Rapport missionnaire n°2








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titreRapport missionnaire n°2
date de publication03.02.2018
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FIDESCO RAPPORT MISSIONNAIRE N°2

Organisme Catholique de

Coopération Internationale Anaïs BODE

18, Bd du Général Koenig POSTE : Animatrice Rurale

92 521 Neuilly sur Seine Cedex VILLE : Manado

Tel : 01 47 45 96 60 PAYS : Indonésie

Fax : 01 47 45 96 31 E-mail : anaisbode@hotmail.com

E-mail : fidesco@emmanuel-info.com DATE : 28 avril 2005

www.fidesco-international.org

De la pauvreté à la richesse de cœur!

Photo 1 : Petites filles au port de Manado.
"La joie ne peut se séparer du don.

En Dieu tout est joie, car en Dieu tout est don", Paul VI.
Chers parrains, marraines, famille et amis,
Quel plaisir de vous retrouver après …Hmmm….4 mois déjà!!!!...comme le temps passe vite! Déjà en retard à notre RDV trimestriel, veuillez m'excuser… ceux qui me connaissent n’en sont pas étonnés, n'est-ce pas ?...et pourtant ce n’est pas faute de penser à vous : comment pourrais-je exprimer telle chose ou telle chose pour que ça soit abordable, compréhensible, et que vous puissiez vivre avec nous cette mission, mais également que ce soit source de richesses pour vous! Sans compter que vous êtes toujours très présents chacun d'entre vous dans mes prières ! Bref, vous faites partis de cette mission, et êtes mon soutien en particulier lors des quelques moments un peu plus sombres!

Mais les raisons de ce 'petit' retard sont multiples: une vie bien remplie avec une "inculturation" qui se fait progressivement et qui passe tout d'abord par l'application peut être un peu trop assidûment de certaines habitudes manadonaises, comme le fameux Jam Karet (heure élastique!) pour les retards coutumiers, ou encore une lutte effrénée contre nos chers moustiques indonésiens, notamment ceux qui transportent quelques maladies qui nous laissent cloués au lit quelques temps, ou encore un projet prenant à plus de 200 %, avec des outils et des emplois du temps qui sont 'indonésiens' avant tout, ne l'oublions pas! C'est à dire souvent aléatoires, avec quelques habitudes routinières et BEAUCOUP d'imprévus….! Bref une mission comme on l'aime, incroyablement riches en péripéties et en découvertes!


Contexte diluvial …



Allez, vous êtes prêts pour quelques instants de dépaysement au cœur de l'Océan Pacifique et Indien, sur l'Ile de Sulawesi, vous vous souvenez? (cf rapport n°1)… imaginez vous au cœur d'un petit village indonésien, sous une pluie écrasante, à patauger dans l'eau du ruisseau…heu… enfin sur notre petite route principale de Lotta qui, pour quelques heures se transforme en kali, petite rivière. On quitte nos tongs en plastique trop encombrantes pour avancer, et on se jette à l'eau! Remontons nos pantalons pour 'affronter' les courants et revenir au complexe agricole, où nous habitons…
Ces mois-ci ont donc été plutôt pluvieux, évidemment en saison des pluies c'est normal! Mais la pluie d'ici est bien différente de celle de France. Des sots d'eau sont déversés toute la journée, pour ne s'arrêter que quelques heures enfin de journée et reprendre ensuite toute la nuit!!! Sous nos toits de taule, le silence n'est plus qu'une illusion! Il faut faire abstraction du tambourinement quotidien, et faire la sourde oreille!!! Pas facile au début…on ne s'entend même plus parler! … Un voile d'humidité finit par s'insérer peu à peu dans notre petite maison de bois, nos vêtements, pour finalement nous amener à remettre notre bon vieux jeans de l'arrivée, et même….la poller, pour les soirées les plus humides et les plus fraîches! Et ceci pendant quelques jours, quelques mois…La chasse aux moustiques est donc bien déclarée: "Fermez les fenêtres, Allumez les spirales Anti Nyamuk Baygon, Aspersion de Lotion Anti Nyamuk, Déploiement de la moustiquaire…etc. Et pourtant ils piquent quand même! Une seule minute de répit et c'est finit! Vifs et vaillants, ils n'attendent qu'une chose, nous piquer! C'est qu'ils sont coriaces les petits ici!!!
Les gens sont habitués pendant ces journées pluvieuses à rester chez eux, "bien manger et boire le fameux Te Manis, un thé bien chaud très sucré. Mais surtout ne pas s'aventurer dehors!!! Ou alors attendre l'accalmie, lorsqu’il y en a une!
Mais la saison des pluies c'est aussi des fruits en abondance, de toutes les couleurs, toutes les formes, des goûts qui parfois se rapprochent des fruits que nous connaissons, et d'autres tellement différents qu'on se demande comment ils font pour aimer ça!!!! Rien qu'à les sentir on recule de plusieurs pas!... C'est l'occasion pour nous de se lancer dans des essais de nouvelles confitures!

