Cours de sémiotique 1992/1993








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30/03/93.


Aujourd’hui je vais essayer de vous parler de la question de l’objet. Jusqu’ici nous nous sommes intéressés aux représentements, nous avons fait les catégories, puis nous avons vu le représentement dans tous ses états, dans ce qu’il est, type, trace, ton, dans son rapport aux objets, icône, indice symbole, et dans ses rapports avec l’interprétant qui peuvent être des rapports rhématiques, dicents ou argumentaux. Nous avions donc différents types de représentements possibles et nous avions trouvé 10 classes possibles de représentements. Maintenant nous allons mettre un peu de corps dans tout ça, et essayer de voir ce que sont les objets. Je vous recommande un livre « La théorie des incorporels dans l’ancien Stoïcisme » par Bréhier, Emile.

Les Stoïciens se sont opposés à la fois à Platon et à Aristote. Donc à Platon qui était le partisan d’une doctrine réaliste, — il croyait à la réalité des idées —, disant que les idées sont les seuls existants, — donc un authentique réaliste —, s’opposant d’une certaine manière à Aristote qui lui pourrait être classé dans plutôt les nominalistes, Aristote étant quelqu’un qui pensait que la logique ne traitait que des existants mais par des moyens autres que ceux des existants. Nous allons voir les stoïciens qui eux ont inventé une théorie très particulière qui est celle des incorporels. Les stoïciens distinguaient dans ce monde sublunaire deux modes d’être, le mode corporel et le mode incorporel, et cela ne coïncide pas du tout avec les idées, les signes, les choses comme ça. Parmi les incorporels il y en a 4, les exprimables — ou les dicibile en latin, le lecton en grec —, le vide, le lieu et le temps, tout le reste étaient les corps, alors évidemment seuls les corps étaient existants, les incorporels n’étant pas des existants. Chez Aristote, parmi les attributs, il y avait les essences et les accidents, le problème c’est que chez les Stoïciens la question ne se posait pas dans ces termes là. Chaque corps était quelque chose en devenir. Il pouvait revêtir ce qu’Aristote appelait les accidents mais que les Stoïques refusaient d’appeler accidents en les appelant les attributs d’un corps : mais les attributs d’un corps font partie du corps, c’est-à-dire que les attributs du corps sont des corps. Par exemple la blancheur d’un corps, quand bien même elle serait passagère, comme la terre avec la neige par dessus, nous pouvons dire qu’elle est un corps. De plus les corps ne dépendaient d’aucun archétype au sens des idées de Platon, il ne faisait référence à aucune forme en soi donnée d’avance, et dont le corps lui-même ne serait qu’une des répliques. Idée qui est absolument étrangère à l’esprit des Stoïciens, de telle manière que cette table, quels que soient les attributs corporels qui puissent changer, elle est table comme corps, pas question de forme, la forme d’un corps est une partie du corps, donc est un corps elle aussi.

L’histoire des causes. Aristote avait divisé en 4 causes fondamentales, cause formelle, cause matérielle, cause efficiente, cause finale. Les Stoïciens ne distinguaient pas les causes formelles et matérielles, puisqu’au bout du compte tout était corps, donc finalement le corps possédait ces causes en lui-même et les causes étaient un corps. Vous voyez jusqu’où ça va ! Ils vont même jusqu’à dire que la vertu d’un homme est un corps. Ce qui va nous intéresser c’est la question des représentations.

Quel est le statut des représentations chez les Stoïciens ? Ils distinguaient 3 types de représentations, type 1 : la fantasia, c’est la représentation qui est le propre de l’âme. Type 2 : la notion, la noia, qui est le concept. Type 3 : la sensation qui a eu des statuts divers. Mais fondamentalement les choses tournaient autour de ces deux idées, la fantasia, qui est l’impression de l’âme, dans laquelle il y a la sensation, et ensuite l’ennoia ou la noia qui est la représentation conceptuelle. Eh bien pour les Stoïciens ces deux représentations étaient fondues en une seule, qui était au fond l’empreinte que l’objet faisait dans l’âme. Mais comme vous le comprenez bien, l’âme est un corps. Il s’agissait là encore, de l’empreinte d’un corps sur un corps. C’est un peu l’histoire de la cire, etc. — il nous en est resté une idée, quand nous disons faire table rase, ça vient de la tabula rasa : une tablette de cire sur laquelle des choses étaient écrites, et, quand nous voulions les effacer, il fallait la « raser ». C’est donc une référence lointaine à cette vieille idée des Stoïciens qui était que finalement les objets prennent leur empreinte dans l’âme.

