Bibliographie : page 35 Sitographie : page 36 Xavier Malbreil Title of my paper : «How the artist imaginary have changed Internet»








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Lieu de la relation, lieu de la transgression



La parole, sur le Net, s’est certes libérée des cadres qui la catégorisaient depuis la Renaissance. Mais à qui s’adresse-t-elle ?

Un récit suppose toujours un destinataire. Un narrateur écrit pour un narrataire. Un locuteur parle à un allocutaire. Les millions de blogs, de journaux, de forums, n’ont pas toujours cette précaution : la plupart du temps, ils ne s’adressent à personne en particulier, et semblent destinés uniquement à leurs narrateurs. Ainsi le soliloque, qui à l’époque classique, pouvait passer pour un signe d’aliénation, quand la parole solitaire n’était pas adressée à Dieu, est sur le Net reconsidéré. Chacun, sur le Net, peut soliloquer, peut émettre une parole publique, sans que sa bonne santé mentale soit remise en question. La structure même du réseau assure que la moindre parole, un jour, puisse trouver un récepteur. La parole du soliloque n’est plus adressée à la divine providence, mais à l’attention aléatoire des internautes.
Teilhard De Chardin
Le Net, de fait, est ce qui relie. La création d’une intelligence collective a souvent été mis en avant par des penseurs observant le maillage du territoire par les réseaux de communication de tout ordre.

Rappelons ce qui a souvent été considéré comme une prémonition du Net, dans les écrits de Teilhard de Chardin31 concernant la « Noosphère », « enveloppe pensante de la terre » qui réunirait les esprits pour « l’éclosion d’une conscience vraiment collective ». Citons aussi Peter Russel32 qui annonce « une cohérence dans le cerveau global » grâce à la multiplication des communications. Ou encore le philosophe allemand, spécialiste des médias, Norbert Bolz33, qui voit à l’œuvre dans Wikipédia un processus d’auto-organisation permettant à des non-experts de rivaliser avec la parole autorisée des professionnels.

Cette croyance, qu’elle soit le fait des millions de bloggeurs, ou d’intellectuels de renom, en la capacité du Net à relier les êtres et les consciences, pourrait s’apparenter à une forme de sentiment religieux. Etymologiquement, la religion est ce qui relie. Et pour ce qui concerne la promotion d’un monde au-delà de la matérialité, les religions ont montré depuis longtemps la voie ! De fait, elles n’ont pas tardé à s’installer sur les réseaux et à y dispenser leur message, sous toutes ses formes.
La religion relie
Du plus trivial, comme l’achat de chasubles de luxe34, ou la fourniture de kits créatifs liés à la Kabbale35, au plus étonnant comme la confession en ligne36, ou encore l’homélie papale en direct37, les courants religieux les plus traditionnels se sont pour l’heure contenté d’adopter un outil leur permettant de mieux communiquer, jusqu’à même proposer une église numérique, « Notre Dame du Web »38. Ils n’ont pas toutefois modifié leur message. Le Net est un complément à l’église, voire une église hors l’église, comme dans l’exemple de Notre Dame du Web.

Par contre, les églises dites « évangéliques », en provenance des USA, ont notoirement adapté leur message au Net, et ont une politique de communication des plus agressives, pour convertir de nouveaux adeptes en ligne. Ainsi, l’église évangélique du Pasteur Ray Confort, propose sur un site appelé « L’évangélisation »39 un certain nombre de kits payants prêts à l’emploi pour évangéliser l’internaute, et le transformer en évangéliste. Certains sites musulmans40 tentent de même de convertir l’internaute à distance, il suffit d’inscrire son nom dans un champ de requête et de cliquer, on devient musulman !

