujours, à savoir, j’ai un truc qui a une fin dans le temps et dans l’espace, comme le fait qu’Achille rencontre bien la Tortue et la dépasse et dans le temps et dans l’espace, mais sans pouvoir fixer le point où cela se passe, en tous les cas, ce point est impensable quand nous essayons de suivre le chemin direct d’Achille suivant la Tortue. Le changement d’habitude c’est quelque chose qui est un processus limite, voilà le mot que nous pouvons employer, c’est un processus limite et comme tel, il est l’instauration d’une discontinuité. Nous ne pouvons pas en rester à ces notions un peu trop simplettes, concernant la traduction, la sémiose. Fisette est un jeune peircien, ensuite il est seul, il n’a pas pu se confronter à d’autres, d’où toutes ces difficultés.

Je vais vous faire une traduction simultanée.

Le 14/03/1909, Peirce écrivait à William James, ils avaient le même âge à peu près, William James est mort en 1909. — « Nous devons distinguer entre l’objet immédiat c’est-à-dire l’objet comme représenté dans le signe, et le réel sous entendu l’objet réel (mais peut-être l’objet est fictif), disons plutôt l’objet dynamique est celui que par la nature des choses le signe ne peut exprimer, mais qu’il ne peut qu’indiquer, et laisser l’interpétant trouvé par expérience collatérale, par exemple, je pointe mon doigt vers ce que je veux dire, mais je ne peux pas faire que mon compagnon sache ce que je veux dire s’il ne peut pas le voir, » — par exemple si je montre ça, personne ne le voit, moi je le vois, c’est la serrure de la porte, je suis obligé de parler, je ne peux l’indiquer que si vous avez la même expérience que moi, c’est le tugkanon. — « ou bien si le voyant il ne peut pas dans son esprit, le séparer de l’ensemble des objets qui sont dans le champ de sa vision. » — Cela peut très bien se faire, je vois quelque chose que vous ne voyez pas, ce n’est pas suffisant, vous vous dites, mais qu’est-ce qu’il me montre-là, je n’arrive pas à séparer l’objet, donc ce n’est pas assez précis, c’est un signe qui ne remplit pas sa fonction vis à vis du tugkanon. Je ne suis même pas au niveau du semainomenon.

— « Par exemple, supposons que je me lève, le matin, avant ma femme, et que après ça elle se lève et demande, quel temps fait-il ? Ceci est un signe, dont l’objet tel qu’il est exprimé est le temps à ce moment, » — Nous sommes dans le semainomenon, c’est le temps à ce moment, il ne dit pas c’est le signe du temps à ce moment, il dit le temps singulier, là, maintenant. — « mais dont l’objet dynamique est l’impression que j’ai sans doute dérivé du coup d’œil que j’ai jeté entre les rideaux. » — Vous voyez la différence entre les deux ? L’objet, tel qu’il est exprimé, le semainomenon, c’est le temps qu’il fait, mais dont l’objet dynamique, le tugkanon, c’est une impression, c’est foutu, c’est perdu, c’est ce que nous cherchons à montrer, à désigner, mais c’est hors de portée, c’est trop loin. Nous n’y arriverons jamais, l’impression que j’ai reçue, l’impression c’est fini, même si nous faisons référence aux impresses et aux expresses, évidemment qu’il y a ça là-dedans, c’est la vieille distinction du Moyen Age, c’est l’impression que j’ai sans doute eu en jetant un regard entre les rideaux. Vous voyez ce qu’est l’objet dynamique ?

