Première partie Le Captain Cap devant le suffrage universel Ville de Paris








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Alphonse Allais

Le Captain Cap

BeQ

Alphonse Allais

Le Captain Cap

Ses aventures – Ses idées – Ses breuvages

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 893 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Deux et deux font cinq

Pour cause de fin de bail

Le parapluie de l’escouade

L’affaire Blaireau

À se tordre

Faits divers

Vive la vie !

À la une

Plaisir d’humour

Le Captain Cap

Édition de référence :

Paris, Félix Juven, Éditeur.

Avant-propos


Il importe tout d’abord de dissiper une des plus grossières erreurs de ce temps et des plus néfastes.

Le Captain Cap n’a jamais existé, assure-t-on couramment au sein de certaines sphères d’habitude mieux informées.

Qu’en savent-ils, ces gens ?

J’admets que vous affirmiez l’existence de quelqu’un, quand vous le connaissez, ce quelqu’un, quand, sûr de vos sens, vous l’avez vu, senti, palpé, entendu.

Et encore, se méfier de l’hallucination.

Mais, de ce que les hasards de la vie ne vous ont jamais mis en contact matériel avec un quidam, prétendre et conclure que ce quidam n’existe pas ou n’existe point, c’est pousser trop loin la théorie du regretté saint Thomas.

Raisonnement pareil à celui de ce gentleman qui disait au président du tribunal correctionnel :

– Trois témoins affirment m’avoir vu commettre ce larcin. Mais je vous en citerai, moi, quinze mille qui ne m’ont pas vu !

N’insistons pas.

Le Captain Cap a donc bien existé.

C’était un homme charmant, dont les pages qui suivent diront assez le caractère, les idées, la vie.

Et, d’ailleurs, afin qu’il ne demeure aucun doute sur la réalité de l’existence de notre héros, nous faisons débuter ce recueil par des pièces d’une indiscutable autorité ; 1º les admirables proclamations aux électeurs de la 2e circonscription, IXe arrondissement, desquels il sollicitait les suffrages lors des élections législatives du 20 août 1890 ; 2º les comptes rendus de plusieurs séances électorales où il eut à présenter et à défendre son programme ; 3º l’appréciation de certains journaux de l’époque sur la personnalité de Cap et sur ses idées si originales.

Se permettra-t-on de douter encore ?

Première partie


Le Captain Cap

devant le suffrage universel

Ville de Paris


Aux Électeurs du IXe arrondissement, 2e circonscription1.

Un mot sur le Captain Cap

Celui qui voudrait rencontrer l’homme du jour, n’aurait pas à le chercher ailleurs que dans la peau du Captain Cap, votre candidat.

Le Captain Cap ! Tout le monde en parle aujourd’hui, mais combien peu le connaissent !

J’ai l’honneur d’appartenir à cette petite élite.

La première fois que j’eus le plaisir de rencontrer Cap, c’était au bar de l’hôtel Saint-Pétersbourg ; la seconde fois à l’Irish bar de la rue Royale ; la troisième, au Silver-Grill ; la quatrième, au Scotch Tavern de la rue d’Astorg ; la cinquième, à l’Australian Wine Store de l’avenue d’Eylau1.

Peut-être intervertis-je l’ordre des bars, mais, comme on dit en arithmétique, le produit n’en demeure pas moins le même.

Tout de suite, Cap me plut. Le récit de ses aventures, les petits refrains exotiques qu’il se plaît à fredonner entre temps, ses aperçus toujours neufs, sa haine de la Bureaucratie et de l’Europe, tout en Cap me charma et nous fûmes vite d’excellents amis.

Il n’y a qu’à gagner à la fréquentation de tels hommes, et les notions que j’ai acquises depuis ma liaison avec Cap, tiennent presque du prodige.

Le Captain Cap a énormément voyagé. Quand il dit :

– J’ai passé les trois quarts de ma vie sur mer et les deux tiers de mon existence dans les terres vierges, etc., etc..

Il ne faut voir dans cette assertion aucune exagération, aucun bluffage.

À Québec, Cap remplit pendant dix-huit mois les importantes fonctions de starter à l’Observatoire.

C’est lui qui donnait le départ aux étoiles filantes.

Au Labrador, Cap découvrit les importantes mines de charcuterie (meat-land) qui sont actuellement la fortune de ce pays.

J’ai donné dans plusieurs journaux, voilà tantôt un an, l’explication absolument plausible de l’existence de ces carrières nutritives. J’ai attendu des démentis ; ils ne sont pas venus1.

