L'Abeille, Sentinelle de l'Environnement








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L’Abeille Sentinelle de l’environnement /


L'Abeille, Sentinelle de l'Environnement
Cécile Fléché

De nombreuses recherches sont consacrées aux modifications de notre environnement. Plusieurs systèmes sont proposés pour évaluer et suivre ces modifications qui font l’objet d’une attention de plus en plus vive de la part d’associations de citoyens et d’administrations internationales et régionales. Parmi les moyens proposés, figurent en bonne place l’utilisation de systèmes «sentinelles», qui sont modifiés sous l’effet d’une exposition à la pollution environnementale.

L'Abeille peut être considérée comme un animal sentinelle. Présente en tous lieux, toute l'année, elle récolte à chaque floraison, pollen, nectar, miellats, exposés aux pollutions de l'environnement. Lors d'une enquête menée en 1987 par le CNEVA Sophia Antipolis, dans 10 départements français, il a été possible de distinguer différentes zones par les taux de produits agropharmaceutiques retrouvés sur les pollens et les abeilles. Ces taux sont régulièrement plus élevés dans les zones de culture intensive et, chez l'abeille, se distinguent des taux retrouvés lors d'intoxications.

L'Abeille réagit aux pollutions de l'environnement par des modifications biochimiques et des modifications de comportement dans la colonie, qui peuvent aller jusqu’aux symptômes de l’intoxication aigüe. Ces modifications peuvent être observées et quantifiées.

L’utilisation d’un Reseau Sentinelle Abeille devrait permettre de suivre l’évolution de la pollution, notamment par les pesticides, et parallèlement, d’évaluer l’impact des différentes pratiques d’épandage phytosanitaires sur l’intégrité de l’abeille, insecte pollinisateur par excellence dont la préservation garantit la perénnité d’un grand nombre d’espèces végétales sauvages et une bonne productivité de la plupart des espèces cultivées.

Mots-clés : abeille - environnement - pesticides - pollution - sentinelle

SUMMARY

Honeybee, animal sentinel of environment : Honeybee (Apis mellifera) can be considered as a sentinel of environmental health Because the honeybees are present in all sites throughout the whole year for the harvest of pollen, nectar and derived-products, they are exposed to environmental pollutions. During a survey realised in the French departmentsin 1987, different areas with different contamination levels by pesticides could be distinguished. The higher levels of pesticides in honeybees were identified in areas characterized by an intensive cropping industry. Honeybees react to environmental pollutions by biochemical and behavioural modifications, so the impact of pesticides uses can be detected and monitored by observing and quantifying their effects in honeybees.

Introduction
De nombreuses recherches sont consacrées aux modifications de notre environnement. Plusieurs systèmes sont proposés pour évaluer et suivre ces modifications et des tests d"écotoxicité" demandés par les administrations internationales et régionales.

Dans quel cadre entendons nous un concept tel que celui d'animal sentinelle et plus largement, le contrôle des modifications de l'Environnement ?

Il s'agit d'abord des modifications provoquées par l'activité humaine et notamment par les produits chimiques qui diffusent dans tous les milieux de la planète et qui font l'objet de la très grande majorité des travaux sur les modifications de l'environnement. Ces produits deviennent des "polluants" quand ils provoquent des modifications défavorables du milieu naturel (Ramade,1993).

L'animal (ou le végétal ou la bactérie) sentinelle nous alerte sur des modifications qu'il subit et qui sont soit négatives ( disparition, signes d'intoxications, génotoxicité...) soit des adaptations (augmentation de la capacité de détoxification, diminution du nombre de sites cibles ...) qui le concernent et "sous l'effet d'une exposition à la pollution environnementale" (National Research Council, 1991).

Pour savoir quels enseignements nous pouvons tirer des informations fournies par les systèmes (animaux) sentinelles, il est peut être important de savoir ce que l'on entend par "modifications défavorables".

A notre connaissance, chaque fois que des études ont été menées pour essayer de mettre en évidence des modifications d'êtres vivants sous l'effet de produits chimiques de synthèse ou d'éléments artificiels, on y est arrivé. La disparition d'une espèce est certainement défavorable pour cette espèce et risque de provoquer un réajustement des équilibres dans l'écosystème considéré. Mais au-delà?