Selai & Anggur :

Adaptation, amélioration, et développement !



Ces premiers mois vont de découvertes en découvertes, ce projet est une mine de richesses! Il y a tant à faire, qu'on a parfois du mal à savoir par où commencer et dans quelles directions aller! Les actions sont très diverses. Petit tableau récapitulatif ci-dessous pour essayer de vous montrer un peu plus clairement comment ça fonctionne:

QUI

ACTIONS

LES INDONESIENNES

FIDESCO

Production confitures

Chez elles, dans leur cuisine




Contrôle Qualité

Lili, fille d'une productrice, qui fait des études de biologie, au laboratoire à Lotta.




Coller les étiquettes

Tante (Madame) Diane, au laboratoire à Lotta.




Etendre le réseau de commercialisation




Coopérantes

Promotion local, national, et international des produits




Coopérantes avec l'aide d'indonésien(ne)s au niveau local et national.

Réachalandage magasins




Coopérantes

Recherches et réapprovisionnement Emballages




Coopérantes et depuis peu avec des indonésiens.

Formation Confiture

IbuTin et Ibu Lucie, soit au laboratoire si les femmes n'habitent pas trop loin de Lotta, soit nous nous rendons sur place, dans leur village.




Essais confitures

Réadaptation des produits




Actions menées par les coopérantes, Ellen (productrice de confitures de bananes) y a parfois participée.

Marketing et démarches administratives diverses et variées!




Coopérantes

Compte des stocks




Coopérantes

Production Vin de Papaye

Tante Dey encadrée par une coopérante.






Tableau 1: Les diverses activités du projet technique.

Photo 2 : Dégustation de la confiture de banane, après une formation au village de Laïkit: Enak Sekali ! C’est bon !

La commercialisation: vers l'exportation…

Possibilité de commercialisation sur l'île de Java ?


Si vous vous souvenez bien dans mon premier rapport, je vous expliquais que Java était la capitale économique de l'Indonésie, et qu'on estimait à environ 60% la population indonésienne vivant sur ce petit caillou! D'où nos espérances quand à la vente des Selai Genang là-bas…

Le problème reste de savoir si le produit serait apprécié. Et oui, la population étant tellement diversifiée, nous ne connaissons pas encore le marché de Java, et ses consommateurs. Nous avons la grande chance d'avoir un contact avec la communauté de l'Emmanuel là-bas, et nous leur avons donc envoyé des échantillons. Nous attendons donc actuellement leur retour.

Grands espoirs sur la Papouasie !


La Papouasie…Alors si vous reprenez la figure n°3 dans mon premier rapport, intitulée "Le vaste pays de l'Indonésie", à droite de la carte, la moitié d'une île est encore dans le cercle…La moitié, mais pourquoi ? me diriez vous... Et bien parce qu'une partie est indonésienne (sur la carte c'est celle appelée Irian Jaya, ou encore Papua), l'autre nommée Papouasie Nouvelle Guinée est indépendante. La Papouasie indonésienne fait donc partie de l'Indonésie (comme son nom l'indique!), et le niveau de vie étant assez élevé là-bas, un grand nombre de personnes de toute l'Indonésie y travaille, leur permettant ainsi d'accéder à des salaires plus importants. L'occasion se présentant, puisqu' Ida, une amie de Guillemette, nous ayant déjà aidée pour la promotion des confitures à Manado, part et nous propose d'essayer de lancer les confitures là-bas. Guillemette l'a donc suivie quelques jours pour essayer de tester le marché et promouvoir nos produits. 100 pots de confitures ont donc fait leurs premières apparitions dans les différents supermarchés de Manokwari. A notre grande joie, les gens semblent habitués chaque matin à aller chercher leur Roti (Pain) à la petite boutique du coin! Super, lorsqu'on pense qu'à Manado « tant qu'[ils] n'ont pas mangé de riz, [ils] n'ont pas encore mangé » !...