Notre ami Cap est donc candidat à la députation. Je connais la deuxième circonscription du neuvième arrondissement, et je suis tranquille.

Que Cap passe au premier tour de scrutin, je n’oserais l’affirmer ; mais le ballottage pourrait bien réserver d’amères désillusions à MM. Strauss et Berger1.

Le programme de Cap est bien simple et se passe d’explications : Cap est anti-européen et anti-bureaucrate.

En dehors de ces deux grandes lignes, toutes les revendications des électeurs sont les revendications de Cap. Dans la dernière réunion électorale, qui s’est tenue à l’Auberge du Clou, quelqu’un a demandé le nivellement de la Butte Montmartre ; Cap s’est engagé à faire niveler la Butte Montmartre.

Cap s’est également engagé à prolonger l’avenue Trudaine jusqu’à la place de la Concorde.

– Par quel bout ? s’informèrent quelques électeurs.

– Par les deux bouts, répondit le Captain.

Un artiste dramatique interrogeant le Captain sur la question du blanc gras, dont le prix, paraît-il, est fort élevé, Cap s’est engagé à détaxer le blanc gras venant d’Allemagne et même à provoquer en France la création d’une fabrique nationale de ce produit sur le modèle des usines d’État de Sèvres et des Gobelins.

Cette question du blanc gras n’était pas pour laisser le Captain Cap indifférent, car il s’est beaucoup occupé, lui-même, et s’occupe encore de théâtre.

Dernièrement, il a créé un rôle important dans une pièce que donnait la Société le Gardénia, et le père Sarcey n’hésita pas à lui consacrer un article fort élogieux en première page du Chat Noir.

Maintenant, la parole est au suffrage universel. Nous saurons, dimanche soir, si Ledru-Rollin eut raison de lutter si âprement pour cette institution.

Dans une proclamation de Cap, que vous connaissez déjà, on trouve cette phrase que l’on ferait bien de méditer :

Loin d’être l’apanage de certains, l’assiette au beurre doit devenir le domaine de tous.

L’homme qui a dit cette parole a sa place marquée au Palais-Bourbon.

Électeurs, aux urnes, et pas d’abstentions !

Votez pour le Captain Cap !

Hip ! Hip ! Hip ! Hurrah !

Pour un groupe d’électeurs,

Signé : Alphonse Allais.

Vu : Le candidat : Albert C... dit Captain Cap.

Profession de foi du Captain Cap


Citoyens,

Homme neuf, j’arrive avec des idées neuves.

Je veux vous faire profiter de ces idées, et c’est pourquoi je viens à vous.

Si vous me nommez, c’est un honnête homme que vous enverrez au Palais-Bourbon. Je ne crois pas devoir en dire davantage.

Après vingt ans de mer et de Far-West, lorsque je remis le pied sur le cher sol natal, qu’y trouvai-je ?

Mensonge, calomnie, hypocrisie, malversation, trahison, népotisme, concussion, fraude et nullité.

L’origine de tous ces maux, citoyens, n’allez pas la chercher plus loin : c’est le microbe de la bureaucratie. Or, on ne parlemente pas avec les microbes.

ON LES TUE !

Et c’est ce que je me suis juré de faire en dépit de tous.

Certains politiciens, vous le savez, ont intérêt à maintenir ce triste état de choses. Car, ce qui ruine le peuple, les fait vivre et les engraisse.

Mais ils sont assez gras comme cela, ces hommes néfastes.

Écartons-les de nous.

Loin d’être l’apanage de certains, L’ASSIETTE AU BEURRE doit être le privilège de TOUS.

Jetons donc sans crainte le cri d’alerte tandis qu’il en est temps encore.

Le vaisseau que nous montons est fait du chêne des vieilles forêts de France. La sève du sol gaulois circule dans ses flancs. S’il fait eau, radoubons-le et ouvrons l’œil au bossoir.

Déposons sur l’île déserte de l’oubli les nullités endimanchées qui ont essayé d’entraver notre marche en avant.

Jetons par-dessus bord paperasses et registres, et, avec les ronds-de-cuir de ces incapables, faisons des bouées se sauvetage.

J’ai dit ce que je voulais.

ASSEZ CAUSÉ !

Il faut défricher avant d’ensemencer. Défrichons !

Lorsque nous aurons enlevé jusqu’au dernier brin d’ivraie, nous verrons refleurir avec plus d’éclat que jamais la loyauté et l’amour de la Patrie, ces deux fleurs symboliques sans lesquelles sont vains les trois mots inscrits au fronton de nos édifices : Liberté, Égalité, Fraternité.

Citoyens,

Il vous faut un homme d’action, je suis prêt.