Nous savons intuitivement que la Terre a des capacités d'adaptation infinie. On peut se risquer à déduire que les conséquences défavorables sont en fait, les modifications qui conduiraient à un environnement défavorable à l'espèce humaine et à terme à sa disparition, si les changements s'opèrent plus vite que les capacités d'adaptation de cette espèce.

Nous faisons donc tous un pari : le pari que l'évaluation des modifications de différents systèmes (moléculaires, physiologiques, végétaux, animaux etc.. etc...) sous l'effet de différents polluants, seuls ou combinés, vont nous permettre d'évaluer et de contrôler les risques pour notre espèce, induits par nos activités.

Aucun des nombreux outils utilisés pour le contrôle de l'environnement ¾ regroupés sous le vocable général de "marqueurs biologiques de pollution" et qui vont des marqueurs moléculaires (adduits d'ADN par exemple) à l'évaluation des modifications de biocénoses ¾ n'apparaît comme suffisant pour qualifier les modifications de l'environnement (Colloque ANPP, Chinon 1995) et susceptible de conduire à une limitation, jugée pertinente, de l'émission de tel ou tel polluant. Et ce n'est qu'une convergence de résultats, y compris une "catastrophe" humaine ou écologique, qui conduit à modifier un usage.
Rôle de l'Abeille
Comment l'abeille s'inscrit-elle dans cette problèmatique?

Nous pouvons définir au moins deux rôles à l'abeille. L'un lui a été "confié" au cours de l'évolution des espèces : la pollinisation entomophile, avec son extension à la productivité des espèces cultivées par l'homme. Et l'autre qui peut être déduit des connaissances acquises : être l'un des témoins de la pollution de notre environnement.
La pollinisation
Nous passerons rapidement sur le rôle pollinisateur bien que très important : avec la disparition de nombreux autres pollinisateurs sauvages par destruction des niches écologiques favorables et par utilisation de produits chimiques (pesticides notamment), l'abeille est devenue un pollinisateur essentiel des espèces végétales sauvages entomophiles, participant à leur pérennité et donc au maintien d'une biodiversité qui ne nous est pas indifférente (Sommet de Rio, 1992) mais qui est largement entamée déjà, par les pratiques agricoles et l'usage intensif d'herbicides. C'est également un pollinisateur essentiel de très nombreuses plantes cultivées, garantissant une bonne productivité et des produits de qualité supérieure à celle résultant de pollinisations artificielles (Barbier, 1986 ; Free, 1992). On évaluait récemment (revue Science, 1994) à 10 billions de dollars le gain de productivité résultant de la pollinisation par l'abeille et aux USA. (tableau I).
L'abeille sentinelle
A -Définitions
Animal sentinelle

Un système d'animaux sentinelles est défini comme " un dispositif destiné à collecter systématiquement et régulièrement des données sur des animaux exposés à la pollution environnementale. Ces données sont ensuite analysées pour identifier les dangers potentiels pour la santé de l'homme et de l'environnement" (National Recherche Council, 1991).
Informations recueillies

Deux types d'informations sont recherchées : la présence de polluants par analyse toxicologique et la présence de signes de toxicité par l'enregistrement de paramètres physiologiques et comportementaux.
Biomarqueur

"C'est une variante de constituants, de processus, de structures ou de fonctions cellulaires ou biochimiques que l'on peut mesurer sur un système biologique ou un échantillon et qui dépend d'un facteur xénobiotique" (National Research Council 1989).
Caractéristiques d'un bon système d'animal sentinelle

Elles sont au nombre de 4 :

1) Possibilités de capture relativement facile et densité de population suffisante permettant des prélèvements qui ne modifient pas la structure ou l'importance numérique.

2) Aires de dispersion connues.

3) Voies d'exposition connues et animaux de taille suffisante pour permettre de pratiquer facilement des mesures de concentrations de polluants ou des examens biochimiques et possibilité de disposer d'animaux témoins : les espèces répandues sur tout le territoire et pouvant être collectées en de nombreux endroits sont les plus intéressantes de ce point de vue.

4) Existence d'autres études sur la même espèce.


B-L'abeille est-elle un bon animal sentinelle ?
1. Capture et aire de dispersion

* Bien qu'animal évoluant librement dans la nature comme les espèces sauvages, l'entretien d'un cheptel conséquent par les apiculteurs et les pratiques apicoles permettent de répondre facilement au point 1. En France environ 1.900.000 colonies sont élevées et l’activité apicole est présente dans tous les départements.