La semaine dernière, Ida notre agent commercial pour la Papouasie, nous a recommandé 200 pots, que nous lui avons ensuite fait suivre par bateau. Nous attendons de voir comment la situation évolue …

Le commerce équitable, un bon deal!


En janvier, une de nos responsables technique Fidesco, est venue nous rendre visite pour voir l'évolution du projet. Nous avons eu la joie de prendre contact ensemble avec Alter Eco un organisme de commerce équitable. Cet organisme vend déjà en France des confitures du Swaziland, alors pourquoi pas des confitures d'Indonésie?!!!!...

Evolution à Lotta : le projet prend un nouveau tournant

Ajustons nos lunettes indonésiennes !


Depuis quelques temps nous nous appliquons à réfléchir (mais aussi à agir en conséquences!) sur l’intégration des indonésiens (quand c’est possible), ainsi qu'à adapter notre façon de penser occidentale, à leur façon de penser indonésienne au sein même du projet afin qu’ensuite celui-ci ai les bases solides et nécessaires pour sa continuité et sa durabilité lors de sa reprise par les indonésiens eux-mêmes (le but final du projet, n'est ce pas !).

Nous avons besoins d’intégrer le maximum d’indonésiens dans ce projet. Pas seulement physiquement (car cela ne peut se faire que petit à petit), mais également en les sollicitant de prés comme de loin, en leur demandant leurs aides, ne serait-ce que pour des conseils. Cela nous demande d’échanger nos lunettes occidentales, et de prendre les lunettes indonésiennes.

En effet jusqu'à présent l'implication des indonésiennes dans le projet se ‘limitaient’ à la fabrication des confitures, le contrôle qualité, le collage des étiquettes et la formation de nouveaux groupes. Ce qui en soit est tout de même beaucoup! Mais pas suffisant pour pouvoir faire tourner le projet sans nous. Les coopérantes sont à la base de la commercialisation du produit. Il est donc important de commencer à les impliquer peu à peu dans ce domaine là également.

La commercialisation: du réseau local au réseau international.


Le rôle des indonésiens dans la commercialisation des confitures n’était pas encore tellement considéré. Mais après quelques expériences fructueuses avec Ellen (productrice qui s'est servie de son réseau amicale pour nous mettre en contact avec des personnes 'bien placées'), il s'avère qu'il est plus que primordial! Les coopérantes françaises sont étrangères au pays, aux processus administratifs et aux différents réseaux de personnes 'locales' susceptibles d’acheter les produits. L’aide des indonésiens pour connaître toutes les ‘ficelles’ de l’administration est donc importante.

Bien entendu nous avons aussi un rôle à jouer dans ce processus, puisqu'en tant que Bule il nous est plus facile de nous introduire auprès de personnes aisées, susceptibles d’être intéressées par nos produits, et pouvant développer notre réseau de connaissances, plutôt que les femmes des villages. Il nous ai également plus facile de rentrer nos produits dans les supermarchés de la ville, ainsi que des les exporter.

En nous associant et en travaillant en collaboration, nous avons donc espoir de pouvoir sensibiliser le plus de personnes possibles, et ainsi renforcer notre réseau commercial!
Actuellement les confitures sont vendues dans différents endroits:

  • les supermarchés de Manado,

  • les hôtels de Bunaken (petite île située à environ une heure de bateau de Manado, très prisée par les touristes Bule et autres, pour ses sites de plongées),

  • les magasins souvenirs de Manado.