Enfin, on trouvera même le moyen de transférer totalement la pratique religieuse vers son ordinateur, grâce à un site41 qui propose de faire réciter des mantras à notre disque dur, puis de les envoyer vers une mémoire centrale. Il suffit pour cela de se connecter à ce projet artistique, dont le but avoué est d’augmenter la conscience globale universelle ! Notre ordinateur personnel répètera « OM mani padme hum » à peu près 100000 fois, puis le serveur du projet enregistrera les progrès que nous aurons accompli grâce au travail de notre ordinateur.

Ce lien nouveau créé par l’Internet ne se superpose donc pas exactement avec le lien religieux. Il s’y ajoute dans certains cas, pour les nombreuses églises qui s’en servent comme d’un nouveau vecteur de communication ; pour les églises nouvelles, dites évangéliques, le Net sera un vecteur de conversion, et pour tout dire de conversion virale, puisque les dirigeants de ces églises comptent bien sur ce nouveau média pour convertir de proche en proche de nouveaux convertis ; enfin, pour ceux, nombreux en occident, qui ont perdu la foi traditionnelle, chrétienne, la capacité sui generis du Net à lier peut amener à le considérer comme une croyance de substitution.
Le messianisme

technologique
Le messianisme technologique, qui avait vu les tenants de la cyber-culture parier sur rien moins que le dépassement de plusieurs siècles d’histoire, le dépassement des habitus, et jusqu’au dépassement du corps - au motif que les techniques de l’information fourniraient des prothèses cognitives au corps humain et que le progrès permettrait un jour à l’homme de s’affranchir de son corps, pour s’investir totalement dans ses prothèses - ce messianisme technologique, donc, est-il toujours d’actualité ?

Quand on lit, sur le blog de Second Life, le message « Peace in our time »42, qui prétend que les nouvelles pratiques de sociabilité nées avec le jeu pourraient concourir à restaurer la paix dans le monde, on pourrait en effet le penser. A moins que le cynisme commercial des employés de Second Life les ait poussé à écrire ce message intentionnellement, pour attirer et retenir le chaland…

Plus encore, quand nous lisons sur Google Corporate43 «Notre mission est d'organiser toute l’information du monde», nous pouvons être sûrs que ce messianisme technologique est toujours vivant ! Et un des autres commandements de Google, « Ne soyez pas mauvais » continue sur le chemin de cette religiosité si étrange pour un esprit rationnel.

« Mission », « mal », Google utilise des mots liés au contexte religieux et surtout fait référence à cette foi si importante en sa propre destinée qui est le point marquant des USA en général, et de Google, ici, précisément.

Ici, nous pourrions dire que le messianisme technologique est relié aux fondateurs des USA, qui avaient ce sentiment d’être un peuple d’élus, ayant reçu en héritage une terre propice à l’établissement d’une nouvelle foi, voire à la naissance d’un nouvel homme. Aussi ne devons nous pas oublier ce contexte si particulier propre à l’Amérique du Nord. Les premiers temps du Web, jusqu’en 1995, étaient si pleins de cet esprit religieux qu’il n’est pas étonnant de la retrouver dans l’esprit du web.

Quoi qu’il en soit, c’est peut-être la seule chose que partagent les théoriciens historiques des nouvelles technologies comme Roy Ascott44 et les nouveaux tenants du web 2.0 : une foi inébranlable dans la dimension salvatrice de la technologie. La différence entre le premier et les autres, c’est certainement que Roy Ascott imaginait une rédemption collective, tandis que les entrepreneurs du web 2.0 pensent plus particulièrement à eux-mêmes !
Faux, transgression,