A côté de ça ils admettaient, ce qui fait l’objet de ce livre, le lecton, c’est-à-dire l’exprimable. L’exprimable est un mode de représentation qui n’est pas un corps, et qui est fondamentalement de la nature d’un verbe, de telle manière que si le prédicat chez les Stoïciens était un corps, une empreinte, le verbe n’en était pas un. Vous voyez, nous sommes loin de Peirce. Ils ne disent pas, cette table est blanche, mais, cette table blanchit. Quand nous voulons exprimer le caractère représentatif, extérieur au développement même de la table, ce qui pourrait par exemple être le cas lors d’un éclairage sous un jour particulier, nous pourrions imaginer que cette table qui est marron à un moment donné puisse être blanche, nous disons, elle blanchit, c’est-à-dire que le verbe sera chargé d’exprimer cette part du rapport de l’esprit aux objets qui n’est pas de la nature d’une empreinte, mais qui est le résultat lointain d’une empreinte. Idée qui par la suite va faire son chemin et deviendra « rien n’est dans l’intellect qui d’abord ne s’est trouvé dans les sens ». Le lecton est un héritier des corps mais il n’est pas un corps lui-même. Vous comprenez en quoi le lecton va être l’objet propre de la logique, et ils vont considérer à ce moment-là que finalement, il y aura deux genres fondamentaux de lecta, l’exprimable incomplet qui est le verbe, et ensuite comme lecton il y aura l’exprimable complet qui est la proposition. Voilà quel est le fondement de la logique des Stoïciens. C’est d’un nominalisme extrême. Nous avons d’un côté les lectons qui sont des résultats de l’activité des corps sans être des corps eux-mêmes et c’est sur eux que vont porter les différentes opérations de la logique. Maintenant, pourquoi je vous parle de ça, parce que cela me permet de rentrer directement dans la question de l’objet.

Je vais vous lire un paragraphe d’Emile Brehier.— » Un grec et un barbare entendent un même mot, pourtant le grec comprendra et le barbare ne comprendra pas. Quelle autre réalité il y a-t-il donc que le son d’une part, et l’objet de l’autre, aucune, l’objet et le son restent le même » — Je reprends, un mot, en principe un objet, le son du mot qui est un corps, l’objet qui est un corps, c’est deux choses-là restent invariables, que ce soit un grec ou un barbare qui les entende, qu’est-ce qui différencie la position du grec et du barbare. — « Mais l’objet a pour le grec, je ne dis pas une propriété » — Si nous disions une propriété, ce serait un corps, ce serait contradictoire cela voudrait dire que l’objet ne serait pas le même pour le grec et pour le barbare, ce qui serait un problème. Quand il dit propriété, il dit attribut c’est ce qui peut être incorporel, la propriété étant de l’ordre de l’essence ou de l’accident mais au sens où je vous l’ai dit tout à l’heure. — » mais un attribut qu’il n’a pas pour le barbare, à savoir, l’attribut d’être signifié par le mot » — Bon ! Personne ne connaît le russe, parmi vous ? Non ! Si je vous dis « tchaï », l’objet comme le son restent le même, le barbare c’est vous, je suis désolé, moi je suis le grec dans l’histoire, nous pouvons dire que l’objet que je désigne par « tchaï », celui-là n’a pas l’attribut d’être signifié par ce mot. Pour vous il n’a pas cet attribut, alors que pour moi, oui. C’est pour ça que c’est un incorporel, car si c’était un corps il ferait partie de l’essence et tout le monde pourrait y avoir accès. Il faut avoir les interprétants, et là c’est encore autre chose. Donc, c’est cet attribut de l’objet que les Stoïciens appellent un exprimable. « Tchaï » c’est le thé. Alors, l’objet signifié, c’est le « semainomenon ». Vous vous rendez compte maintenant, vous avez l’objet « lectonisé » par « tchaï », le thé en question, le thé qui possède le « tchaï » pour moi, et qui ne le possède pas pour vous, comment pourrions-nous appeler le thé qui est au-dessous de tous les lecta, l’objet tout court s’appellera le « tugkanon ». Il existe là une distinction très intéressante et dont nous pourrions tirer quelque fruit, sur justement, l’objet tel qu’il est signifié, ce que Peirce appelle l’objet dans le signe, et l’objet hors du signe, c’est-à-dire indépendamment du fait qu’il est signifié.

Vous remarquez que depuis le début de l’année je fais un travail de cousette, je mets un paquet de Saussure, un morceau de Stoïciens, etc. je trouve qu’il n’y a que ça qui vaut le coup d’être vécu, tous disent des choses fabuleuses, les Stoïciens, c’est magnifique et en même temps il y a des trucs qui me font résister, le lecton quand même je le trouve un peu abstrait, il lui manque la vie, le fait de pouvoir intervenir, ce n’est pas rien, qu’un objet soit signifié ça le fait rentrer dans le monde, nous pouvons le manipuler, et le manipulant nous pouvons avoir une action dessus. L’exemple que je prends régulièrement est celui des éléphants de Lacan. Il est évident que le massacre des éléphants était possible dès lors que les éléphants étaient des sémainomenons, si l’éléphant était un tugkanon, peut-être mourrait-il de mort naturelle, ou se faisait-il bouffer par un autre animal, mais enfin, il se serait développé, il y aurait eu un équilibre écologique qui aurait donné sa place à l’éléphant. Mais à partir du moment où l’éléphant est sémainomenonisé, il rentre dans le discours et il y rentre complètement, dès que je parle de l’éléphant, il est là. Le tchaï de tout à l’heure, dès que je vous ai dit que c’était du thé, ça y est, vous pouviez même saliver ! Ça prouve que nous sommes dans le domaine de l’objet. L’éléphant en question c’est bien lui qui est là, ce n’est pas une idée de l’éléphant, la preuve, c’est que quand même ils se font massacrer. A partir de là, nous avons des propositions, les éléphants ont des défenses en ivoire, et là nous les massacrons pour l’ivoire. Le fait d’être un semainomenon est substantiellement distinct du fait d’être un tugkanon. Ce qui au niveau peircien nous permettra de récupérer le lecton pour en faire quelque chose d’un peu plus actif en écartant cette position nominaliste.