À dimanche donc, et pas d’abstentions.

Vive la République libre et sans bureaux !

Albert C..., dit Captain Cap.

Le programme du Captain Cap


1º Établissement d’un fort sur la butte Montmartre ;

2º Établissement d’un observatoire sur la même butte ;

3º La place Pigalle port de mer ;

4º Fabrication des blancs gras en France ;

5º Suppression de l’impôt sur les bicyclettes ;

6º Rétablissement de la licence dans les rues au point de vue de la repopulation ;

7º Continuation de l’avenue Trudaine jusqu’aux grands boulevards ;

8º Suppression de la bureaucratie ;

9º Établissement sur la butte d’une Plazza de toros et d’une piste nautique ;

10º Suppression de l’École des Beaux-Arts, etc., etc.

Proclamation d’un groupe d’électeurs


Élections législatives du 20 août 1893

IXe arrondissement, 2e circonscription.

Comité anti-européen et anti-bureaucrate.

Citoyens,

Saint-Just a dit : « Vous avez renversé l’aristocratie, mais vous avez créé la bureaucratie.

Il y a cent ans de cela et aujourd’hui la bureaucratie est plus que jamais toute-puissante.

Elle a tout englobé, tout absorbé, tout envahi. C’est elle qui étouffe les génies et tue les grandes idées ; elle est la plaie européenne et l’entrave à tout progrès.

Jusqu’ici aucun des candidats qui se sont présentés n’a paru soupçonner l’existence de ce monstre formidable accroupi aux portes de la civilisation.

Cette pieuvre aux 100 000 tentacules, nul n’a osé l’attaquer.

Or, un homme s’est levé :

LE CAPTAIN CAP.

Et c’est dans le quartier Saint-Georges qu’il a voulu être le Saint-Georges de ce Dragon.

Un homme s’est levé, citoyens, et cet homme a regardé autour de lui.

Son regard a été obscurci par des nuages de Sandaraque.

Autour de lui il n’a vu que paperasses, ignorance, incurie et routine.

– Plus de ronds-de-cuir, s’est-il écrié. Assez longtemps nous avons obéi aux manches de lustrine.

Les temps sont venus de renverser cette bastille de cartons verts.

Alors, sans hésiter, à notre demande, il a tout quitté, son bord et ses chères études, pour saisir la barre du paquebot de nos revendications.

– Tout le monde sur le pont, a-t-il commandé et à l’abordage de la galère bureaucratique.

Citoyens, cet homme est le vôtre.

Nous sommes sûrs de lui comme de nous-mêmes : nous avons son passé comme garantie. Astronome distingué, chimiste, baleinier, ingénieur, pêcheur de perles, trappeur, négociant et surtout vaillant marin, il a, au cours de ses incursions dans les différentes parties du globe, acquis une expérience incontestable.

Ayant gardé au cœur l’amour vivace de la terre natale, il a conçu pour les institutions vermoulues de sa patrie une haine implacable.

Au Far-West, le Captain Cap a combattu les Arapahoes. Il les a vaincus ; il a scalpé leur chef.

Il va s’attaquer maintenant à ceux que, dans son langage imagé, il appelle : les sauvages blancs, les plus dangereux de tous.

Telles sont, citoyens, les grandes lignes de notre programme.

Le Captain, comme il nous l’a dit, est de plus nettement anti-européen.

L’expression d’une idée aussi noble et aussi généreuse se passe de commentaires.

Donc, citoyens, aux urnes et pas d’abstentions.

VOTONS POUR ALBERT C...

dit le

CAPTAIN CAP.

Maurice O’Reilly, Paul Frény, Alphonse Allais, Raoul Ponchon, Georges Auriol, Léon Gandillot, Howard Symonds, Georges Courteline, Émile Goudeau, Armand Berthez, Raphael Shoomard, Jean Prairial, Narcisse Lebeau, Paul Clerget, Henri Joseph, le prince Joe Masson, Barral, Brunais, Duplay, Gatget, Lacault, A. Bert, Jules Jouy, Gérault du « Cantal », Édouard Million, J. Paulet, Darcey, Alfred-Amand Montel, Jehan Sarrazin, Félix Huguenet, Paul Robert, Berthier.

Une réunion électorale du Captain Cap


La séance est ouverte à neuf heures et demie.

Elle est présidée par le citoyen Maurice O’Reilly, dont l’éloge n’est plus à faire, et dont les électeurs du IXe ont pu maintes fois apprécier la valeur.

La présidence d’honneur est décernée au grand proscrit Alphonse Allais, victime de l’infâme bureaucratie1.