— « Je réponds, il fait mauvais. Voilà un autre signe, son objet immédiat est la notion du temps présent dans la mesure où il est commun à son esprit et au mien, » — Faites bien attention, il fait mauvais, ne vise pas à indiquer un temps, mais une idée de temps, quel temps fait-il ? C’est une question sur le temps réel, et il dit, l’objet immédiat est le temps réel qu’il fait. C’est ce qui se présente immédiatement à moi, quand je dis cette table, elle est l’objet immédiat, si je dis le tableau est vert, l’objet immédiat c’est le tableau, mais c’est le tableau, lui, réel, mais avec le signe avec tout, au sens du tugkanon et du semainomenon. Dans sa réponse, qu’est-ce qu’il veut faire savoir, il ne veut pas transporter le temps, il veut simplement indiquer une qualité du temps. Quel temps fait-il réellement ? Réponse, je t’en donne la qualité. L’objet immédiat ne peut pas être le temps existentiel dont nous nous moquons, il dit c’est la notion du temps présent, notion au sens des Stoïciens, c’est un concept de temps présent, dans la mesure où il est commun…, bon ça, c’est une question d’habitude, c’est le clin d’œil ! L’objet immédiat, ça va, nous avons l’habitude de se parler. — « Non pas son caractère, mais son identité, » — Il faut avoir le temps tel qu’il est campé, non pas telle ou telle nuance du temps, non, tel qu’il est campé. Comment je pourrai le reconnaître. Ce n’est pas au sens de pluvieux, si c’était le caractère, oui, mais le caractère orageux n’est pas dit au sens où, orageux vient qualifier, il qualifie le jour, pas le temps, ce que nous cherchons c’est l’identité du temps, c’est un temps d’orage ! Il me semble que nous pouvons voir la différence entre le caractère du temps à savoir, il fait un temps nuageux, où nous insistons sur la présence plus sur le caractère cotonneux de l’atmosphère, que dire, il fait un temps nuageux dans le sens, il risque de pleuvoir, là, nous sommes dans l’identité ; cotonneux, nous sommes dans le caractère. Vous voyez la différence entre les deux ? Ce sont des catégories de temps, au sens du baromètre. Le caractère c’est, il fait un temps triste, ça ce n’est pas une identité. Lui, s’il veut être à la hauteur de la question, il est obligé de répondre une identité. La hauteur de la question ce n’est pas le caractère, ce serait le caractère si par exemple il avait voulu interpréter chez sa femme un truc portant sur : « est-ce que je vais être contente aujourd’hui ? », Quel temps fait-il ? Je ne sais pas si je me lève du pied gauche ou du droit, il fait sombre, alors j’aurai mes migraines. C’est ça, là, nous serions dans le caractère, il aurait répondu au niveau du caractère. Alors qu’il le prend au niveau d’une information, donc au niveau d’une identité. Ce n’est pas la nuance, c’est l’identité qui est intéressante. Ce qui veut dire si tu veux sortir il te faut le parapluie. Nous voyons la dimension pragmatique.

Sinon, c’est comme l’histoire de Le Verrier, qui était météorologue, il marque le temps prévu pour le jour suivant : « temps orageux ! », sa fille rentre dans la pièce et regarde par dessus l’épaule de son père, voit la prévision, « Oh, non ! Demain, c’est mon anniversaire ! », alors son père barre le temps prévu et marque « beau temps ! ». Là, il a répondu au niveau du caractère et pas de l’identité. Vous voyez la différence qu’il y a entre les deux, c’est une différence de catégorie, quand même ! Identité : catégorie seconde ; caractère : catégorie première. Ce n’est pas le même niveau catégoriel pour l’objet. Donc c’est la notion du temps présent, non son caractère mais son identité, par contre, quel est le tugkanon, là-dedans ? Qu’est-ce que cette notion est chargée de porter ? Réponse. — « C’est l’identité des conditions météorologiques actuelles ou réelles à ce moment-là. » — Voilà, quand même, l’objet dynamique de son discours, mais lui, il ne peut présenter comme objet immédiat que les conditions, la notion.

Lisez un livre d’Austin, sur les rapports directs du dire et du faire, « Quand dire c’est faire ». Il donne toutes ces catégories. Dans l’exemple de Peirce, nous ne sommes pas du tout dans les mêmes conditions, ce ne sont pas les mêmes buts qui sont assignés, ce ne sont pas les mêmes fonctions, la sémiose ne remplit pas la même fonction. En ce sens-là, ce n’est pas du tout la même sémiose. Je sors, il pleut, « merde ! Il pleut ! » Là, je réagis. « Attention ! Il pleut ! », là, je donne une information. Nous ne sommes pas dans le même registre. Ce n’est pas la même sémiose.

La seule question qui est posée c’est celle de trouver un accord collectif, non pas un accord individuel qui s’avérerait être le même pour tous, parce que tous ne suivent pas le même cheminement, mais il faut qu’il y ait, à un moment donné, la possibilité de trouver ensemble un accord sur la nature de l’objet immédiat, la nature de l’objet dynamique dans chacune des situations. Si le système conceptuel est au point, c’est à ça que cela devrait nous permettre d’arriver, dans la majorité des cas. Qu’il y ait des cas où peuvent persister de troubles, oui. Là, c’est la question pragmatique. Cela ne veut pas dire que chacun de son côté aurait suivi le même cheminement.

