L’origine biologique de la notion de norme, le normal comme notion biopolitique (Foucault)








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date de publication06.01.2017
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l’origine biologique de la notion de norme, le normal comme notion biopolitique (Foucault).

En érigeant la fonction en paradigme du vivant, la biologie l’inscrit dans le champ pratique du fonctionnel et par conséquent de l’utilisable. Elle rend par là même possible une utilisation biopolitique du vivant. Et c’est précisément à l’époque où la biologie se constitue comme science spécifique que va apparaître une nouvelle forme de pouvoir politique qui ne s’exerce plus sur les individus mais sur les populations au sens biologique du terme. Sous la monarchie, le souverain exerçait son pouvoir sur ses sujets. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècles, le pouvoir n’a plus seulement pour champ d’application les individus et les biens qu’ils possèdent mais les individus en tant que membres d’une population entendue « comme machine pour produire, pour produire des richesses, des biens, produire d’autres individus », selon l’analyse de Foucault dans « Les mailles du pouvoir » (dans Dits et écrits, tome IV, p. 193). Or, ce sont les progrès de la biologie qui ont rendu possible cette « bio-politique », comme l’appelle Foucault, en construisant un nouvel objet biologique, celui de population, qui « ne veut pas dire simplement un groupe humain nombreux, mais des êtres vivants traversés, commandés, régis par des processus, des lois biologiques. Une population, précise encore Foucault, a un taux de natalité, de mortalité, une population a une courbe d’âge, a une morbidité, a un état de santé, une population peut périr ou peut, au contraire, se développer » (même référence). Le pouvoir moderne va atteindre « les individus en tant qu’ils constituent une espèce d’entité biologique » (même référence). Le vivant devient un objet politique. En en faisant un objet de savoir, la biologie a rendu possible sa transformation en objet de pouvoir. L’Etat n’exerce plus son pouvoir sur des sujets de droit mais sur des individus et des populations considérés comme des êtres vivants. D’où l’émergence d’une politique de la démographie, de la santé ou encore de la sexualité. Les notions biologiques d’hérédité et de milieu pénètrent le système pénal, engendrant « un étrange complexe scientifico-juridique », comme l’explique Foucault dans Surveiller et punir (I, chap. 1). L’époque moderne se caractérise par le fait que pour elle les questions d’hygiène et de sexualité ­­– l’interdiction du tabac, le problème du vieillissement de la population et de la natalité ­– ne relèvent plus de la vie privée mais de la sphère politique. Le corps et le sexe, en tant qu’entités vivantes, deviennent l’objet de cette biopolitique qui est armée d’un arsenal technologique de surveillance, de contrôle et de régulation. Des questions de vie deviennent des problèmes politiques comme ceux de l’habitat, de l’hygiène et plus généralement des conditions de vie. En premier chef, apparaît « le problème de savoir comment nous pouvons amener les gens à faire plus d’enfants, ou en tous cas comment nous pouvons régler le flux de la population, comment nous pouvons également régler le taux de croissance d’une population, les migrations. Et à partir de là, poursuit Foucault dans « Les mailles du pouvoir » (p. 194), toute une série de techniques d’observation, parmi lesquelles la statistique, évidemment, mais aussi tous les grands organismes administratifs, économiques et politiques, sont chargés de cette régulation de la population. » Pour que le pouvoir puisse s’exercer sur la vie même des hommes, il a d’abord fallu que le vivant soit constitué par la biologie comme un objet doté de fonctions comme la fonction de reproduction. C’est en effet « sur la surface de projection de la biologie que l’homme apparaît comme un être ayant des fonctions », comme le montre Foucault dans Les mots et les choses (chap. 10, § III). De ce paradigme biologique de la fonctionnalité découle celui de la normalité : l’exercice des fonctions d’un être vivant suppose des conditions normales d’adaptation au milieu notamment. La fonction et la norme forment un « couple de concepts » (même référence) qui va insensiblement déborder la sphère de la biologie pour investir le domaine de la politique. L’utilisation politique du concept de normalité importé de la biologie vise à désigner une nouvelle population au sein de la population dite « normale », la population des « anormaux ». Le pouvoir juridique ne s’applique plus dès lors aux infractions effectivement commises mais aux individus pris dans leur vie entière. On ne parle plus de délits mais de « délinquants. » Dans Surveiller et punir (chap. 1), Foucault écrit : « les mesures de sûreté ne sont pas destinées à sanctionner l’infraction, mais à contrôler l’individu », elles portent « non plus sur ce que les individus ont fait, mais sur ce qu’ils sont, seront, peuvent être. » D’où l’introduction dans le monde juridique de notions pseudo-biologiques comme « instinct, milieu, hérédité » qui sont censées « prévoir l’évolution du sujet » [le sujet]. Le contrôle policier s’exerce dès avant la naissance, la biopolitique prétendant énoncer des critères biologiques capables de détecter les futurs délinquants. La génétique sert de bras armé du pouvoir policier pour fabriquer le personnage du « délinquant » dont l’ADN ou l’état biologique sont censés contenir le programme de ses récidives futures. Cette confiscation policière du possible se fonde sur l’utilisation politique des fonctions biologiques de l’objet vivant. En faisant du vivant un objet avec ses fonctions et ses normes de fonctionnement, la biologie a en effet permis à la politique de prendre l’homme, et non plus le citoyen ou le sujet, dans « les mailles du pouvoir » : « La vie entre dans le domaine du pouvoir : mutation capitale, l’une des plus importantes sans doute, dans l’histoire des sociétés humaines » (Foucault, « les mailles du pouvoir », p . 194). Cette biopolitique a pour résultat de ficher les individus qui ne sont plus dès lors des sujets humains capables de s’inventer un avenir mais des objets programmés pour l’anormalité comme d’autres fonctionnent au contraire « normalement. » D’où le traitement médical de problèmes qui ne sont pas de nature biologique mais économique ou sociale. La biopolitique ne se contente plus de la peine juridique d’enfermement, elle surveille et régule désormais le fonctionnement biologique des individus. On voit l’importance et l’actualité de l’analyse de Foucault selon laquelle « la vie est devenue un objet du pouvoir » (même référence)

Il va de soi, comme le rappelle François Jacob dans Le jeu des possibles (chap. III) que ce n’est pas la biologie elle-même qui opère et légitime cette biopolitique mais bien la « politique qui déforme la science et en mésuse pour y trouver justification et alibi. » Mais il n’en demeure pas moins que celle-ci trouve ses conditions de possibilité dans le « couple de concepts de la fonction et de la norme » (Foucault, Les mots et les choses, chap. 10, § III) qui provient de la biologie. En sorte que la biologie ne peut pas ne pas se poser le problème de l’utilisation politique de ses paradigmes de la fonctionnalité et de la normalité inhérents au concept d’objet biologique.

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