Après avoir en quelques phrases brèves, mais énergiques, exposé les idées générales du Captain Cap, le citoyen Maurice O’Reilly donne lecture de trois télégrammes qui viennent d’arriver :

Saint-Malo.

À vous de cœur et en dépit de tous.

Alphonse Allais.

Porte un toast à la santé du Captain Cap, et bois à ses succès.

Raoul Ponchon.

Le Havre.

Amis du Havre réunis café Régis, nous chargent d’envoyer bons souhaits au vaillant Captain Cap, et poussent trois hurrahs en son honneur.

Fraternellement vôtres.

Jules Heuzy, Albert René, Vallette, Siegfried, Fautrel.

Le Captain Cap visiblement ému se lève, et après avoir déclaré qu’il est extrêmement touché de ces marques de sympathie, termine en disant qu’on verra par la suite si oui ou non il en est digne.

Le citoyen Berthez prend alors la parole en ces termes :

Citoyens,

Je connais depuis fort longtemps le Captain Cap, je l’ai suivi dans bien des opérations ; j’ai même eu l’heureuse occasion de l’accompagner dans un de ses voyages : j’ai donc pu l’apprécier mieux que tout autre, et c’est à ce titre, citoyens, que je demande la parole.

Albert C..., connu surtout sous le nom de « Captain Cap », a raison d’être fier de ce dernier titre, car il l’a conquis au péril de sa vie, mille fois menacée.

Citoyens, je vais essayer de vous retracer les différentes phases de l’existence tourmentée du Captain Cap.

C’est une lourde tache que je m’impose, étant donné le peu de moyens oratoires dont je dispose, mais j’ai la ferme conviction que vous écouterez avec indulgence le récit que je me propose de vous faire.

Le Captain Cap, imbu dès sa plus tendre enfance des principes démocratiques, fut ce qu’on appelle un enfant précoce, ou plus vulgairement un « petit prodige » ainsi que le constatait souvent un vieil ami de la famille, mort depuis, de la rupture d’un vaisseau – ce qui, je le ferai remarquer en passant, indique nettement l’idée de navigation qui régnait dans l’entourage du Captain Cap.

En dépit de la position aisée dont jouissaient ses ascendants, le Captain Cap voulut s’asseoir sur les bancs de l’école communale.

De bonne heure il développa ses théories sur la bureaucratie...

À dix ans, il placardait un manifeste sur les murs de l’école, ce qui l’eût infailliblement fait expulser de ladite, si, par un discours plein de philosophie, il ne s’était aussitôt réhabilité aux yeux de ses professeurs, qui déclarèrent hautement n’avoir jamais rencontré de précédent à ce phénomène intellectuel.

À cette époque déjà lointaine, le Captain Cap n’était donc pas le premier venu. Et alors (comme maintenant) il eût été puéril ou déloyal de le nier. (Applaudissements.)

Je continue. À mesure que le Captain Cap avance en âge, on le voit triompher dans nos lycées, défendant énergiquement ses principes, et faisant des prosélytes.

Enfin, à dix-huit ans, écœuré de notre incurable routine, et las de combattre en vain l’indécrottable esprit bureaucratique européen, il se dirige vers l’Amérique.

Là, citoyens, une vie nouvelle commence pour le Captain, et, s’il m’était permis de jurer ici, sur ma propre tête, je crois qu’il me serait impossible de trouver une formule assez énergique pour vous dire que, sans l’instruction qu’il possède et l’incoercible énergie qui le caractérise, nous n’aurions peut-être pas aujourd’hui la joie de le présenter à vos suffrages. (Très bien, très bien !)

Je ne vous énumérerai pas tous les exploits du Captain Cap, sa vie dans le Far-West et en Australie, ses mille aventures maritimes, ses travaux scientifiques..., non, ce serait trop long. D’autres le feront du reste mieux que moi en temps voulu.

Il débarque en Amérique avec soixante francs ; se met courageusement au travail, entre au service d’un armateur, et, grâce à son intelligence, à son sang-froid et à sa perspicacité, triomphant de tous les obstacles et menant à bien les diverses missions qui lui sont confiées, il conquiert enfin son titre de Captain.

Plus tard, ayant acquis une ferme en Californie, il a maille à partir avec les Indiens. Mais Cap est un cavalier de premier ordre, sa carabine est plus sûre que celle du terrible Red-Shirt et nul mieux que lui ne sait manier le bow-knife ; en huit jours, il scalpe trois chefs indiens et met ses agresseurs en déroute.

