La notion de "nature" en philosophie et en christianisme Retour à l'Évangile








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La notion de "nature" en philosophie et en christianisme Retour à l'Évangile

Les définitions de la théologie font partie du bagage chrétien : la Trinité c'est une seule nature et trois personnes, le Christ c'est deux natures (nature humaine, nature divine) et une seule personne (la personne divine à qui il arrive de "s'incarner"…). Énoncées aux IVe-Ve siècles elles avaient un sens puisqu'elles répondaient à des questions d'une époque, mais du fait que ces questions ne sont plus les nôtres et que le langage a bougé, ces définitions nous empêchent d'entendre l'Évangile. J-M Martin en parle souvent, il explique parfois d'où sont venus ces dogmes et propose des chemins pour revenir à une écoute plus originelle (dans certains cas, parler de "natif" et non de "naturel"…).

Figurent ici des extraits de diverses interventions, ce n'est pas quelque chose qui a été traité de façon continue et bien entendu il y a des redites !

Un autre message aborde la notion de "personne" : La notion de "personne" en philosophie et en christianisme au cours des siècles ; retour à l'Évangile.

J'ai ajouté des citations des conciles ainsi que les notes dont certaines montrent que d'autres que J-M Martin (D. Hervieu-Léger, J. Moingt…) émettent aux aussi des critiques. J-M Martin a l'avantage de proposer des pistes à partir de son écoute de l'Évangile. Un plan figure à la fin.

Christiane Marmèche

I – Origine et brève histoire des mots nature et surnature

(Partie assez technique)

1) Le mot "nature" en français et natura en latin.

Le concept de "nature" est probablement le concept le plus fondamental de l'Occident. C'est un concept d'une infinie souplesse. Il se plie toujours en fonction de ce à quoi il s'oppose. Vous avez nature et personne, nature et surnature, nature et art, nature et culture, etc. Le mot nature est un beau mot à l'origine, mais il est devenu un concept très appauvri. Il joue un rôle considérable. C'est un concept proprement occidental qui n'appartient pas à l'Écriture, qui ne nous aide pas à entrer dans l'Écriture, ce n'est pas sa fonction. En théologie il nous aide simplement à ne pas nous égarer dans les formulations que nous tentons à partir des ressources de notre culture.

a) Le mot latin natura.

Le mot natura à l'origine.

Le mot natura en latin a pour origine le mot nascor (naître). Originellement, il veut plutôt dire "naissance". Mais le mot "nature" en français, ce n’est pas la naissance : le grand poème de Lucrèce, De Natura Rerum, ce n'est pas « De la nature des choses » comme on traduit habituellement, mais c'est « De la naissance des choses », c'est une cosmogonie.

Évolution.

Philosophiquement, le mot natura en latin – et surtout en latin médiéval – désigne le « ce que c’est », l’essence. La "nature" dit la même chose que "l’essence", mais c’est loin du sens originel. Ensuite, le mot "nature" a été pris dans des sens très divers.

Pour les Anciens, la nature est plutôt bonne : par exemple au Moyen Âge l’expression de "loi naturelle" désigne la loi que la raison, la nature des choses, impose si c’est une loi, ou propose1. Or, l’expression « loi naturelle » chez Hobbes, désigne la description de la société dans laquelle il y a conflit : la loi de la nature, c’est la loi de la jungle. Quel changement de sens ! 2

b) Très bref aperçu du mot "nature" dans l'histoire.

Les mots "nature" et "personne" sont les mots de la théologie qui servent à définir à la fois la Trinité (une seule nature et trois personnes), et le Christ (deux natures et une seule personne). Ensuite, en anthropologie chrétienne, on définira l'homme à partir de la notion de nature humaine, ce qui est grave car c'est un terme qui vient d'Aristote essentiellement. Or les mots "nature" et "personne" ne se trouvent pas une seule fois dans le Nouveau Testament.

Le mot nature est le mot que nous ne cessons d'utiliser, c'est le mot le plus basique de la culture occidentale. Même aujourd'hui par exemple quand nous demandons : « Est-ce que la distinction entre le masculin et féminin est une distinction culturelle ou une distinction naturelle ? », nous sommes toujours dans la séquelle d'une pensée proprement occidentale.

Le mot de nature sert à tout, il dépend de ce à quoi il s'oppose, de ce dont il se distingue : nature et culture, nous venons de le voir ; nature et art ; naturel et artificiel ; nature et personne ; nature et/ou liberté ; nature et surnature – la notion de surnature sera un concept de la théologie occidentale.

c) La nature (l'essence) d'une chose répond à la question « Qu'est-ce que ? » Distinction aristotélicienne de l'essence et des accidents.

Le mot de "nature" au sens logique est ce qui répond de façon essentielle à la question occidentale « qu'est-ce que ? » : cela donne lieu à la définition, à la circonscription de « ce que c'est » de façon "essentielle". Quand je pose la question « Qu’est-ce que ? », je dois dire ce qu’est la nature (l’essence) de la chose3.