satanisme, gothisme
Un texte apocryphe comme « La prophétie de Jean de Jérusalem »45 finit de creuser le filon d’un réseau propice à toutes les supercheries dans le domaine du sentiment religieux. Ce texte, manifestement un faux, qui se prétend écrit au X° siècle, est apparu exclusivement sur le Net, et en premier sur un site tout entier voué aux élucubrations de toute nature, Syti.net46. It pretends that the beginning of the second millenary would be the worst period for men, but that after a lot of desasters, civil and religious wars, will appear a time of peace, of reconciliation. Because it ‘s written in an allegedly religious style, perhaps that gullible people have believed it – and have followed the counterfeiter in his wanderings. In fact, we see very fastly what the man who wrote this text wanted to : after having feared the reader with dark prophecies, be something as a new prophet for the peace and the living together, thanks to the Net !
On remarquera l’esthétique toute particulière de la mise en page, fond noir, écriture bleue, à la limite de la lisibilité. D’autres sites, voués au gothisme comme « Je suis gothique47 », adoptent la même mise en page, fond noir écriture claire. La plupart des sites consacrés au satanisme, dont celui-ci, intitulé simplement Satanisme48, utilisent également un fond noir, avec caractères en rouge pour l’exemple illustré.

Cette esthétique, qui prend le contre-pied de plusieurs siècles de tradition d’écriture, entend signifier, avant même que le contenu ne soit parcouru par le lecteur, que nous serons dans le domaine du renversement, de la transgression.

Le performer Jean-Louis Costes49, bien connu pour ses spectacles basés sur la provocation, la pornographie et la scatophilie, utilise également dans ses sites cette mise en page : fonds sombre, écriture claire.



La transgression

commence avec

l’apparence

La transgression, le non-respect des règles usuelles de la vie en société, qui ont fait dire du Net qu’il était un espace de non-droit, sont d’abord signifiés par l’aspect de l’écran. Fond sombre, écriture claire, caractères parfois illisibles et l’on annonce d’emblée la caractère rebelle de sa page, on envoie le signal vers l’hyperlecteur que l’on ne se pliera pas à la règle en usage. Fond blanc ou clair, écriture sombre, typographie la plus lisible possible et l’on respecte les canons de l’imprimerie, qui visaient à la plus large diffusion de l’écrit, comme la bible Gutenberg, premier manuscrit imprimé en grande série, pages blanches, caractères noirs.


Les sites de hackers, les sites liés d’une façon ou d’une autre aux théories du complot, les sites gothiques et satanistes, les sites d’artistes jouant de la provocation et de la transgression, prendraient le contre-pied de cette exigence de lisibilité qui a d’abord prévalu pour propager le message divin. Suivant une tradition que des manuscrits imprimés et codés - voir l’exemple du Manuscrit Voynich50 - ont déjà largement assise, ces sites exigent de l’hyperlecteur un effort de décodage, qui peut aller jusqu’à réclamer une expertise informatique des plus pointues. La transgression commence avec l’apparence. On notera comme le Chaos Computer Club51, site hacker historique, qui en est devenu le porte-drapeau, affiche désormais une apparence on ne peut plus classique.

Mais il faudrait se garder de se contenter de cette taxonomie, qui placerait d’un côté un Net officiel, cherchant la meilleure lisibilité, et de l’autre un Net contestataire ou criminel, jouant de tous les artifices de la révolte !

Certains sites ayant permis la réalisation du mal étaient absolument officiels. Ainsi, ce site de rencontres amoureuses dont un ancien militaire s’était servi pour publier une annonce demandant à un homme de se donner à lui afin d’être mangé et qui l’avait effectivement dévoré52. Ou le très officiel site de ventes aux enchères Yahoo Auctions sur lequel des reliques nazies avaient été vendues.
La présence du mal

sur le Net
D’autres sites, comme les sites pédophiles hébergés en Russie, les nombreux sites révisionnistes, sont, eux, intentionnellement porteurs du mal.

La présence du mal, sur Internet, ne peut pas être niée.

Elle prend des formes nouvelles, et demande qu’on définisse précisément où est le mal : chez celui qui a l’intention de le commettre ou chez celui qui lui donne les moyens de le commettre. Vinton Cerf, un des « pères » de l’Internet, s’opposait fermement à la justice française, en 2000, parce qu’elle voulait interdire la vente aux enchères de ces reliques nazies. L’état français voulait que Yahoo Auction soit fermé au moins aux internautes français, pour respecter la loi française. Au motif que le filtrage des internautes était impossible, parce que les internautes pouvaient mentir sur leur nationalité, et que bloquer des accès serait revenu à bloquer l’ensemble du web et serait allé à l’encontre de sa philosophie, Vinton Cerf s’opposa à la décision française.