Après moult discussions avec nos différents contacts, amis, productrices, indonésiens pour la majorité, et quelques Bule par dessus le marché, nous avons ainsi creusé et trouvé d'autres réseaux à exploiter! Voyez plutôt!...

  1. Les boulangeries-patisseries de la ville: ceux-ci sont encore très récents, puisqu'il n'y a pas très longtemps que les indonésiens commencent à 'picorer' pain et briocheries. Par contre ils sont assez gourmands, et sont fanas de snacks sucrés-salés en tout genre. Une aubaine pour nous! Regarder en dessous…

  2. De nombreuses petites fabriques de petits pains fourrés se sont développées à Manado. Elles fournissent ensuite toutes les petites boutiques, warung (toutes petites échoppes où l'on trouve … de tout!), situées à tous les coins de rues, et dans tous les villages environnant de Manado (comme à Lotta par exemple!), et le marché avec ses fameuses petites camionnettes-boulangerie!

  3. Le réseau « dari Mulut ke Mulut » (le bouche à oreille) de tous nos contacts :

      • Ca commence avec nos productrices : elles ont parfois des contacts que nous sommes loin de soupçonner ! En plus c’est une motivation supplémentaire et très importante pour leur implication dans le projet. La qualité du produit en dépend !

      • Les personnes ± proches de notre entourage, qu’elles soient proches du projet, juste des ami(e)s, des connaissances, des liens avec l’évêché, etc.

      • Toutes les occasions sont bonnes et justifiées pour parler du projet ! J’en ai encore eu la preuve ce WE. J’ai rencontré des étudiants avec leur prof. de français (pas du tout dans le cadre du projet). Mais suite à l’explication de notre mission ici et du projet, celui-ci m’a proposé de venir faire une promotion auprès des profs de son collège/lycée. Etc., etc. ! Ou lors des promos dans les magasins : Ellen a rencontré un Monsieur ayant un ‘business’ de boîtes de conserve, qui est prêt à faire des boîtes redimensionnées et adaptées pour les confitures !

Toutes les réunions de groupes quel qu’elles soient (Wanita Katolik (femmes catholiques), le personnel hospitalier, les profs des écoles et universités, etc.) sont des occasions de promotions à saisir ! C’est un pays où ils ont la ‘réunionite’ facile, alors profitons-en !
Cette démarche ‘d'appuis et de conseils’ auprès d'indonésiens ou de personnes vivants en Indonésie, immergées totalement dans les mœurs et habitudes du pays, nous demande beaucoup d'humilité. Ce n'est pas chose facile, car il faut parfois qu'on revienne sur des 'acquis' du projet. Prenons simplement l'exemple des recettes de nos confitures, qu'il va falloir qu'on réadapte en fonction de l'attente des consommateurs indonésiens, se révélant bien différentes de celle des Bule! Ici le prix est largement prioritaire devant le goût, à l’inverse de la France.

Se diversifier et s’ouvrir à d’autres produits !


En matière de confiture, nous en sommes actuellement à quatre parfums (ananas, corossol, banane-coco, papaye-coco). La mangue ne va pas tarder à apparaître sur le marché. Et nous continuons les essais avec d’autres fruits.
Les indonésiens (en tout cas à Manado) restent assez ouverts et curieux, même pour les goûts alimentaires. Prenons l’exemple du pain. Il y a environ 3 ans, à peine 2 magasins vendaient du pain à Manado. Il faut voir l’essor que ça a pris en peu de temps. Pourquoi ? Simplement parce que les fabricants de farine de blé ont lancé un peu partout des formations de pain pour les initier à la fabrication d'un produit à base de farine de blé. En montrant comment pouvait-on utiliser leurs farines ils ont crée une nouvelle demande sur le marché. Ainsi la consommation de pain semble augmentait, puisque maintenant tous les supermarchés et pas mal de petites boutiques vendent du pain sur Manado et même dans les villes environnantes. Biensûr, ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais petit à petit…

Nous pensons donc que pour les confitures c’est pareil ! Il faut simplement leurs montrer comment les utiliser ! En plus ce sont déjà des grands consommateurs de snacks sucrés-salés à tout moment de la journée. Ils mangent déjà pas mal de pains fourrés au beurre de cacahuète ou chocolat. Pourquoi pas fourrés à la confiture ? Même chose pour les gâteaux secs, mous, etc. qu’ils font déjà et qui se marient très bien avec la confiture. Un terrain en cours d’exploitation !