* Outre la large répartition du cheptel, ce qui nous intéresse avec l'abeille, c'est l'échantillonnage qu'elle opère dans son milieu par la collecte de nectars, de miellats et de pollen : l'abeille butineuse peut faire 10 à 20 voyages par jour (Chauvin, 1968) au cours desquels elle prospecte de 450 à 2700 m2 à des distances de la ruche pouvant aller jusqu'à 13 km (Eckert, 1955). Elle visite jusqu'à 1000 fleurs par jour (Free et al., 1981). Si nous considérons une ruche en pleine activité c'est un territoire de quelques dizaines d'hectares (700 ha selon Wallworh-Barber et al. 1982) qui est prospecté avec collecte systématique sur un grand nombre d'espèces végétales. Malgré un ralentissement de l'activité de la colonie en période hivernale ou en conditions climatiques défavorables, l'échantillonnage s'effectue tout au long des floraisons et des productions de miellats.. En France on estime le nombre d'espèces mellifères entre 3.500 à 4.500 (Louveaux, 1978) auxquelles il faut ajouter les espèces strictement pollénifères et les végétaux sur lesquelles l'abeille peut récolter du miellat. Ces différentes espèces ont des représentants dans pratiquement toutes les associations végétales.

Grâce à l'abeille, il est donc possible d'avoir une récolte régulière d’échantillons soumis aux pollutions.
2. Voies d'exposition connues

L’abeille entre en contact directement avec les polluants en suspension dans l’atmosphère ou déposés sur les surfaces florales et foliaires.

Par ailleurs, l'abeille prélève dans le milieu, d’une part du pollen, d’autre part des nectars et des miellats qui seront transformés en miels. Les pelotes de pollens recueillies dans des trappes et les miels récoltés dans la ruche sont facilement analysables. Miellats et pollens sont exposés directement à la pollution atmosphérique et peuvent donc refléter directement l'impact quantitatif d'épandages, de retombées atmosphériques et leurs persistance dans le temps.(Tableau II)

- Enfin, les colonies utilisent 10 à 40 litres d'eau par an mais de façon trés irrégulière : au début du printemps quand commence l'élevage du couvain et que la récolte de nectar est encore faible, pendant les périodes de forte chaleur quand l'évaporation dans la colonie sert à rafraichir l'atmosphère intérieure. Il est à noter que les abeilles prélèvent volontiers de l'eau chargée en azote (lisiers).
Les transferts de polluants par le sol et la plante, leur remontées par le nectar sont moins connus. Néanmoins des études ont permis de mettre en relation la pollution du miel et les quantités des mêmes polluants retrouvées par collecte directe d'échantillons de sols et de plantes dans les mêmes aires (Free et al., 1981) ou la présence de résidus de traitement dans le nectar de plantes traitées cependant avant floraison (Fielder et al, 1984)


3. Connaissances sur l’impact des polluants chez l'abeille

L'abeille réagit aux pollutions de l'environnement. La présence de résidus peut se traduire par des mortalités, des modifications de comportement, des modifications biochimiques. D'abord limitées à l'étude de la toxicité aigüe, les recherches s'enrichissent d'année en année de mesures plus précises pour répondre aux questions posées par le terrain, où se produisent des phénomènes défavorables - les affaiblissement de cheptel ou « disappearing diseases »- que la seule connaissance de la toxicité aigüe ne peut expliquer ni prévenir.
3.1. Les pesticides
*Observations sur le terrain

Dès les années 60, des mortalités importantes de colonies étaient constatées après utilisation de pesticides organochlorés. Plus tard, dans les années 70 des phénomènes d'affaiblissement, plus insidieux, ont été fréquemment observés, notamment avec l'apparition des pyréthrinoïdes de synthèse. Les enquêtes qui ont été menées sur le terrain, aux USA (Wilson et Menapace,1979), en Italie (Celli et al, 1986), en Grande-Bretagne (Greig-Smith, 1994) ont permis de préciser les symptômes de ces affaiblissements et d'envisager la responsabilité des produits phytosanitaires, mis en évidence dans les échantillons d'abeilles de façon non exceptionnelle.