C’est pour ça que la question de la démocratie est directement liée à celle de la sémiose. Il faut bien qu’il y ait un débat démocratique pour pouvoir produire les objets. Un débat démocratique qui au premier chef doit se trouver à l’intérieur de soi-même. C’est le coup de Cantona, dans les guignols de canal +. Il peint, il est avec Papin, et Papin lui demande comment il fait pour peindre des pingouins sur son tableau, Cantona lui répond : « mon pinceau il vote pour une marguerite et ma main elle vote pour un pingouin, alors je peins des pingouins ! ». Il y a cette idée d’une sorte de démocratie, nous gérons une démocratie interne qui est un vote, comme ça, pluraliste.

Si par exemple maintenant, nous essayons de réfléchir à partir d’une pièce de théâtre. Qu’est-ce que c’est qu’une pièce de théâtre ? Quand j’en serai au niveau pragmatique, pour essayer de voir l’effet direct que cela peut avoir, puisqu’un pièce de théâtre c’est fait pour être jouée, comment réagit le public, quand le public s’en va, nous nous disons, mais attendez, vous n’avez pas fini de voir la pièce, donc nous pourrions dire qu’il y a quelque chose qui a été interrompue par rapport à une perspective qui était celle de voir la pièce pour voir quels effets elle produit, et pourtant nous sentons bien que le départ c’est un des effets, nous pouvons dire que là, au moins sur le collectif, sur le plan du vote, sur la plan de la démocratie, eh bien, 30% ont voté pour se lever et partir. Donc un des effets, d’une sorte de collectivité, un effet statistique. Parmi les effets ça rentre dans les effets mais d’une analyse qui serait celle de cette pièce de théâtre.

Il y a des décisions à prendre. Lorsque les cours ont commencé, il y avait plein de monde, et puis nous avons vu dans les 3 à 4 séances suivantes, le nombre fondre, nous sommes devant un processus qui est celui de départ d’étudiants, il fallait que j’analyse ça, nous sommes devant un problème. Je pourrais dire, la sémiose a été interrompue, ils ne sauront jamais qui était Peirce ! Moi, je ne dis pas ça. Ils ont tout de suite compris dans quoi ils étaient engagés. C’est une analyse à confronter démocratiquement avec d’autres, et puis attendre que les effets se fassent. Au fond, eux, ils ont tout de suite compris, très vite, en une fois ils avaient saisi que ce n’était pas dans ce monde-là qu’ils allaient pouvoir se mouvoir. Ils avaient fait l’essentiel du travail. Ils avaient produit un objet, non ce n’est pas ça, puisqu’après tout ici, c’est un certain objet obscur que nous venons chercher. Quelle est la nature de cet objet ? Mais en tous les cas, nous pouvons déjà connaître ce qu’il n’est pas. En général c’est comme ça que cela fonctionne. Nous savons ce que nous ne voulons pas. Savoir ce que nous voulons c’est une autre histoire ! Dès que nous apercevons un caractère négatif : « Ah ! Ça, non ! ». Et l’affaire est claire, nous nous arrêtons, et l’arrêt est la marque d’une production d’objet, nous n’avons plus rien à faire de plus, terminé. Ensuite, il y a ceux qui sont restés un peu plus longtemps, ceux-là, ils ont eu un doute, etc., tout ça se prend dans un réseau plus vaste, c’est de dire pourquoi cela se passe comme ça.

C’est une indication sur ce que je dois faire ici. Là, j’ai l’air d’agir comme un repoussoir d’étudiants. Je suis obligé de tenir compte de l’ensemble dans lequel je suis, c’est-à-dire à la fois des conditions dans lesquelles je fais ce cours, qui est un cours qui n’est obligatoire pour personne, dans toute l’université, aucun étudiant n’a l’obligation de suivre ce cours, pourtant il y a des UV libres, et elles sont parfois choisies par les étudiants parce qu’elles ne nécessitent pas une grande mobilisation, ou parce qu’elles ont un thème qui les intéressent particulièrement, c’est votre cas, et je crois que cela est vrai, c’est plus difficile de s’intéresser à la sémiotique à un âge plus frais que plus tard, parce que c’est une question qui ne se pose pas d’emblée, donc là, nous pouvons dire que ces étudiants ne sont pas par inclinaison attirés vers la sémiotique, ce qui justifierait leur présence dans une UV libre, l’autre critère qui est massif, c’est celui de la facilité d’avoir l’UV sans tracas. Je pense qu’ils ne savent pas qu’elle est facile à avoir, parce qu’évidemment je ne le dis pas que je la donne à ceux qui la passent. Mais d’un autre côté ils se disent que c’est cher payé même d’assister, puisque ça les agace, ils se protègent. Ce qui est une explication qui me conforte dans mon narcissisme, mais outre que je m’en fous un peu, mon narcissisme ne m’intéresse pas beaucoup, je pense que ce n’est pas loin de ce qui se passe.