Nous pouvons penser que les animaux sont privés des exprimables, c’est une idée, comme ça, un peu bête, mais après tout c’est quand même ce que nous pensons, nous ne pensons pas que les animaux parlent, c’est ça. Comme le disait Eco à qui l’on demandait si les animaux parlaient, « peut-être que les animaux font de la sémiotique, mais je n’ai pas encore lu un traité écrit par eux ! » Ce qui n’est pas plus con qu’autre chose ! Le tugkanon, nous nous apercevons que ce qui est présent là, c’est ce que nous ne pouvons pas signifier. C’est l’insignifié. Ce serait l’objet dynamique, mais à qui nous ne pourrions prêter que des attributs corporels, à lui, le tugkanon, parce que la blancheur du tugkanon, c’est la blancheur, c’est un corps, c’est incorporé au tugkanon. Par contre le fait de s’appeler tchaï, si vous prenez du thé au lait, la couleur est incorporée, nous voyons que c’est quelque chose qui n’est pas liée à l’être même de l’objet, même dans ces rencontres, mais qui est quelque chose qui pour les Stoïciens apparaissait comme purement extérieur, le fait d’être signifié. Nous, nous pouvons le traduire comme ça, dans ce langage entièrement nominaliste, bien qu’en bon peircien nous prétendions ne pas être nominaliste, et nous ne pourrons plus parler comme ça, mais dans la perspective nominaliste, nous pouvons dire que le lecton ce n’est même pas un accident de l’objet, c’est quelque chose qui est un incorporel associé à l’objet mais sans pour cela en modifier quoi que ce soit. D’où l’idée d’un tugkanon qui serait cette chose qu’aucun incorporel ne pourrait venir modifier.

Aucun incorporel, à savoir, ni un lecton c’est-à-dire un exprimable, ni le vide, ni le lieu et l’espace, ni le temps, puisque ce sont les quatre incorporels que reconnaissent les Stoïciens. Rappelez-vous, ils disent que le temps, le lieu, le vide, le lecton, sont des attributs de l’objet qui ne sont pas des propriétés de l’objet au sens propre. Donc vous voyez cette distinction qui a fait dire à Eco, « le nom de la rose ne sent pas », mais est-ce qu’il n’y aurait pas quelque artifice à séparer le nom ? Il semble que les Stoïciens n’y tombent pas, puisque pour eux le semainomenon ce n’est pas uniquement le lecton, c’est l’objet lectonisé, c’est-à-dire, le thé, non seulement dans son existence de tugkanon, mais en même temps dans ses capacités d’être signifié dans le vide, dans son lieu et en son temps. Mais comme noyau il y a un tugkanon.

Nous pourrions dire que là, nous aurions une sorte d’essence. Mais le problème de l’essence c’est que si nous parlons en terme d’essence nous parlons aussi en terme d’accident. Or pour les Stoïciens il n’y a pas de distinction entre l’essence et l’accident. L’accident est encore une partie de l’objet. Par exemple le fait que cette table puisse être à un moment donné fendue, ce qui est un accident à proprement parler, est une propriété de la table parce que c’est dans le développement propre de la table que nous trouvons ça, elle rencontre le fait de pouvoir être fendue, c’est une propriété, ce n’est pas un incorporel associé. La hache qui a servi à fendre la table, est un corps qui se mêle à un autre corps, ce sont deux corps mêlés, et ils ont une propriété commune qui est « fendre-fendue ».

Si nous suivons l’histoire de l’empreinte, la pensée est un corps, ce qui veut dire que la pensée n’est pas composée d’incorporels, c’est une limite singulière au nominalisme, mais il y a aussi les lecta associés à la pensée, elle est, elle aussi exprimable, elle est semainomenable. L’objet pensé peut être aussi bien semainomenon que tugkanon.

Je reprends la lecture. — » Pour Aristote, la chose signifiée par le mot était la pensée » — L’interprétant, ça s’appelait le « noema », le noeme c’était la chose signifiée par le mot. — » et à travers la pensée l’objet, » — qui s’appelait le « pragma », donc vous voyez le circuit qui renvoie à la sémiose, le mot (le représentement), l’interprétant qui produit l’objet, suivant le triangle de Deledalle. C’est compatible avec l’idée d’Aristote, vous avez le mot, le signifié c’est-à-dire le noeme c’est l’interprétant et enfin, l’objet. — » un corps a sa nature propre, indépendant de son unité, le fait d’être signifié par un mot doit donc lui être ajouté comme un attribut incorporel qui ne le change en rien. Cette théorie supprimait tout rapport intrinsèque entre le mot et la chose, le lien entre la parole et la pensée devient assez lâche pour qu’un même nom puisse désigner plusieurs choses. » — Après cela devient très compliqué, nous ce qui nous intéresse c’est cette introduction. Je voulais vous montrer ce mode de penser qui a son intérêt propre, ce que nous savons c’est que Peirce connaissait tout ce monde-là, il avait beaucoup fréquenté les Stoïciens, les Épicuriens, Aristote, donc avec sa théorie des signes il n’ignorait pas ces débats-là, d’ailleurs vers la fin de sa vie, nous trouvons le lecton. Pour la question de l’objet je trouve qu’il fallait vous en parler.