Je vous ai parlé tout à l’heure de l’incomparable sang-froid du Captain. Une simple anecdote à ce sujet :

Un train de 200 personnes (parmi lesquelles le Captain Cap) descendait une pente formidable sur une des lignes les plus considérables de l’Amérique, lorsque soudain, le frein vint à se briser en dépit des efforts désespérés du mécanicien.

Le convoi se mit alors à rouler avec une rapidité vertigineuse. Des cris déchirèrent l’air, et la panique fut telle que la plupart des voyageurs affolés se précipitèrent sur la voie et furent réduits en miettes impalpables.

Lorsqu’après vingt-deux heures, le train s’arrêta enfin, on trouva le Captain Cap qui tranquillement assis sur un sac de maïs fumait sa pipe en lisant un vieux numéro du Herald...

Je pense, citoyens, que de tels exploits se passent de commentaires. (Oui, oui, bravo ! ! !)

Si je vous conte ces choses, citoyens, si je vous conte ces choses stupéfiantes et si j’ajoute ensuite qu’à quelques années de là, ayant perdu son navire et sa cargaison dans les mers polaires, le Captain Cap sauva son équipage découragé et décimé par le scorbut, si je vous énumère rapidement quelques-unes des aventures du Captain, ce n’est pas, croyez-le bien, pour vous éblouir. C’est simplement pour vous montrer que cet homme qui est à la fois un marin, un savant et un philanthrope peut vaillamment conduire la barque dont vous avez résolu de lui confier la barre.

Voilà l’homme que j’avais à vous présenter. Jugez-le, et interrogez-le.

Pour moi, je me retire persuadé que, dès à présent, vos voix lui sont acquises. (Applaudissements frénétiques.)

Le citoyen Paul Frény ayant ensuite énuméré les qualités artistiques du Captain Cap, et démontré en quelques mots, combien il serait avantageux pour un quartier d’artistes, d’avoir un tel représentant, d’une façon claire et précise le Captain Cap répond aux différentes questions qui lui sont successivement posées par les citoyens Quinel, Georges Albert, Brandimbourg, etc.

Le citoyen Howard Symonds, demande à interroger le Captain en anglais au sujet de la question anti-européenne.

Le Captain répond alors qu’il est, malgré tout, un enfant de la vieille Europe, Parisien et Français. Ce qu’il veut combattre et anéantir, c’est la routine et les idées bureaucratiques qui sont la honte de l’Europe. (De nombreux applaudissements accueillent ces paroles.)

Le citoyen Brunais, interroge le Captain au sujet des fontaines d’eau chaude.

Le Captain répond en ces termes :

– Je ne suis pas, pour le moment du moins, partisan des fontaines d’eau chaude, attendu que je veux m’occuper du peuple et non le leurrer. On veut établir des fontaines d’eau chaude pour des gens qui n’ont pas de domicile ou qui, logeant dans des bouges, possèdent d’insuffisants mobiliers. L’eau chaude leur serait donc inutile puisqu’ils ne sauraient où la mettre. Avant d’éblouir le peuple en lui promettant de l’eau chaude, il faut donc lui fournir des récipients pour la recueillir. (Très bien, très bien ! Applaudissements unanimes.)

À onze heures et demie, le citoyen Maurice O’Reilly lève la séance. Une haie se forme sur l’avenue Trudaine et trois hurrahs sont poussés en l’honneur du Captain qui regagne sa voiture.

À ce moment, l’enthousiasme devient si considérable, qu’on dételle le cheval, et que la voiture du candidat est traînée par ses électeurs sur un parcours de 20 mètres.

Mais le Captain Cap se dérobe aux ovations.

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, il saute dans un autre fiacre et le chapeau levé, il disparaît en criant :

– Plus de bureaucratie ! Plus de routine européenne ! Plus de sauvages blancs !

Le secrétaire du Comité,

Signé : Georges Auriol.

La presse et le Captain Cap


La candidature du Captain Cap, candidat anti-européen et anti-bureaucrate prend une excellente tournure dans le IXe arrondissement, 2e circonscription.

Un comité d’adhésion et de propagande est déjà constitué. Nous y relevons les noms sympathiques de MM. Alphonse Allais, Courteline, Gandillot, Ponchon, Émile Goudeau, Narcisse Lebeau, Paul Clerget, le prince Joë Masson, Jules Jouy, Gérault (du Cantal), Jehan Sarrazin, Félix Huguenet, Paul Robert, Berthier.

(L’Écho de Paris, 11 août 1893.)

L’illustre Captain Cap, dont les journaux ont tant parlé ces temps derniers, se présente à la députation en qualité de candidat anti-européen et anti-bureaucrate.