Aujourd’hui, en 2007, ce problème a été résolu pour les sites hébergés en France par plusieurs décisions de justice française, qui a encadré une certaine cyber criminalité grâce à la « Loi de Confiance dans l'Economie Numérique (LCEN) ».

Ainsi le site d’une association révisionniste, raciste et antisémite, Unité Radicale, a été fermé, en intimant l’ordre aux hébergeurs de fermer leur canaux à ce groupuscule53.

Le problème de la présence du mal sur Internet n’en reste pas moins entier, soit qu’il avance de façon masquée sur des sites officiels, soit qu’il ne soit pas combattu à temps, par ignorance ou par négligence, soit qu’il ne soit en rien combattu, du fait d’une idéologie permissive, comme en Russie, ou du fait d’un libertarisme que les premiers théoriciens du web n’avaient aucun mal à défendre, mais qui aujourd’hui ne pourrait plus l’être.

Définir la spécificité du mal, sur Internet, on le voit, n’est certainement pas chose aisée. Aux problèmes qu’a rencontré la philosophie depuis plus de 2500 ans pour le circonscrire, s’ajoutent ceux d’aujourd’hui, tout à fait spécifiques au média, et qui tiennent à ce qui a fait justement tout son succès, à savoir la dispersion des serveurs dans une distribution décentralisée de l’information. Le concept issu de la seconde guerre mondiale, de banalité du mal, mis en avant par Hanna Arendt, semble là tout à fait opérant et pourrait s’appliquer aux hébergeurs qui se dégagent de toute responsabilité, au motif qu’ils ne constitueraient qu’une simple interface technique, ne seraient que des dépositaires neutres, et ne pourraient être tenus pour responsable de l’objet diffusé.
Le mal ordinaire
Les hébergeurs, pourtant sont, de fait, des diffuseurs : sans leur médiation, les contenus ne pourraient jamais être accessibles aux internautes. Au même titre qu’un journal, qu’une émission de télévision, ils ont la responsabilité de ce qu’ils hébergent et qui est diffusé.

Le mal, dès lors, pourrait être considéré comme relevant, classiquement, de la personne qui l’accomplit intentionnellement, et de la personne qui lui donne les moyens de l’accomplir. A ce titre, des états, comme la Russie, seraient coresponsables du mal ? Assurément.

Plus encore, la présence du mal sur Internet dépasse les quelques cas trop évidents qui ont été donnés ici. Tous ceux qui, assurés de l’impunité, profitent de l’anonymat pour commettre ce qu’ils n’auraient jamais osé en dehors du réseau, sous la forme de propos injurieux, vexatoires, sexistes, racistes, sont porteurs, eux, non pas d’une banalité du mal, mais d’une inclination au mal ordinaire, que chacun porte en germe. Le réseau, en leur garantissant l’impunité, donnerait à certains les moyens de passer à l’acte. S’ils ne sont pas passibles de la loi, ils n’en sont pas moins responsables de ce qu’ils font – pour avoir profité d’une technologie qui les relie à l’ensemble de l’humanité.

Le cas le plus outrancier, de perte du sentiment de responsabilité, serait encore celui de cet homme d’affaires qui propose la chasse à distance, grâce au réseau. Le principe en est simple, qui permet à quiconque s’acquittant d’une somme de l’ordre de 10000 dollars, de pouvoir tirer une balle réelle sur un animal réelle, tout en étant tranquillement assis devant son ordinateur.54
Chasse à distance
Si nous ressentons immédiatement cette proposition comme choquante, et relevant du mal, c’est parce qu’elle incite n’importe qui à tuer sans être présent, à tuer sans en endosser la responsabilité.