Mais là, pragmatiquement ça m’impose d’aller auprès de mes collègues, et de leur dire qu’ils devraient conseiller ce cours aux étudiants. Ça je l’ai fait, il y a un an et demi, ils m’avaient donné leur accord, je suis tombé sur des gens charmants, le premier jour il y a eu du monde, mais l’argument d’autorité n’est pas suffisant, à partir de ce moment-là, je commence à engager ma responsabilité de pédagogue, je n’ai pas trouvé le truc pour présenter la sémiotique, j’en suis persuadé. Mais ceci dit, je ne peux pas faire autrement, et puis comme il n’y a que moi, alors, tant pis, il faut faire avec et moi aussi. Et enfin arrive le dernier truc, il est évident que les choses changeront lorsqu’il y aura le DEA, qui réinvestira la sémiotique comme cursus dans les études. Les enseignants pourront dire, attention c’est le seul DEA de lettres qui fasse de la sémiotique, auquel cas nous verrons des étudiants qui seront obligés de s’accrocher parce qu’ils auront une perspective pour passer un DEA.

Je vous donne tout cet ensemble de choses pour vous montrer comment un système interprétant se développe, comment en même temps il y a des moments où il doit y avoir des sanctions, aller négocier avec l’un avec l’autre et voir que l’essentiel repose sur le DEA, et en tirer des leçons de tout ça. Leçon à titre personnel, c’est dire, le chantier sur lequel je suis doit être ouvert, trouver le moyen de faire passer la sémiotique sans doute de manière plus pratique que je ne le fais actuellement, mais ça je ne sais pas le faire encore, et puis il y a la considération de ce que sont les préoccupations des étudiants dans l’université. C’est cet ensemble des leçons qui sera appelé par Peirce, l’interprétant ultime ou final. Si nous prenons comme représentement l’ensemble des cours de sémiotique depuis le début de l’année. Or l’interprétant final c’est ce que je viens de vous montrer. L’interprétant dynamique, qui est le niveau second, qu’est-ce que c’est, c’est une notion très complexe. Je vous lis la lettre du 1/04/1909, qui est la dernière lettre qu’il a écrite à James qui a dû mourir à ce moment-là.

— « Dans ses formes actives/passives, l’interprétant dynamique approche indéfiniment le caractère de l’interprétant final/immédiat. » — C’est intéressant cette manière de faire, nous voyons que la forme active de l’interprétant dynamique tend vers l’interprétant final, la forme passive de l’interprétant dynamique tend vers l’interprétant immédiat, mais en même temps nous voyons qu’entre actif et passif nous ne pouvons pas mettre une très grande différence, il y aussi un continu entre l’actif et le passif. Nous passons insensiblement de l’actif vers le passif, même si nous pouvons distinguer deux polarités nettes, ce diagramme permet de laisser une certaine continuité. De manière dyadique, nous aurions dit, l’interprétant dynamique dans sa forme active est proche de l’interprétant final, et dans sa forme passive, proche de l’interprétant immédiat, mais ça ce serait trop dyadique et Peirce ne supporte pas, cette écriture redonne une certaine épaisseur à l’ensemble, en plus il ajoute, « approche indéfiniment le caractère de ». — « Non pas que la distinction entre ces trois ordres, l’interpétant final, l’interprétant dynamique et l’interprétant immédiat, ne soit pas fondée. » — Quelle est cette distinction entre ces trois interprétants. — « L’interprétant dynamique est n’importe quelle interprétation que quelqu’esprit que ce soit fasse actuellement d’un signe. » — C’est une coquetterie de Deledalle de traduire « actualy » par actuel, c’est interdit officiellement pas les canons de la traduction, « actualy » c’est réel, mais le problème c’est qu’il y a « real » chez Peirce qui veut dire tout à fait autre chose, et traduire « actual » par son étymologie, ce n’est pas plus mal, c’est ce qui est lié à l’acte.
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