Je crois que l’idée qui est présentée par les Stoïciens mérite que nous nous y arrêtions, c’est une idée que je trouve très vraie. Nous voyons bien que le fait d’être signifié n’ajoute rien à l’objet, directement à l’objet. Avec le tugkanon nous avons l’impression que nous possédons enfin l’idée même de l’objet en soi. Ce n’est pas vrai, car il ne faut pas oublier que le lecton n’est pas pour eux le seul mode de représentation. Il y a aussi la représentation des notions qui sont des corps. Nous sommes dans un rapport très direct de l’objet et de l’âme. Nous ne sommes pas dans un nominalisme extrême, pas du tout, justement du seul fait qu’ils disent que la pensée est un corps. Simplement avec le lecton ils s’évadent un peu de la contrainte que ferait peser sur nous le fait de n’avoir que des corps, si nous n’étions que des corps, si la pensée était un corps, si nous n’étions que dans les empreintes il n’y aurait plus de liberté, plus de possibilité de respiration, nous serions entièrement contraints. C’est pour ça qu’ils introduisent cette chose supplémentaire qui est le lecton comme un petit espace de respiration, ou quand même, là, peut se développer à son propre gré toute une partie de l’exprimable. Si en se mettant à la place des Stoïciens, en prenant un objet et en parlant du tugkanon, je ne signifie pas l’objet en soi, je ne peux pas dire l’objet en soi, qui serait celui qui serait indépendamment des effets qu’il a sur moi.

Le tugkanon ne se sépare pas de la perception, puisque la perception c’est de l’ordre de l’empreinte. Dans le tugkanon il y a ces fameuses propriétés qui sont présentes et qui sont les propriétés sensibles de tugkanon, elles font partie du tugkanon, simplement elles s’imposent à tout le monde. Les accidents de l’objet, c’est quand même encore du sensible, ce sont les sensibles propres du corps qui sont eux aussi des corps, donc quelque chose de perceptible par tout un chacun de la même manière. Nous sommes dans un registre différent de celui de l’exprimable, par exemple, le fait de ne pas parler la même langue fait que les exprimables ne peuvent pas passer d’un côté à l’autre. Là, il y a une idée qui n’est pas mal, quand nous réfléchissons à ce va être la double notion d’objet immédiat et d’objet dynamique chez Peirce, peut-être que là, nous aurons un éclaircissement sur la conception de l’objet immédiat.

L’objet en soi, si vous vous souvenez de l’idée qui en a été donnée, c’était ce qui est derrière ce qui apparaît, or l’apparaître est dans le tugkanon, il en fait partie intégrante. Au fond, nous ne nous intéressons pas à l’objet en soi. La question de savoir s’il y a quelque chose qui n’apparaît pas dans l’objet ne se pose pas. L’apparaître de l’objet est une propriété de l’objet, fait partie de lui-même.

Peirce donne des définitions formelles et d’autres plus applicables, de la question de l’objet, il dit :» nous pouvons considérer dans le signe deux objets, l’un que nous appellerons l’objet immédiat, qui est l’objet dans le signe, l’autre l’objet dynamique qui est celui hors de signe ». (Page 189) définition de Peirce : »Nous avons à distinguer l’objet immédiat qui est l’objet comme le signe lui-même le représente, et dont l’être par suite dépend de sa représentation dans le signe ». Si ça, ce n’est pas un semainomenon ! « de l’objet dynamique qui est la réalité qui par un moyen ou un autre parvient à déterminer le signe à sa représentation ». Voilà, à mon sens, chez Peirce, une notion qui mérite d’être éclairée par cette distinction entre semainomenon et tugkanon. De l’objet dynamique, il en parle beaucoup, là je vous ai donné un texte dans lequel il donne une sorte de définition ou de propriété définitoire. Pour l’objet immédiat, il dit, c’est celui qui dépend de sa représentation. Là nous ne sommes pas dans le tugkanon.

Je vais essayer de vous dire ce pourquoi je change un peu d’avis sur la question de l’objet immédiat, à la lecture de ce texte. Jusque là, la notion d’objet immédiat telle que je l’avais en tête, c’est terrible, nous travaillons depuis très longtemps sur ces textes et nous avons tous l’air d’être d’accord, mais je suis persuadé que c’est faux, nous couvrons les choses par le même mot, mais en fait les tugkanons sont complètement différents. Là, je parle pour moi, vous m’auriez interrogé il y a seulement un mois, j’avais une idée différente, l’objet immédiat c’était plutôt de l’ordre de l’esprit, c’était celui présent à l’esprit, presque de l’ordre de l’empreinte. Eh bien, c’est pas ça. Que dit Peirce, « qui est l’objet comme le signe lui-même le représente et dont l’être par suite dépend de sa représentation dans le signe », c’est quelque chose de terrible, l’objet dont l’être est modifié par le fait d’être représenté. Nous sommes dans le registre d’un objet tout à fait réel et qui est appelé immédiat du seul fait que précisément il est immédiatement présent par le signe, au titre de semainomenon. C’est l’objet lectonisé.

