A. La culture comme éducation de l’homme par la société 7








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B. La culture est édifiée sur du renoncement pulsionnel

1. Le malaise dans la culture (Freud)


Freud n’aborde pas la culture (ou civilisation) sous l’angle politique, mais sous l’angle individuel et psychologique. Sa grande thèse est que la culture est édifiée sur du renoncement pulsionnel. C’est-à-dire que pour exister, les sociétés doivent imposer aux êtres humains des sacrifices affectifs et pulsionnels : ils doivent renoncer à aimer certaines personnes et se voient contraints de tolérer et respecter leurs adversaires et ennemis. Ainsi, le penchant à l’amour (Eros) aussi bien que le penchant à l’agression (Thanatos) sont réprimés. Les intérêts individuels sont sacrifiés au nom de l’intérêt collectif.
Il est devenu courant, pour nous, de dire que notre civilisation a été édifiée aux dépens d’aspirations sexuelles qui sont inhibées par la société, en partie refoulées, en partie aussi mises au service de nouveaux buts. Nous avons aussi reconnu que, malgré toute la fierté que nous donnent nos conquêtes culturelles, il ne nous est pas facile de satisfaire aux exigences de cette civilisation, de nous sentir à l’aise en elle, parce que les restrictions pulsionnelles qui nous sont imposées signifient pour nous une lourde charge psychique. Or, ce que nous avons reconnu pour les pulsions sexuelles vaut, dans une mesure égale et peut-être plus grande, pour les autres, les pulsions d’agression. Ce sont elles surtout qui rendent difficile la coexistence des hommes et qui menacent sa continuation ; une limitation de son agressivité : tel est le premier et peut-être le plus dur sacrifice que la société doit exiger de l’individu. Nous avons appris de quelle façon ingénieuse s’effectue ce domptage du récalcitrant. L’instauration du surmoi, qui tire à lui les motions agressives dangereuses, amène en quelque sorte une garnison dans une place qui inclinerait à la rébellion. Mais d’autre part, du point de vue purement psychologique, il faut le reconnaître, le moi ne se sent pas à l’aise s’il est ainsi sacrifié aux besoins de la société, s’il doit se soumettre aux tendances destructives de l’agression qu’il aurait bien aimé mettre en œuvre lui-même contre d’autres. C’est comme une continuation, dans le domaine psychique, du dilemme manger ou être mangé qui domine le monde vivant organique. Par bonheur, les pulsions d’agression ne sont jamais seules, elles sont toujours alliées aux pulsions érotiques. Ces dernières, dans les conditions de la civilisation créée par les hommes, ont bien des choses à adoucir et à prévenir.

Sigmund Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse (1933)
En effet, nos intérêts économiques ne suffisent pas à assurer la cohésion de la société. Il faut donc, pour que la société se maintienne, qu’elle réprime nos tendances antisociales, et notamment nos penchants agressifs :
L’intérêt de la communauté de travail n’assurerait pas la cohésion [de la société], les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels. Il faut que la culture mette tout en œuvre pour assigner des limites aux pulsions d’agression des hommes, pour tenir en soumission leurs manifestations par des formations réactionnelles psychiques. De là donc la mise en œuvre de méthodes qui doivent inciter les hommes à des identifications et à des relations d’amour inhibées quant au but, de là la restriction de la vie sexuelle et de là aussi ce commandement de l’idéal : aimer le prochain comme soi-même, qui se justifie effectivement par le fait que rien d’autre ne va autant à contre-courant de la nature humaine originelle.

Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture (1929), V
C’est notamment par le biais du surmoi que la répression et la sublimation des pulsions antisociales sont possibles. Cette idée générale du renoncement pulsionnel a donné lieu à une riche descendance. D’abord, le sociologue Norbert Elias a constitué une théorie du « procès » (processus) de civilisation fondée sur cette idée. La civilisation, selon lui, s’est faite principalement par l’adoption, dans l’Europe classique, des manières de faire à la cour par l’ensemble de la population. Elias appelle cela la curialisation (du latin curia, cour) des mœurs. Ce processus consiste notamment à en une médiation des pulsions : au lieu de les laisser s’exprimer de façon spontanée, naturelle et parfois violente (manger avec les doigts, s’entretuer, violer les femmes), il s’agit de les canaliser et de les sublimer à travers des règles, des codes et des langages : on mange avec une fourchette, on insulte au lieu de frapper, on séduit au lieu de violer, etc.

2. Répression et révolution (Marcuse)


Le philosophe du XXe siècle Herbert Marcuse s’est lui aussi largement inspiré de la conception freudienne de la culture, à partir de laquelle il critique sévèrement la culture occidentale. Sa thèse essentielle consiste à dire que le refoulement pulsionnel est allé trop loin, au-delà de ce qui était nécessaire. Il prône ainsi une vaste désinhibition de nos pulsions : cessons de refouler, cessons de nous réprimer nous-mêmes, jouissons sans entraves ! On reconnaît là un mot d’ordre célèbre de mai 68, une révolution culturelle dont l’esprit est très proche de la philosophie critique de Marcuse17.
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