Le mal, sur Internet, ne serait-il pas alors la rupture du lien ténu qui relie tous les internautes entre eux ? Le Net étant ce qui relie, le mal consisterait en la rupture de ce lien, qui serait également la négation d’un vivre-ensemble idéal. En lisant les premiers idéologues-utopistes du Net, tels Vinton Cerf, Roy Ascott, Rosanne Stone, on peut être surpris de ne détecter aucune référence au mal, comme si celui-ci n’avait jamais existé. Le monde connecté qu’ils décrivent est un monde d’avant la faute. Leur demande d’une absolue liberté pour la circulation des idées semble toujours ignorer que toutes les idées ne sont pas bonnes, loin de là.
La rupture du lien
De même les installations de présence à distance mettaient toujours l’accent, sauf peut-être celles de Stelarc, sur l’enrichissement de la sphère personnelle que les nouvelles technologies pouvaient nous procurer. La présence à distance, on le voit avec l’exemple de cette chasse à distance, peut parfaitement devenir l’enfer de la déresponsabilisation et du meurtre –bien qu’il ne s’agisse encore « que » d’animaux – sans mauvaise conscience. La faute serait effacée du fait même de la distance, comme si la non-présence physique permettait de s’affranchir de toute règle morale.

A l’opposé de cet irénisme des utopistes, anciens ou nouveaux, du Net, les premières affaires criminelles ayant mis en lumière tout le parti que pouvait tirer le mal de l’anonymat garanti par le net, le réseau est apparu comme le royaume d’un nouveau mal, rampant, sans visage, un mal qui n’aurait plus de source, mais seulement des cibles.

Ce serait, dans l’imaginaire des défenseurs de l’ordre, le réseau tout entier qui serait le vecteur du mal, qui serait le mal incarné.

Un philosophe comme Bernard Stiegler, dans « La technique et le temps », et notamment dans le troisième tome de son ouvrage55, voit même dans le réseau la possibilité pour une nouvelle barbarie de s’insinuer, parce que toute hiérarchie aurait disparu dans l’économie du numérique. Les idées, les œuvres d’art, se situant sur le même plan que les flux commerciaux, les marchands de canons utilisant les mêmes outils numériques que les philosophes et les poètes, il y aurait une contagion du mal sur le bien.

Dans l’imaginaire né avec les premiers utopistes du réseau, imaginaire que l’on retrouve pratiquement inchangé sur le blog de Second Life, le réseau serait, pour la seule raison de son existence et de façon consubstantielle, le vecteur du bien. Ce serait sa structure même qui lui garantirait un rôle messianique – parce qu’il donnerait à chacun la même place dans une économie décentralisée de l’information, ce qui rattacherait les utopies du réseau aux utopies d’une communion dans l’égalité, une utopie communiste. Tout à l’opposé, dans l’imaginaire qu’a véhiculé une certaine presse à sensations, et que continue à véhiculer des sites comme Atout Cœur, dédié aux multiples mésaventures des rencontres amoureuses sur le réseau56, l’anonymat du réseau en ferait le réservoir d’un mal multiforme, certain, parce que avançant masqué.

Les sites islamistes montrant des décapitations, les sites organisant la traite d’êtres humains, ont fini de diaboliser le réseau des réseaux.

Les façons pour le moins exagérées dont les uns et les autres font du réseau le vecteur d’un bien s’accomplissant sur terre, pour une énième transformation de l’humanité, ou au contraire le vecteur du mal absolu doivent nous poser des questions sur la nature intrinsèque du réseau. Les hommes ne sont pas tous ignorants de l’histoire, les hommes n’ont pas tous oublié les enseignements de la philosophie ou de la religion, et plus encore ils n’ont pas tous oublié ce que le simple bon sens leur dicte.