Photo 3 : Essai de confiture de mangue au laboratoire avec Ellen.

Ce projet a besoin de diversification pour pouvoir être prometteur. Les confitures restent pour l'instant notre priorité mais nous aspirons à travailler sur d'autres produits issus de la transformation de fruits : comme les fruits confits par exemple, ou encore les pâtes de fruits, les fruits séchés... Ca y est, vous salivez, n'est ce pas ?!!!... Et ce n'est pas finit!


Place au fameux vin de papaye : Anggur dari Pepaya.



Oups…petit oubli, je ne vous ai pas encore présenté cette partie du projet!...Et pourtant, c'est un délisse, très proche d'un bon sauterne français! Si, si, je vous assure!... Le léger problème auquel nous nous heurtons, est l’obtention d’une licence de vente. Très indonésiennes, les démarches administratives sont très longues et coûteuses. Nous n'avons donc pas encore réussi à dévier toutes les embûches et difficultés des démarches d'obtention, et nous nous contentons donc pour le moment de le vendre à la maison, avec notre réseau dari Mulut ke Mulut!.. Et ça marche!


"La pauvreté ne consiste pas à aider les pauvres,

mais à être pauvre" (Carlo Carretto).



Découvrir un pays passe en priorité par sa population, sa perle rare! Une soif intarissable de pouvoir rencontrer ce peuple, de le comprendre, de rentrer un peu plus dans son intimité quotidienne, de discuter avec chaque personne croisée, se développe de plus en plus avec l’amélioration de la compréhension et de l’expression orale en indonésien ! Joie de pouvoir découvrir leurs grandes qualités de cœur, mais aussi leurs défauts…

Il faut alors apprendre à aimer vraiment comme le Christ nous le demande,
« Aimez vous les uns les autres, comme je vous ai aimé »
Plus facile à dire qu’à faire !...

Une semaine d'intégration révélatrice …



Après trois-quatre mois passée ici, chaque nouvelle coopérante, étant capable de ‘baragouiner’ en indonésien pour se faire un minimum comprendre, part une semaine dans un village, vivre dans une famille à « plein temps », afin de se plonger pleinement dans le bain indonésien.
Voilà ce qu’il m’est arrivée en février… à point nommé ! Un vent de lassitude et d’impatience quant à la superficialité de mes relations s’était emparé de mon humeur, laissant les pauvretés des indonésiens devenir un peu trop flagrantes à mes yeux… Quelle claque ! Je réalisais que la plus pauvre des pauvres se trouvait être moi, petite européenne, trop orgueilleuse pour ne pas avoir de patience, pour juger sans savoir, venue pour servir ses frères et même pas capable de les aimer !
Cette semaine fût l’occasion de briser les fausses images et aprioris, de m’immerger complètement dans cette culture et de savourer les plus belles qualités de ce peuple ! Passant au travers des défauts superficiels qui m’avaient ‘aveuglés’ ces derniers jours, l’intimité à laquelle je me suis retrouvée mêlée (puisque je vivais avec eux 24 h/24) m’a permis de pénétrer petit à petit dans leur quotidien en toute simplicité, et ainsi de goûter à la beauté intérieure de chaque personne croisée au hasard des rencontres. Que ce soient des personnes aisées, comme des personnes vivant beaucoup plus modestement, des jeunes collégiens, lycéens, enfants, comme les personnes plus âgées.
"Il y a une grâce de l'hospitalité. L'hospitalité, c'est que les autres soient chez eux chez nous. Leur entrée dans notre vie engage leur entrée dans notre maison", (Madeleine Delbrêl).
Cette grâce de l’hospitalité est leur ! J’en fus à la fois émerveillée et époustouflée… une telle générosité dans leur accueil, une telle ouverture, une telle simplicité, m’invité naturellement toujours un peu plus à les connaître et surtout à les aimer ! Et en peu de temps j’ai été ravie de pouvoir partager simplement sur tout type de discussions très intéressantes et variées, comme les comparaisons cultures française/indonésienne, comment marche économiquement leur pays, les différences de perception de notre religion catholique, les mariages mixtes (entre protestant et catholique), le choix de partir en mission Fidesco, etc., permettant ainsi de briser les fausses images que l’on se faisait mutuellement de nos deux cultures et populations!
La Keluarga Mandey-Massie (famille) a su m’accueillir comme si j’étais une de leur fille. Comme dans beaucoup de familles en Indonésie, ils vivent à plusieurs sous le même toit. Dans cette maison il y avait donc Oma (la grand-mère), et deux de ses filles, Ibu Luce et Ibu Meity, celle-ci accompagnée de son mari Bapak Djelfie et de leurs quatre enfants, Rainer, (11 ans), Monica (9 ans), Steve (5 ans) et la petite dernière Raisa (2 ans).