Balladur est élu premier ministre, Mitterrand a choisi Balladur, quel est le statut de Mitterrand ? Est-ce que c’est Mitterrand qui est purement dans l’esprit, est-ce qu’il y a un répondant réel à Mitterrand ? L’objet immédiat ce n’est pas la pensée que j’ai de Mitterrand, la pensée et Mitterrand réel, c’est un mixte de cet ensemble. Un coup de tugkanon et nous voilà avec le Mitterrand sans le fait que je puisse le signifier, ce qui est le but de la sémiose, c’est-à-dire de s’effacer devant ce qu’elle montre, ce n’est pas de rester accroché comme une arapède à ce qu’elle montre, la sémiose n’est pas accrochée à l’objet dynamique, puisque c’est l’objet hors du signe, l’objet dynamique je ne peux que le suggérer, le montrer, là, avec l’objet dynamique nous sommes vraiment du côté du tugkanon. C’est un moment où j’ai l’impression d’atteindre à quelque chose qui est hors du fait que cet objet a été signifié, ce qui est le but d’un produit.

Qu’est-ce que c’est qu’un produit ? Imaginez un produit que vous seriez obligé de porter avec l’usine qui le fabrique. C’est pas possible ! La machine s’efface devant ce qu’elle a réussi à produire. Et elle a produit quoi ? L’objet dynamique. Quand je dis Mitterrand a choisi Balladur, le couple Mitterrand-Balladur est l’indice de quoi ? L’indice du Mitterrand et du Balladur réels qui sont quelque part à Paris ou ailleurs, mais en tant qu’ils sont indépendants du fait que je les signifie, c’est ça l’objet dynamique. Sinon, ils seraient là aussi, et ce serait au titre d’objet immédiat, qui recouvre aussi le Mitterrand rêvé, parce que sinon, à quel genre d’objet aurions-nous à faire. Je ne pourrais plus distinguer parmi les objets immédiats, les rêveries du monde.

L’idée d’objet immédiat chez Peirce, ce n’est pas simplement une pure pensée. Il n’y a qu’un objet mais je peux le regarder de deux manières, soit en tant que je le signifie, ce qui veut dire qu’il a sa matérialité aussi, il ne perd pas son caractère existentiel pour autant, ce n’est pas parce que je nomme une chose qu’elle disparaît, simplement j’ai pris une distance par rapport à elle. L’objet ne perd pas son caractère existentiel et j’en fais quelque chose de mixte et que je peux appeler l’objet immédiat, qui a certes un caractère existentiel, mais qui a ceci, que pour une part de lui-même il dépend de la représentation que j’en ai. Mais pour cette part qui ne dépend pas de la représentation, qui est la part que je vise dans la sémiose, c’est la fabrique, celle-là est indépendante de la représentation que je m’en fais.

Il me semble que sans à avoir à adhérer à la philosophie stoïcienne pour autant, nous pouvons dire que cette distinction qu’ils ont amenée, entre le semainomenon et le tugkanon, est une distinction que nous pouvons réinvestir pour éclairer la distinction entre objet immédiat et objet dynamique chez Peirce. Parce que sinon, si nous ne faisons pas ça, si l’objet immédiat c’est la pensée, si l’objet dynamique c’est l’existant, nous ne voyons pas très bien comment les deux choses pourraient se combiner. Il n’y aurait pas un seul objet, il y en aurait deux. Un d’immédiat et l’autre dynamique, pas du tout, en fait, l’immédiat c’est la casualité du signe, c’est le fait qu’il est le cas que cet objet est dans le signe.

Pour prendre comme exemple la pièce de théâtre, si il y avait deux objets, ce serait la pièce de théâtre telle qu’elle serait le tugkanon, celle que nous ne cessons pas de tenter de signifier. Alors là nous ne sommes plus dans le domaine existentiel, nous sommes dans les domaines des troisièmes, mais finalement nous nous trouvons dans la même situation, c’est-à-dire la possibilité de définir un objet dynamique, un tugkanon, et puis un objet immédiat qui « contient » l’objet dynamique, mais c’est idiot de le dire comme ça, je veux dire au moins dans sa nature.

Je trouve que cette manière de penser est plus riche. « Le mot est le meurtre de la chose » de Hegel, est-ce que nous sommes dans le même espace ? Non, nous sommes dans le représentement, je ne suis pas en train de vous dire que c’est le représentement qui vient lectoniser le tugkanon, le représentement qu’il soit le meurtre de la chose, oui, précisément, parce que le représentement c’est ce qui fait que je peux venir présenter la chose sans qu’elle soit là. En ce sens-là, nous pouvons dire qu’effectivement le représentement serait, métaphoriquement, le meurtre de la chose.

Mais la chose en quelque sorte, le tugkanon, ce dont je discute, c’est sur la position de l’objet, pas sur la position du représentement. Quand je dis Mitterrand, ce n’est pas le mot « Mitterrand » qui viendrait lectoniser le tugkanon Mitterrand, ce n’est pas ça. C’est le fait de signifier Mitterrand, ça c’est autre chose. Le mot signifie Mitterrand, ce n’est pas le mot qui s’ajoute à Mitterrand, c’est celui qui le signifie, alors à ce moment-là, Mitterrand lui-même devient un semainomenon, il a quitté le monde des tugkanons. Et il ne retrouvera le monde des tugkanons qu’à la fin de la sémiose, qui me l’indiquera. Par exemple, « Mitterrand choisit Balladur » et « Mitterrand choisit de rester ». Ce n’est pas tout à fait le même Mitterrand que nous voyons. Nous avons deux points de vue sur Mitterrand. Il est signifié de deux manières, dans un cas il est en association avec Balladur, ce qui est une manière de le signifier, dans l’autre cas, nous voyons quelqu’un qui ne veut pas céder sa place. Cela fait deux manières de le signifier différentes, de ce point de vue-là, ce n’est pas le même Mitterrand. Ce n’est pas le même objet immédiat dans les deux sémioses. Et pourtant les indices vont tendre à nous désigner le même Mitterrand au bout du compte. Les objets immédiats sont des facettes de Mitterrand. Mais le représentement, lui, il est autre, c’est une autre problématique que celle de l’objet.