En France, à partir de 1980, les apiculteurs nous alertaient sur l'existence d'affaiblissements de cheptels, ce qui coincidait avec l'apparition sur le marché français, des pyrèthrinoïdes de synthèse. Ces phénomènes se distinguaient des mortalités, ponctuelles et massives, constatées épisodiquement depuis les années 1960. Ce nouveau "syndrôme" pouvait être résumé ainsi : diminution progressive du nombre d'abeilles malgré un couvain normal et pouvant aboutir à la mort de la colonie au printemps suivant, diminution des récoltes, désertion de la ruche malgré des réserves abondantes. Au fil des années les manifestations se sont enrichies : agitation anormale devant les ruches, abeilles trainantes incapables de voler, anomalies de développement du couvain (non éclosion), supersédures, naissance d'abeilles malformées. Les enquêtes menées par le laboratoire (dans le Sud Ouest et le Sud Est de 1982 à 1990) confirmaient les symptômes décrits par les apiculteurs. Quant aux pesticides ils sont retrouvés dans 50 à 80 % des cas et, très souvent, à des taux inférieurs voire très inférieurs aux DL 50 connues.
* Effets de doses sublétales

Partant de la constatation que l’analyse de tous les milieux révèlent la présence de polluants à des taux très variables, de nombreux chercheurs ont développé des travaux sur les effets de faibles doses de ces substances indésirables. Le plus grand nombre d’études a été réalisé à propos des pesticides mais concernent parfois aussi les métaux lourds.

Barker et al (1980), après avoir mis en évidence la persistance du diméthoate dans le nectar de luzerne, ont étudié les effets de cette molécule, donnée en nourrissement aux mêmes taux à des abeilles en cagettes pendant plusieurs jours et ont obtenu une mortalité d'autant plus marquée que la consommation de sirop contaminé a été plus longue soit 8 % de mortalité en 7 jours pour un taux de 1 ppm et 48 % pour un taux de 2 ppm (la DL50 expérimentale pour cette molécule varie, selon les auteurs de 70 à 280 ng/abeille). Lensing (1987) de son côté, en nourrissant des colonies avec du sirop contenant des doses de diméthoate de 0.2 et 0.4 ppm (consommation de 4 à 8 ng/ab soit 10 à 20 fois moins que la DL50), a observé une réduction de ponte de la reine, une réduction d'élevage de couvain et de construction des alvéoles par les ouvrières. Il a observé également une diminution de récolte de pollen et de nectar, soit une diminution généralisée de l'activité de la colonie.

Cox et al (1984) se sont intéressés aux effets de la perméthrine à des doses subléthales, sur le comportement individuel d'abeilles ouvrières au sein d'une colonie : le retour à la ruche après nourrissement contaminé, à raison de 0.009 µg/ab (pour une DL50 de 0.056 à 0.159 µg/ab), varie de 0 à 60 % et au bout de 24 h on ne retrouve plus d'abeilles traitées dans la colonie. Avec une dose de 0.001µg/ab les déplacements des abeilles sont trés nettement diminués et elles manifestent des comportements anormaux : danse tremblée, rotations du corps, abdomen incurvé (tableau III).

Fléché et al. (1992) nourrissant en condition de terrain, un lot de colonies avec de faibles doses de cypermethrine (12.5 µg/colonie/semaine soit environ 0.6 ng/ab, pour une DL50 de 56 à 170 ng/ab) ont constaté un changement des reines beaucoup plus fréquent que chez les témoins, une mortalité de colonies plus importante ( 71 % contre 14 %) et une chute de l'activité ATPase chez les ouvrières.
*Modifications biochimiques induites par les polluants

Les investigations intéressent essentiellement les systèmes enzymatiques impliquées dans la détoxication des pesticides et quelques sites cible des polluants. Les modifications immunitaires ne semblent pas avoir encore été étudiées.

les enzymes de détoxication

Metcalf et al. (1966) soupçonnaient un déficit en enzymes de détoxification chez l'abeille, expliquant ainsi sa sensibilité aux intoxications par les pesticides,

Gilbert et Wilkinson (1974) mettent en évidence 3 types d'oxydases microsomiales dont ils étudient l'activité dans différents tissus et organes et selon l'age. L'activité oxydase se manifeste pour une très grande part dans l'intestin moyen de l'abeille.