Le Captain Cap est un homme neuf, aux idées larges, ennemi déclaré de la routine et des paperasseries.

Nous faisons des vœux pour qu’il soit élu.

(Le Diable au corps, Bruxelles,

le 7 août 1893.)

Une nouvelle candidature vient de surgir dans le IXe arrondissement de Paris qui mérite l’honneur d’une mention, car le programme du candidat sort de la banalité ordinaire.

Le nouveau candidat s’appelle M. C... ou « Captain Cap ».

Il se déclare candidat anti-bureaucrate et anti-européen. S’il développe son programme, la seconde partie surtout, dans une réunion publique, les auditeurs ne s’ennuieront pas.

(Le Petit Journal, 7 août 1893.)

Une foule énorme, évaluée à plusieurs centaines d’électeurs du IXe arrondissement et d’autres arrondissements aussi, se pressait hier soir dans un des salons de l’Auberge du Clou pour entendre la profession de foi du Captain Cap.

Cette réunion a été très mouvementée. Les portes ont été défoncées par quelques demoiselles dont les cartes n’avaient rien d’électoral. On a constaté avec regret que le citoyen candidat n’avait point exprimé dans son programme le désir de faire voter les femmes. La constitution du bureau notamment a soulevé de nombreuses protestations, le candidat se déclarant anti-bureaucrate.

Finalement, la candidature du citoyen Captain Cap a été acclamée à l’unanimité moins trois voix.

(L’Écho de Paris, 13 août 1893.)

Montmartre sera toujours Montmartre. On y acclame chaque soir,... au Cabaret du Clou, la candidature du Captain Cap, soutenue par la fine fleur des fantaisistes de la Butte, MM. Alphonse Allais, Courteline, le peintre Robert, etc.

Les questions que l’honorable Captain Cap s’engage à faire prévaloir sont les suivantes :

Surélévation de Paris à la hauteur de Montmartre ; défense d’abandonner des tunnels sans lumière sur la voie publique ; création d’un Fort-Observatoire à Montmartre, dont les lunettes serviraient de canons ; création d’un Conseil des disques pour punir les accidents de chemins de fer, etc., etc.

(Le Figaro, 16 août 1893.)

LES ÉLECTIONS

Paris – IXe arrondissement – 2e circonscription.

Les électeurs de la 2e circonscription du IXe arrondissement, réunis le 6 août à l’auberge du Clou, avenue Trudaine, après avoir entendu les citoyens O’Reilly, Berthez, Georges Albert, Paul Frény, Quinel, Brunais, etc., etc., et les franches et énergiques déclarations du Captain Cap, acclament sa candidature à l’unanimité moins 3 voix et s’engagent à la faire triompher au scrutin du 20 août.

LE CAPTAIN CAP

Nous n’avons pas la prétention de faire connaître le célèbre Captain Cap dont on sait la joyeuse campagne anti-européenne et anti-bureaucratique sous les auspices d’Allais et de Courteline.

Nous aurions voulu le joindre et savoir ce qu’il pense de ses 176 voix ; mais, semblable à tous les candidats malgré ses assurances fraternelles, il n’a pas plutôt ramassé les voix de ses électeurs qu’il les oublie et les abandonne – l’ingrat ! À l’Auberge du Clou où il tenait habituellement ses assises, on nous dit qu’on ne l’a pas vu depuis quatre jours. Son imprimeur nous dévoile le lieu habituel des repas du candidat socialiste. Là, nous apprenons que le Captain Cap est parti en Normandie pour se remettre des fatigues de sa campagne électorale...

(L’Éclair, 28 août 1893.)

Nous ne parlerons que pour mémoire de cette débauche d’affiches multicolores, les unes superlativement laudatives, les autres bassement diffamatoires, dont les murs de Paris ont été revêtus dans la matinée et qui constituent, pour employer le style électoral, les manœuvres de l’extrême dernière heure. C’est aux candidats fantaisistes que revient la palme dans cette lutte homérique de la modeste bande contre le grand colombier. À Montmartre, M. le Captain Cap, un humoriste, né sans doute à l’ombre des ailes du Moulin de la Galette, a inondé sa circonscription de proclamations ainsi conçues :

« Après vingt ans passés sur mer, qu’ai-je trouvé, en rentrant au pays ? Haines, hypocrisie, malversation, népotisme, nullité...

« L’origine de tous ces maux, citoyens, n’allez pas la chercher plus loin : c’est le microbe de la bureaucratie.

« Or, on ne parlemente pas avec les microbes.

« ON LES TUE ! »

(Le Matin, 21 août 1893.)