Il faut distinguer la nature (l’essence) de la chose et puis les données "accidentelles" qui lui sont attribuées. Ça c'est une distinction première chez Aristote : on dit d'abord ce que quelque chose est essentiellement (ou naturellement) et puis ce qu'il est accidentellement. Qu'un tel soit petit, blond, pianiste etc. ce sont des "accidents" au sens ancien du terme4.

d) Les 10 catégories d'Aristote ; la définition par genre et différence spécifique.

Notre façon d'identifier, c'est de procéder par individualisation : on dit d'abord la nature en donnant l'espèce5, et puis cette espèce a de multiples exemplaires, de multiples individus.

Le mot species (qui a donné "espèce" en français) est la traduction latine que Cicéron a proposée du terme grec eidos, peut-être le terme le plus important de toute l'histoire de la philosophie. En français, eidos est le plus souvent traduit par « idée » quand il s'agit de Platon, et par « forme » quand il s'agit d'Aristote. Chez ces deux philosophes, eidos renvoie à ce qui existe réellement, par-delà les changements apparents.

Les dix catégories d'Aristote : substance, qualité, quantité, relation, action, passion, lieu, temps, position, possession.

Par ailleurs toutes les définitions sont suspendues aux genres premiers qu’on appelle « les catégories »6. Le Traité des catégories d’Aristote a été beaucoup commenté au long des siècles.

Il y a dix grandes catégories. Vous ne les connaissez pas, mais, implicitement, c’est toujours mis en œuvre, pas forcément formulé dans le discours, mais c’est la structure de notre pensée.

Notre pensée est toute entière d'attribuer des caractéristiques à un sujet. En effet, quand je dis « Qu’est-ce que ? », je dois dire ce qu’est la nature (l’essence) de la chose, mais que se passe-t-il si je dis : « Qu’est-ce que la blancheur (le blanc) ? » ? Le blanc n’est pas quelque chose qui subsiste en soi, le blanc est toujours attribué à quelque chose.

Donc la première catégorie est la catégorie de « substance », toutes les autres sont des catégories dites « accidentelles », c’est-à-dire qui sont attribuées à un sujet.

Il y a neuf "accidents". Les trois premiers grands accidents sont la qualité, la quantité et la relation ; ensuite, vous avez action et passion, temps et lieu etc. C’est pour ça que le temps et le lieu donnent lieu à des propositions circonstancielles et non pas essentielles.

La définition par genre et différence spécifique. (Voir les précisions de la note 7)

En effet nous pensons à partir des grands genres, c'est-à-dire des dix grandes catégories. Par exemple nous pensons le blanc à partir de la "qualité", l'homme nous le pensons à partir de la "substance". Mais dans chaque catégorie il y a des subdivisions qui permettent successivement de spécifier ce dont il est question, et cela donne lieu à des genres7.

Et traditionnellement une définition se fait par l'indication d'un genre et d'une différence spécifique.

Par exemple dans la catégorie "substance" il y a le genre animal, et l'oiseau est une espèce parmi le genre animal ; ensuite à nouveau il y a des différences entre les oiseaux.

Si je dis : « qu’est-ce qu’un arbre ? » Il rentre dans la catégorie "substance" et ce n'est pas une chose inerte mais un vivant. Ah bon ? Le chat aussi ! Ah oui, mais l’arbre se spécifie en ce qu’il est un vivant non sensible (un végétal) alors que le chat, lui, est un vivant sensible (un animal). Mais l’homme aussi ! Ah oui, mais l'homme se distingue de l’animal en ce qu’il est un animal doué de raison. C’est la grande définition de l'homme qui court tout au long des siècles de l’Occident, qui a d’ailleurs à l’origine un sens un peu différent de celui qu’on lui donne en logique, mais peu importe : « Homo est animal rationale ».

Dans une même espèce il y a différents individus.

Il y a donc le genre, ensuite la différence spécifique, spécifiante qui donne l'espèce ; et sous une même espèce, il y a des individus différents8.

L'homme lui-même est censé être "individu" dans le grand sens du terme peut-être, mais aussi dans un sens absolument mutilant pour la compréhension de ce qu'est l'homme. En effet la question de l'humanité n'est pas simplement une question d'espèce.

e) Subdivisions de la catégorie "substance". Définition de l'homme : nature humaine ou espèce humaine.

Les subdivisions de la catégorie "substance".

Dans la catégorie "substance", les premières subdivisions sont : inerte ou vivant ; vivant végétal (non sensible) ou animal (sensible) ; animal rude ou animal rationnel (homme).

inerte ….