Yu et al. (1984) ont poursuivi cet inventaire en calculant la capacité de détoxication, non seulement des enzymes microsomiales mais également des glutathione-S-transférases et des estérases (tableau IV.) Ils ont observés des inhibitions ou des activations, selon la molécule, sur des abeilles intoxiquées par de faibles doses

. Smirle et Winston (1987) ont évalué les variations des capacités de détoxification, individuellement et pour différentes colonies. Ces variations, effectives, pourraient expliquer les variations dans la sensibilité des colonies aux pesticides ; de plus ils ont mis en évidence, une augmentation de l'activité spécifique de la MFO (Mixed Function Oxydase) et de la GST (Glutathion-S-Transférase), au cours du vieillissement mais uniquement chez les butineuses, ce qu'ils ont interprèté comme une adaptation à l'environnement extérieur.

Kézic et al. (1992), à la suite de mesures effectuées sur des abeilles expérimentalement soumises à des quantités variables de pesticides, ont proposé d'utiliser la mesure de l'activité MFO chez l'abeille, comme biomarqueur pour détecter la pollution environnementale.
 le métabolisme des lipides et des glucides

Bounias et al. (1985) ont évalué l'effet de la deltamethrine, par injection de doses subléthales (0.05 ng/ab), sur la glycémie, la lipémie et l'activité phosphatase alcaline. Ils ont observés une perturbation importante à partir de 1h30 après l'injection; cette perturbation persiste au delà de 3 h pour le tréhalose dont le taux reste inférieur à ce qui est observé chez les témoins. De même, Bendahou et al. (1994) ont mis en évidence une baisse des taux de glucose et de tréhalose dans l'hémolymphe après injection de cyperméthrine et de fénitrothion à très faible dose.
modification de l'activité des ATPases

Bendahou et al (1994) mettent en évidence une inhibition des (Na, K) ATPases sous l'effet de faibles doses de cyperméthrine et de fénitrothion. Tandis que Migula et al (1990) mettent en évidence une inhibition des (Ca,Mg) ATPases sous l'effet de la cyperméthrine ou de la perméthrine.
3.2 Et les autres polluants

Il y a peu d’études sur les conséquences sur l’abeille de la présence de métaux lourds et d’éléments radioactifs. Quelques travaux concernent la recherche de ces éléments chez l’abeille et dans les produits de la ruche pour essayer, notamment, d’évaluer les relations entre la pollution des sites et celle des produits de la ruche. Bromenshenk et al. (1991) ont installé des colonies dans des zones polluées variablement par le cadmium et l'arsenic et ont observé une diminution significative du nombre d'abeilles et de la production de miel, diminution corrélée positivement avec la pollution des sites.

De tout ce qui précède il est possible de conclure que l'abeille répond à la définition donnée d'un bon animal sentinelle : elle révèle la présence de polluants dans le compartiment aérien et les modifications biochimiques induites peuvent être utilisées comme biomarqueurs de l’environnement
C-L'abeille et le contrôle des polluants. Données déjà disponibles.
L'abeille et les produits de la ruche font régulièrement l'objet d'analyses en France, au cours de plans de surveillance, d'enquêtes ponctuelles, de travaux d'épidémiologie, d'expérimentations sur le terrain et d'analyses réalisées en routine sur des échantillons envoyés au CNEVA par des producteurs et des négociants. Ces recherches concernent surtout les pesticides.

Des comparaisons ont été faites entre les résultats obtenus lors d'une enquête systématique réalisée en 1987-88 par l'Unité Pathologie de l'Abeille du CNEVA et les résultats des analyses réalisées en routine, au CNEVA Sophia Antipolis, sur suspicions d'intoxication pour la même période.

* Dans le cadre de l’enquête systématique : 17 ruchers ont été observés dans 10 départements français. Ces ruchers se distinguaient par leur environnement végétal allant des zones de cultures industrielles aux zones de végétation spontanée. Dans ces rucher on à procédé au prélèvement hebdomadaire de pollen et végétaux, et au prélèvement mensuel d'abeilles vivantes. Et ce, de mars à décembre. Tous les échantillons ont été acheminés par chronopost et ont été soumis à une analyse toxicologique réalisée par le Service de Toxicologie du CNEVA Sophia Antipolis, en CPG et selon une technique multirésiduelle classique (Flamini, 1985). De plus les pollens ont été identifiés sur le plan botanique et les échantillons d'abeilles ont fait l'objet de recherches parasitologiques et bactériologiques.