Candidatures fantaisistes.

Connaissez-vous the « Captain Cap ? »

Non, sans doute. Peut-être croirez-vous qu’il s’agit d’un émule ou d’un disciple du célèbre tireur Ira Paine ?

Pas davantage.

The « Captain Cap » est candidat à la députation dans la deuxième circonscription du IXe arrondissement. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil parmi les affiches multicolores qui recouvrent les façades des maisons du quartier Saint-Georges. Celles du Captain Cap sont d’un rouge ardent ou d’un bleu de lapis lazuli. Elles portent, en lettres énormes, les mots suivants :

ALBERT C...

dit

CAPTAIN CAP.

Candidat anti-bureaucrate et anti-européen.

Nous avons vainement essayé de joindre the Captain Cap. Impossible de mettre la main dessus. Nul ne sait où perche ce terrible candidat. Vient-il des régions chères à Buffalo-Bill ? Est-ce un cow-boy, un redoutable adversaire des Peaux-Rouges ?

Non ; the Captain Cap nous paraît être un aimable fumiste.

(Le Gaulois, 6 août 1893.)

MON CANDIDAT

Il est incontestable qu’en ce moment plusieurs millions de Français sont embarrassés, moi tout le premier. J’ai été assez gêné, ces jours derniers, lorsque des milliers d’affiches multicolores m’ont invité à la lecture attentive et au choix judicieux. Les mots très difficiles : mandat impératif, hydre bourgeoise, tyrannie guesdiste, dansaient devant mes yeux ; et je me trouverais encore dans la même expectative si, par bonheur, je n’avais rencontré l’affiche de mon candidat :

CAPTAIN CAP

Candidat anti-bureaucratique et anti-européen.

Oui, le voilà ! Je n’ai aucune raison pour cacher la sélection que je viens de faire, et je n’éprouve aucune crainte à livrer ce nom au public.

Je dois l’avouer, au premier abord, je me défiais un peu : candidat anti-bureaucratique et anti-européen, cela pouvait cacher des ambitions désastreuses et entraîner à des conséquences désolantes. Il est toujours désagréable de se faire naturaliser Patagon pour expliquer son vote ; mais à la suite de la réunion publique que le Captain Cap a donnée, je n’ai pas hésité un seul instant à l’acclamer frénétiquement, et si je n’ai pas été le premier à dételer sa voiture, c’est que j’ai peur des chevaux, même de fiacre.

Mon candidat, le Captain Cap, dans son assemblée électorale, a fait lui-même sa biographie.

Il a l’accent anglais, est né à Paris, mais je le soupçonne de parents marseillais. Son passé promet pour son avenir : il a fait dix ans la chasse aux veaux-marins, arrêté dix trains en marche, et Dieu sait s’ils vont vite dans le Far-West ; enfin, – enfoncé le capitaine de quinze ans de Jules Verne – lui l’était déjà à douze ans !

Ces titres suffiraient amplement pour assurer son élection ; pourtant, après avoir parlé de ce qu’il a fait, je ne puis négliger de toucher un mot relatif à ce qu’il va faire.

Questionné sur son sous-titre : anti-bureaucrate et anti-européen, le Captain Cap a affirmé qu’il ne voulait rien dire et que cette ligne était simplement placée sous son nom pour faire bien. Rien que cette phrase m’a prouvé son amour de l’ordre et de la régularité. Quant à son programme, il n’en a pas. Fidèle interprète de ses électeurs, le Captain Cap, s’il est nommé, demandera au pays ce qui lui sera demandé à lui-même.

Voilà, du reste, les grandes questions qu’il s’est engagé à agiter à la Chambre :

1º Aplanissement de la butte Montmartre. Au cas où cette mesure serait trop coûteuse, il demandera la surélévation de Paris (toujours l’amour de la régularité) ;

2º Accaparement par l’État du monopole des fontaines d’eau chaude ;

3º Détaxe du blanc gras à l’usage des artistes ;

4º Percement du grand tunnel polyglotte.

Cette dernière amélioration demande une explication.

Le Captain Cap a depuis longtemps remarqué que les langues s’apprenaient difficilement aux enfants ; avec son système : un grand tunnel divisé en compartiments, cette étude sera aussi facile que d’attraper un rhume.

Dans chaque case se trouveront des écoles de différents langages. Tout citoyen conduira son fils âgé de six ans au commencement de la voûte, et, dix ans après, il ira le chercher à l’autre bout.

L’enfant, à moins d’être sourd-muet, saura parler toutes les langues.

De pareilles idées ne peuvent germer que dans la tête d’un génie, aussi suis-je enthousiasmé de mon candidat.