(Page 53-54). « On distingue d’ordinaire à juste titre deux objets d’un signe, le médiat hors du signe, et l’immédiat dans le signe. L’objet médiat est l’objet en dehors du signe, je l’appelle l’objet dynamoïde, le signe doit l’indiquer par suggestion, et cette suggestion ou sa substance, est l’objet immédiat. Nous pouvons dire que chacun de ces deux objets est susceptible de revêtir l’une ou l’autre des trois modalités (possible, existant, nécessitant) bien que dans le cas de l’objet immédiat ceci n’est pas tout à fait littéralement vrai. Si l’objet immédiat est un possible, j’appelle le signe un descriptif. Si l’objet immédiat est une occurrence, j’appelle le signe un désignatif ». Je crois que ça ne clarifie pas… !

Au fond, il y a très peu d’endroit où Peirce a donné des descriptions de ce qu’il entendait, dans une sémiose donnée, par ses différents éléments. Dans une lettre à William James, il y a une description de ce qu’il entend, dans ce texte c’est sa femme qui au saut du lit voyant qu’il avait regardé derrière les rideaux, lui dit : « quel temps fait-il ? », il répond « il fait orageux ». A partir de là, il essaie de voir comment, dans ce petit dialogue, situer les représentements, objet immédiat, objet dynamique, interprétant immédiat, interprétant dynamique, interprétant final, dont nous parlerons une prochaine fois. Comme je n’ai pas en tête le texte en question, je ne vais pas pouvoir vous le présenter, ce serait intéressant d’avoir les mots exacts.

Maintenant que je vous ai présenté les choses comme ça, avec les Stoïciens, je peux vous donner ce que nous entendons usuellement par objet immédiat et objet dynamique. Il me semble que le texte de la lettre à Lady Welby va plus dans le sens de notre interprétation habituelle, puisqu’il dit : « Le signe doit indiquer l’objet dynamique par suggestion et cette suggestion ou sa substance est l’objet immédiat ». Ce qui va plutôt dans le sens de l’objet immédiat conçu strictement comme pensée et sans tenir compte du caractère existentiel, n’incluant pas le tugkanon. Là j’ai l’impression que nous ne sommes pas dans une phase stoïcienne, sauf à considérer que dans ce cadre-là, l’objet immédiat serait plutôt le lecton. L’objet immédiat serait ce qui est la substance de la désignation de l’objet dynamique, là, peut-être serions-nous plutôt dans le caractère du lecton, quoique dès que nous parlons de substance, même si, comme Aristote, nous distinguons les substances premières et les substances secondes, il me semble que nous ne sommes pas tout à fait dans le lecton, qui est un incorporel et un incorporel n’a pas de substance. Donc là il dit, l’objet immédiat c’est la substance de la suggestion de l’objet dynamique, si même nous enlevons le mot substance, nous nous apercevons que nous somme plutôt voisin du lecton que du semainomenon. Nous traînons un objet mal foutu, justement parce qu’il est lié à la représentation, et ce à quoi nous essayons d’arriver c’est toujours à désigner, puisque nous ne pouvons pas faire plus que ça, l’objet dont il est question.

Prenons le cas d’une enquête policière, la scène du meurtre, il y a un corps avec du sang, un poignard, il est clair que ce n’est pas difficile, donc quelqu’un a tué, là le moindre indice qui va apparaître, va être porteur d’un objet immédiat dont nous pouvons dire que quand même c’est un existant, c’est quelqu’un, si nous trouvons un cheveu, c’est celui de quelqu’un. Dans ce sens-là, l’objet immédiat d’un cheveu c’est quoi ? Si nous le prenons au sens semainomenon, ça veut dire c’est certes quelqu’un, avec une grosse part lectonisée, plein de lectons car nous ne le voyons pas, nous n’avons pas encore pu le désigner, mais il est là. Nous sommes assurés que c’est quelqu’un, si nous n’en étions pas assurés nous ne mènerions même pas l’enquête. Si c’était un fantôme il n’y aurait pas d’enquête. Ce serait une rêverie. L’enquête se mène, au fur et à mesure, par exemple, nous avons un portrait robot, nous voyons des propriétés de l’objet, au sens des Stoïciens, nous arrivons à les saisir, ce qui est le fond même de l’objet dynamique, ces propriétés vont rester jusqu’au bout, jusqu’à leur terme. Nous allons construire petit à petit à travers un certain nombre de propriétés, et au bout du compte que ferons-nous, nous désignerons le coupable.