Substance végétal …

vivant animal rude ….

animal

animal rationnel (homme)

Je demande « Qu’est-ce qu’un cheval ? ». Dans la catégorie substance le plus grand genre à donner : « C’est un vivant ! » Ensuite, il faut spécifier l’espèce dans ce genre : c’est un vivant "animal" ; ensuite on dit qu'il est rude (non doué de raison) ce qui le distingue de l’homme. Ensuite, il faut chercher les familles, et il y a des noms techniques qui sont survenus sans être de l’ordre de la logique proprement dite : c’est un équidé… À partir du genre, par espèces, on va donc vers l’espèce la plus proche pour dire le « ce que c’est ».

Définition de l'homme par genre et différence spécifique :

La définition de la personne en théologie médiévale est substantia in natura rationali (substance dans la nature rationnelle) :

  • substance donc sujet ;

  • dans la nature au sens d'espèce ;

  • rationnelle, c'est-à-dire l'homme – c'est la définition de l'homme puisque homo est animal rationale.

f) Critique de la définition par genre et différence spécifique.

Notre Occident a privilégié l'individu isolé, et la notion d'espèce se monnaie en individus dans l'espèce. Les individus sont égaux et on trouve que c'est plutôt pas mal. Eh bien non. Du fait qu'ils sont égaux on peut les additionner. Et en effet, quand Jésus vient à ce monde, il vient à une époque de recensement. Or le rapport fondamental des hommes n'est pas d'être des pareils dans une même espèce, c'est d'être des relatifs : ils sont constitués par leurs relations. Ils ne sont pas d'abord des êtres constitués en eux-mêmes qui ensuite nouent des relations. La relation est aussi originelle que l'être-soi, elle est la condition même de l'être-soi. Vous avez ici les sources de quelque chose comme une anthropologie très différente de celle que nous développons, avec les meilleures intentions du monde du reste.

L'homme, un individu dans une espèce ?

Quand nous pensons l'homme, nous le pensons soit comme l'individuel, soit comme le spécifique. Or le spécifique ce n'est pas le propre, c'est ce qui relève de l'espèce. Et c'est à partir de l'espèce, qui elle-même est à partir du genre, que nous abordons ce qui n'est plus qu'un individu dans l'espèce. C'est-à-dire que le mot individu n'a plus rien à dire, tout est dit dans l'espèce : j'ai répondu à la question « qu'est-ce que ? » donc je sais ce que c'est, et ensuite il y a une multitude d'individus, mais ce qui les distingue est accidentel. Par exemple, pour la pensée occidentale, que je sois fils de Paul est accidentel, ça ne me définit pas dans mon essence. Et c'est ça qui est meurtrier. Car ce qui est meurtrier est toujours qu'il y en ait plusieurs sans qu'il y ait de raison d'être, il y a du superflu. Et la fratrie commence comme cela justement. Il n'y a pas de justification au nombre, il y en a trop et c'est le lieu conflictuel premier. Ce n'est pas la différence qui fait le conflit, c'est la pareilleté, car ce qui est pareil est en trop.

Mais c'est autre chose de considérer quelqu'un pour son propre. Ce que nous appelons le nom propre est le signe du regard au propre. Le propre n'est pas l'individu, n'est pas le spécifique etc. Un des éléments négatifs de l'Occident, c'est d'approcher le propre par le mode de l'individuel. Du reste il faut méditer le rapport du proche et du propre, car le propre de l'homme est toujours d'être à un proche, non pas clos en soi, mais reçu d'un proche, ce qui ouvre la capacité de s'ouvrir au proche. Voilà le propre de l'homme.

En Dieu les Trois sont de même nature ?

Dieu est unet il est “Père, Fils et Esprit”, mais Père, Fils et Esprit ne composent pas entre eux. L'unité divine n'est pas le résultat d'une composition d'éléments, c'est pourquoi l'expression “Père, Fils et Espritn'est jamais visée d'une façon bien ajustée. On dit : “ils sont de même substance (consubstantiels)”, ou “ils sont de même nature”… c'est-à-dire trois individus dans la même espèce ? Pas du tout. Dieu n'est pas dans une espèce, ce sont les premières données élémentaires de la philosophie et de la théologie classique.

2) Les mots grecs phusis et ousia désignant la "nature".

Cette partie est faite d'extraits de plusieurs sessions de J-M Martin. Ils ont été réorganisés pour donner quelque chose de relativement plus lisible. L'idée est de retracer l'évolution des mots phusis et ousia qui a abouti, entre autres, à cette formulationphusis et ousia sont considérés comme ayant le même sens même si les traductions habituelles des définitions concernant la Trinité mettent "nature" pour phusis et "substance" pour ousia , en général on retient "une seule nature" :

« Si quelqu’un ne confesse pas une seule phusis ou ousia du Père, du Fils et du Saint-Esprit, une seule puissance et un seul pouvoir, une Trinité consubstantielle (homo-ousia), une seule divinité adorée en trois hypostases (hupostasis) ou personnes (prosôpon), qu’il soit anathème. » (Concile de Constantinople II en 553)

C'est le mot phusis qui est utilisé dans la définition de Chalcédoine : « Nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ […] reconnu en deux natures (en duo phusesin)… »
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