* En routine, le Service de Toxicologie reçoit des échantillons d'abeilles mortes, éventuellement accompagnées de prélèvements des végétaux incriminés dans l'intoxication soupçonnée. La même technique d'analyse toxicologique est mise en oeuvre. Mais les abeilles composant ces échantillons, restent parfois plusieurs jours devant la ruche avant leur prélèvement.
Résultats de ces investigations
‡ Les pesticides

Le principal résultat de notre enquête de 1987-88 a été la mise en évidence de résidus de pesticides dans tous les sites contrôlés, avec un fond de pollution par le lindane, mais une différence marquée selon l'artificialisation de la végétation et l'intensification des cultures et donc l'intensité des traitements phytosanitaires. Ces différences portent sur le pourcentage d'échantillons positifs (de 50 % à 90 % pour les pollens) et les quantités de résidus, sur pollen notamment, qui sont plus importants en zones de culture intensive. (Tableaux V, VI, VII et VIII)

Les abeilles analysées étaient prélevées vivantes dans les ruches. Les pourcentages d'échantillons positifs sont comparables à ceux retrouvés pour la même année sur soupçon d'intoxication (60.8 %) mais par contre les taux sont différents et inférieurs à ceux retrouvés en cas de soupçon d'intoxication.(Tableau IX)

L’analyse des résultats nous permet de constater que des molécules restent présentes pendant plusieurs semaines en un même site, soit du fait d'une persistance, soit par répétition des traitements. C'est ainsi que la deltaméthrine était présente de mai à juillet 1987 dans le Gers et en zone périurbaine dans les Alpes Maritimes.

Enfin dans un nombre non négligeable de cas (46 % pour les pollens, 8 % pour les abeilles) nous avons dans un même échantillons 2 à 4 molécules différentes.
‡ Les radionucléïdes

L’abeille est utilisée quelque fois pour contrôler la pollution autour de centrales nucléaires. On peut citer, en France, le cas de Fessenheim (Gonnet et al 1986).

Les taux retrouvés dans les pollens sont toujours plus importants que ceux des miels pour les mêmes sites (Kirkham et al 1987). Le miel ne semble pas être un bon révélateur de la radioactivité environnementale sauf quand il est issu de miellats (Ropolo et al 1988). En fait ce sont les retombées atmosphériques qui sont captées par le pollen et les miellats, l’intervention des remontées par le nectar étant beaucoup plus limitées et variables selon les types de sol et la profondeur explorée par les racines (Barisic et al 1994). Des analyses faites dans le cadre de plans de surveillance (après Tchernobyl) ont permis de mettre en évidence des faibles taux de radioactivité dans les miels, mais sans que soit précisé les types de miels positifs (3.4 % en 1991)
‡ Les métaux lourds

Quelques études ont été faites pour mettre en évidence des corrélations entre la pollution des sites et leur reflet par l’abeille et les produits de la ruche (Ernst et al 1980 ; Free et al 1983). Là aussi les corrélations directes entre la contamination des sites et celle des produits de la ruche ne sont pas faciles à établir. En particulier, la pollution des pollens, comme pour les radionucléïdes, semble emprunter la voie aérienne.

Au CNEVA Sophia Antipolis, des analyses de pollens et de miels ont été réalisés soit dans le cadre de notre enquête de 1987 soit dans le cadre de plans de surveillance. Dans le premier cas très peu d’échantillons de pollen se sont avérés pollués (tableau X). Quant aux miels, sur 242 échantillons analysés, 5 contenaient des traces de cadmium (< 0.1 ppm) et 12, (d’origine extra-hexagonale), contenaient des quantités de plomb entre 0.2 et 6.5 ppm.

Conclusion

L'Abeille apparait comme un système sentinelle de choix pour l'évaluation de la pollution atmosphérique par les polluants chimiques et l’obtention d’informations sur la persistance et la diffusion de ces produits et notamment les pesticides. Les informations sur les métaux lourds et les radionucléïdes sont encore peu fournies.

Des enquêtes plus complètes, coordonnées avec d’autres systèmes sentinelles, sur les transferts dans les sols, les remontées par les plantes et incluant le recueil d’informations sur l’utilisation des pesticides, devraient permettre d'élargir l'utilisation de ce système dans le contrôle de l'environnement. Les modifications comportementales et biochimiques induites par les polluants font de l’abeille, un révélateur comparable et complémentaire d’autres systèmes marqueurs déjà utilisés.

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