C’est là que les Stoïciens sont faibles, ce qu’ils ne perçoivent c’est que dans cette désignation, c’est qu’à ce moment-là, il se passe quelque chose d’autre et l’objet connaît de nouveaux développements. Ils n’en rendent pas compte avec le lecton. Mais nous par contre si nous ne sommes pas prisonniers de la distinction en question, si nous gardons simplement le semainomenon, nous pouvons dire qu’au cours du semainomenon le but c’est d’arriver à désigner le tugkanon, l’être réel, pouvoir le désigner, le stigmatiser, l’encercler, le faire passer en jugement et ensuite le condamner etc., qui sont autant de destins de l’objet qui sont des destins de transformation, d’évolution de l’objet, mais à partir du fait qu’il a été signifié. Parce que s’il n’avait pas été signifié, il serait un tugkanon indésignable. Donc là, il y a un problème chez les Stoïciens, ça ne marche pas très bien leur histoire. Le fait d’être signifié est important dans le destin du meurtrier, s’il n’avait pas laissé son cheveu, il s’en serait bien tiré. C’est ce que nous appelons un crime parfait. Mais le fait d’avoir été signifié a permis d’accéder jusqu’à lui.

Là où les Stoïciens sont fragiles, Peirce ne l’est pas, car c’est à travers l’évolution de l’objet immédiat dans la sémiose que nous arrivons à pouvoir désigner l’objet dynamique. La sanction de l’enquête est pragmatique. C’est quelque chose qui va s’incorporer globalement à l’objet. Ça va faire corps et si nous prenons le cas des Stoïciens, avec le lecton nous serions dans un cas de conversion d’un incorporel en corporel. Je vous dis ça en passant, quand j’étais jeune, je me souviens de l’époque en astronomie, nous n’avions pas encore des certitudes sur le « bigbang », dans les cours d’astronomie nous avions les différentes hypothèses à partir des grandes théories cosmologiques et il y en avait une qui était celle de création continue de matière. Or c’est un problème, ça veut dire qu’à partir de rien nous pouvons faire quelque chose, ce qui est le cas classique d’un incorporel, le vide, qui permettait de fabriquer quelque chose du non-vide. Cela heurte la sensibilité des physiciens, mais ils étaient prêts à assumer cette position s’il n’y en avait pas d’autres. Peirce a réussi cette corporisation du lecton, à travers l’objet immédiat.

Il y a des distinctions à faire entre la chose qui signifie, c’est le représentement, la chose que ça signifie, c’est l’objet, et la chose signifiée qui est l’interprétant. Chez Peirce il n’y a pas d’objet qui puisse se présenter comme ça à nous, il est toujours médiatisé, celui qui a dû faire appel à autre chose qu’à lui-même pour être là. Quel est le mode de la présence de l’objet à la conscience ? Nous prenons la question comme ça. Quelle différence y a-t-il entre le lecton et la pensée, pour le Stoïciens, le noème chez Aristote, l’idée chez Platon ? Nous sommes toujours dans ce bain, ce que nous pouvons dire avec Peirce, c’est, pas d’objet en soi, chaque fois que nous parlerons d’objet c’est dans une sémiose. Et très précisément, l’objet est le deuxième relat de la relation triadique. Phénoménologiquement pour aborder l’objet nous distinguons l’objet immédiat de l’objet dynamique, l’objet tel que le signe nous le présente, avec la question de l’existant, et l’objet tel qu’il est hors du signe, tel que le signe ne peut le suggérer.

Chez les Stoïciens il y a des idées intéressantes, nous pourrions considérer que dans leur point de vue, l’objet n’est qu’apparent, puisque finalement ce sont les propriétés, même y compris les propriétés accidentelles. Le lecton était sur la signification, la question d’un objet en soi ne se posait pas, même le tugkanon n’était pas un objet en soi. Nous pouvons imaginer que c’est coévolutif, l’objet évolue en même temps que la pensée de quiconque, l’objet c’est celui que je désigne toujours et sans jamais m’y arrêter. Ce que nous retrouvons dans la philosophie Zen, où la question de l’objet ne se pose même pas.

Jankélévitch, son histoire est compliquée, c’est le fils d’un des premiers traducteurs de Freud, son père était un traducteur réputé de l’allemand, le fait qu’il rejette la langue allemande, la raison qu’il donne a d’autres résonances que celles qu’il dit. Il y a quelque chose d’œdipien dans son histoire, le fils disant je ne veux rien à voir à faire avec cette langue.

De penser comme ça, ce n’est vraiment pas simple. Se dire que nous n’avons pas à découvrir la vraie vérité sur l’objet, que nous sommes toujours dans un mode hautement faillible, qu’il n’y a pas cette sorte de réalité opaque au regard de l’esprit. C’est dans ce sens-là que je dis que les Stoïciens sont intéressants, car ce n’est pas opaque, c’est l’empreinte ! La question de l’opacité ne se pose pas.

Gide disait : « nous formulons des questions pour des réponses que nous avons déjà et combien de réponses attendent combien de questions ». Je trouve que c’est une bonne idée, nous voyons que de poser une question c’est d’avoir fait surgir un représentement, c’est essentiel pour que la réponse puisse être. Mais de même que les objets n’attendent pas de devenir des semainomenons, nous pouvons au moins leur prêter des tas de tugkanons, c’est la même chose que pour les réponses, elles sont à l’état de tugkanon et elles attentent d’être semainonisées, d’être signifiées par une question. Nous ne posons des questions que si nous avons des réponses. J’en ai la preuve tout le temps avec ce cours. A quel moment les questions commencent à surgir, au moment où des réponses déjà ont pu commencer à s’esquisser. Sinon, c’est impossible de poser des questions dans un domaine sur lequel où vous n’avez pas le moindre embryon de réponse. De vraie question, je ne parle pas des questions formelles.