Comment expliquer alors que les uns, et pas uniquement les premiers idéologues du net, semblent avoir oublié que le mal existe, et qu’il n’attend que les moyens de se réaliser ? Comment expliquer diamétralement, que les autres veuillent soit interdire le Net, soit le restreindre si considérablement qu’il perdrait tout son intérêt en prétextant que le Net serait l’incarnation même du mal ?

En forme de conclusion

Nous avons vu que depuis plus d’un siècle et demi, le réseau des réseaux a été imaginé, rêvé, prévu et que l’avènement d’une circulation des informations et des œuvres de l’esprit, sans frontières et sans limites, avait été espéré comme l’aube d’un nouvel âge d’or de l’humanité. 

Le fait que les documents informatiques soit liés entre eux, par le lien HTML place toutes les œuvres de l’esprit dans un rapport de continuité universelle, qui n’avait jamais été réalisé par le passé. En principe, nul obstacle ne peut m’empêcher de passer de l’œuvre de Marcel Proust en ligne57 au catalogue du constructeur automobile BMW. L’imaginaire est cette reformulation du réel qui nous permet de le découvrir sous un nouvel angle. Il court-circuite les schémas cognitifs traditionnels, et nous fait parfois mieux voir une forme en nous parlant de son odeur, nous fait parfois mieux ressentir une idée en lui prêtant des sentiments.

La transversalité permise par le Net ne peut-elle être rapprochée de la structure même de l’imaginaire, qui parcourt toutes les zones du cerveau humain, et s’appuie tour à tour sur la perception, la raison, la mémoire ? Et tous les espoirs fous, incompréhensibles, qui ont pu être projetés sur le réseau, n’ont-ils pas pour origine cette étrange proximité entre le Net lui-même et l’imaginaire, qui transfigure le réel.

L’imaginaire est source de transformations, de métamorphoses, de tropes. Comme une métaphore, il rapproche ce qui paraissait éloigné, et fait jaillir une vérité insoupçonnée, de l’ordre du poétique plutôt que du conceptuel. Cette circulation de l’esprit entre les formes et les idées, cette proximité entre les contraires, n’est-ce pas ce que les premiers rêveurs du Net avaient imaginé ?

Quand les premiers réseaux de communication à distance ont permis de rapprocher le lointain, l’imaginaire des poètes s’en est emparé pour exciper une nouvelle façon de vivre les relations humaines : ce qui stimulait leur imagination, c’était la façon dont l’esprit pouvait s’affranchir de la réalité spatiale et temporelle. Quand les serveurs ont permis d’envisager l’externalisation du cerveau, et la conquête de nouveaux espaces mémoriels, c’est tout un imaginaire qui s’est mis en place, pour rêver de nouveaux espaces, qui ne fussent soumis aux réalités biologiques. Quand enfin les réseaux ont permis de négocier différemment avec les catégories philosophiques et métaphysiques, c’est le rêve de pouvoir s’affranchir des impératifs moraux qui a pu voir le jour.

Les distorsions que nous avons pu noter dans l’appréhension des techniques d’information et de communication s’expliquent certainement mieux, si nous ne perdons pas de vue sa proximité avec le domaine de l’imaginaire. En face du réel, qui doit être borduré par la loi, pour permettre à tous de vivre sans la contrainte du plus fort, l’imaginaire n’a pas de telles préoccupations.

Son domaine par excellence, c’est la transversalité. Entre les formes, les couleurs, les mots, les sentiments, l’imaginaire transfigure le réel – et c’est pourquoi les poètes, les écrivains, les plasticiens, sont les ouvriers de l’imaginaire, et pourquoi le bon sens peut être perdu de vue dès lors que l’on parle du réseau, dès lors qu’on l’utilise. Internet n’est pas en dehors de la réalité, parce que l’imaginaire ne l’est pas davantage.

C’est pourtant au réel qu’il faut toujours revenir, pour que l’imaginaire puisse exister.


Xavier Malbreil

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