J’irai avec confiance aux urnes, et je déposerai solennellement son nom, persuadé de son succès certain.

Ah ! j’oubliais une dernière qualité :

Le Captain Cap a fondé, en Amérique, un ordre dont il est le grand maître.

Son élection fera sans doute grand plaisir aux employés de l’administration des Postes et des Télégraphes ; car, d’après ses affirmations, il s’empressera de faire rétablir... l’ordre des facteurs.

Charles Quinel.

(Le Charivari, 13 août 1893.)

Terminons ces extraits par la petite note dont il est question précédemment et que le regretté Francisque Sarcey n’hésita pas à consacrer à notre ami :

« J’ai passé une excellente soirée, samedi, dans une petite société artistico-mondaine qui s’intitule Le Gardénia, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que les membres de cette société affectionnent le gardénia de préférence à toute autre fleur.

« Ce sont de charmants jeunes gens, d’ailleurs fort aimables, fort bien élevés, et passionnés, par-dessus tout, pour les choses de théâtre.

« Est-ce que ça ne vaut pas mieux, entre nous, que d’aller au café s’abrutir, boire un tas de consommations qui vous font mal à l’estomac, et, finalement, dépenser beaucoup d’argent ?

« La représentation avait lieu au théâtre Bodinier. Tout a marché comme sur des roulettes.

« Le spectacle, très intelligemment composé de petits actes et d’intermèdes, a paru charmer la brillante société qui constituait le public du Gardénia. Beaucoup de jolies femmes, par parenthèse, appartenant, m’a-t-on dit, à la colonie canadienne de Paris.

« Rien d’étonnant à cela, car le président de la société n’est autre que le sympathique Paul Fabre, fils du commissaire général du Canada à Paris.

« Vous dire en détail ce qu’on a joué, dit ou chanté, je ne saurais le faire. J’ai perdu mon programme, et dame, quand je n’ai plus mon programme sous les yeux, va te faire lanlaire.

« Qu’il vous suffise de savoir qu’il s’est dépensé dans cette soirée beaucoup de bonne volonté et de talent, plus de talent qu’on n’en pourrait quelquefois trouver dans des théâtres réputés sérieux.

« Un début, surtout, m’a particulièrement intéressé, car, paraît-il, c’était un début, ce que j’eus grand-peine à croire.

« Oh ! ce n’était pas dans un bien grand rôle, allez, que j’ai remarqué mon artiste. Ce fut dans un tout petit rôle de domestique apportant une dépêche, à trois reprises différentes.

« Mais je m’aperçois que je n’ai pas encore dit le nom de mon artiste : le programme l’appelle Cap, mais ses camarades du Gardénia le désignent ordinairement sous le nom de « Captain Cap ».

« Jamais je ne saurais dire le plaisir que m’a causé le jeu à la fois sobre et élégant de ce Cap. Il y a dans cet amateur, tenez-le pour certain, l’étoffe de quelqu’un, et ce n’est pas sans une certaine impatience que je l’attends à la prochaine représentation du Gardénia.

« Francisque Sarcey. »

(Le Chat noir, 10 décembre 1892.)

Déclaration


Après tant d’indiscutables témoignages, au cas où le moindre de ces messieurs et dames de mes lecteurs s’aviserait encore de mettre en doute l’existence réelle du Captain Cap, je suis disposé – quand et où l’on voudra – à en faire une affaire personnelle.

A. A.

Deuxième partie


Le Captain Cap

Ses aventures

Ses idées, ses breuvages

Avant-propos imposé par la plus élémentaire bonne foi


J’ai cru bon, chaque fois qu’au cours des récits suivants se présentait sous ma plume le nom d’un de ces breuvages transatlantiques dont le Captain Cap se montrait si friand, d’en donner la formule exacte permettant à chacun d’en opérer la préparation.

Ces formules m’ont été confiées par l’homme de Paris qui possède le plus d’autorité dans cette matière, je veux parler de M. Louis Fouquet, propriétaire et directeur du célèbre bar qui fait le coin de l’avenue des Champs-Élysées et de l’avenue de l’Alma.

Si quelqu’un de nos lecteurs désirait avoir sur la préparation des American Drinks et sur le petit matériel que comporte ce sport, quelques détails supplémentaires, il n’a qu’à s’adresser directement à ce Louis Fouquet, jeune homme chez qui la technique impeccable s’allie à la plus parfaite courtoisie.

Louis Fouquet se mettra volontiers à la disposition de nos lecteurs pour tous les renseignements concernant la matière.

A. A.

Chapitre I



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