A partir du moment où il y a cette participation à la connaissance de l’objet, l’objet et la connaissance de l’objet sont intriqués, ça signifie que l’objet est en partie créé, nous sommes toujours dans la création d’objet et nous passons notre temps à créer le monde, nous aboutissons à la fabrication de l’objet dynamique, dans sa désignation d’accord ! Mais la production d’objet ce n’est que sa création, notre sémiose est toujours dans la création, nous ne découvrons pas, découvrir signifie que l’objet est déjà là, et que nous serions simplement en train de lever le voile. Précisément, non, même avec cette idée de voile c’est intéressant parce que si nous levons le voile sur l’objet, nous en couvrons un autre qui fait partie du contexte, donc qui nous empêche d’accéder vraiment à l’objet, au sens du tugkanon, car il nous manquera une part du contexte, le voile, c’est ça le propre du voile. Donc je préfère parler de création d’objet.

La position que Peirce défend c’est de dire que le représentement est réel. Il distingue soigneusement l’existence et la réalité. L’existant c’est du domaine de la secondéité, ce sont les existants, ce qui est là par opposition à tous les autres. L’existant s’est forcé sa place dans le monde. Ce n’est pas la même chose pour les deux autres catégories qui sont des catégories d’éléments réels qui sont indépendants de ce que j’en pense, ce sont des tugkanons. Non pas indépendants du fait que je les pense, mais réels car comme pensée elle ne dépend pas du fait que ce soit moi ou tel autre qui la pense. Elle nécessite que quelqu’un la pense, mais elle ne dépend pas de ce quelqu’un pour être pensé. Pour les propriétés c’est la même chose, pour les qualités, là il est très stoïcien, puisqu’il dit qu’une qualité c’est quelque chose qui est réel, pas existentiel, il ne dirait pas que c’est un corps, mais réel, parce que, la qualité, il ne dépend pas de moi qu’elle soit attribuée à l’objet. Le processus attributif, de même que l’attribut font partie intégrante de la réalité de l’objet, ils sont donc eux-mêmes un ordre de réalité. Peirce donne la réalité à toutes les catégories. Mais il n’y en a qu’une, celle de la secondéité, qui est une catégorie de l’existant, au sens de se faire la place dans le monde.

Bon, dès lors où nous aurons une distinction entre les deux objets nous allons pouvoir revisiter les classes de signe. Nous allons nous intéresser, non seulement au représentement en soi, et dans le rapport du représentement à l’objet, mais dire maintenant, le représentement avec l’objet immédiat, le représentement avec l’objet dynamique, la nature de l’objet immédiat, la nature de l’objet dynamique, vous comprenez bien que nous rentrons de nouveaux éléments, nous ne sommes plus simplement dans l’analyse des représentements, mais dans l’analyse de fait, de chose, de fait de la relation, ce n’est plus la relation possible avec les objets, c’est celle avec les objets immédiats qui sont là présents, la relation avec les objets dynamiques, dans les sémioses réelles. Il y a 28 classes de signe à partir des nouvelles distinctions, ces 28 classes de signe sont obtenues comme des analyses de la sémiose, c’est-à-dire incluant les objets et les interprétants. Nous passons à 6 termes de bases. Tout cet ensemble va transformer les conditions d’analyse. Nous allons analyser les sémioses telles qu’elles se produisent.

« Quand l’objet dynamique est une occurrence c’est-à-dire une chose existante ou un fait réel passé ou futur, j’appelle le signe un concrétif, un baromètre ou la narration écrite d’une quelconque série d’événements, par contre pour un signe dont l’objet dynamique est un nécessitant, j’appelle le signe un collectif. Si l’objet immédiat est un possible c’est-à-dire si l’objet dynamique est indiqué au moyen de ses qualités, j’appelle le signe un descriptif. Si l’objet immédiat est une occurrence, j’appelle le signe un désignatif. Si l’objet immédiat est une tiercéité, un nécessitant, j’appelle le signe un copulant, car dans ce cas il faut que l’objet soit identifié par l’interprète de sorte que le signe puisse représenter une nécessité ».

« Les 10 points de vue selon lesquelles les principales divisions des signes sont déterminées sont les suivants, premièrement, selon le mode d’appréhension du signe lui-même, deuxièmement selon le mode de présentation de l’objet immédiat, troisièmement, selon le mode d’être de l’objet dynamique, selon la relation du signe avec l’objet dynamique (icône, indice symbole), mode de représentation de l’interprétant immédiat, mode d’être de l’interprétant dynamique, relation du signe avec l’interprétant dynamique, nature de l’interprétant final ou normal, relation du signe avec l’interprétant normal et relation triadique du signe avec son objet dynamique et son interprétant normal, (rhème, dicisigne, argument) ».

Nous allons retrouver les anciennes divisions mais investies à partir de la considération des sémioses elles-mêmes.
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