Cette semaine fût bien remplie comme vous pouvez l’imaginer ! Entre les visites des différents groupes de prières (et oui, une missionnaire blanche, ce n’est pas tous les jours !), l’école primaire et le collége-lycée (sur la demande des responsables pour donner le goût des langues étrangères ou le renforcer), les scouts (enchantés et surtout hilares d’apprendre avec un ‘Bule’ la chanson « Y avait des gros crocodiles et des oraoutangs! » tout en gestes SVP !), sans oublier les différents ateliers de ‘home industries’ de gâteaux en tout genre (autant en profiter pour avoir des idées pour des gâteaux à la confiture !), et les parties de UNO inoubliables avec les enfants et les petits voisins !....


Photo 4 : Une joie à déplacer les montagnes à l’école primaire d’Airmadidi !

Apprendre à Servir & à Aimer !




« Biar tidak ada Nasi, asal jangan kalah aksi » (Proverbe Indonésien).

« Même si tu n’as pas de riz, ne sois pas vaincu ».



Proverbe qui a une très forte signification ici : l’importance de l’apparence. Comme par exemple la tenue vestimentaire ! Comment comprendre et accepter cette superficialité (à mes yeux), alors qu'on est tout de même dans un pays où il y a beaucoup de pauvreté, ne serait-ce qu'à coté de chez nous! Se heurter à des habitudes, des pensées qui ne rentrent pas dans notre façon de penser occidentale, qui peuvent se transformer en barrières nous empêchant de servir et d'aimer …

En réalité nos échelles de valeurs sont différentes. Et il faut accepter que leurs priorités ne soient pas les mêmes que les notres. Notre regard alors change. Ce que nous qualifions de défaut se transforme petit à petit en qualité !

Cette attitude qui me paraissait superficielle met peut être en relief leur volonté à ne pas se laisser abattre, leur volonté à avoir de la dignité, et à se dépasser...


Ma relation d’amitié avec Ellen est dans ce sens très riche et m’éclaire beaucoup. Jeune femme mariée de 27 ans, elle a un petit garçon Arther de 6 ans. Elle travaille avec Fidesco depuis environ 2 ans en tant que productrice de confiture de banane.
Issue d’un milieu modeste, ses activités ne s’arrêtent pas à la confiture. Elle a déjà tenue une petite Kantine (tout petit restau. où l’on mange simplement riz, poissons, parfois légumes) à Kali pendant quelques temps. Ou encore elle était impliquée dans un ‘business’ de vêtements, une sorte de revente à domicile. « Toutes les occasions sont bonnes à prendre ! » m’explique elle. Dernièrement elle a suivi une formation d’informatique pour débutants gratuite à Manado au mois de mars- avril. Et voilà qu’en mai, on lui demande d’assurer des cours d’informatique dans une école primaire. Pour elle c’est une chance ! Volontaire, avide d’apprendre sur tout, toutes les occasions pour se former, gagner un revenu, et/ou être impliquée dans un nouveau projet sont à saisir ! Elle m’aide beaucoup au niveau du projet, non seulement pour les essais, mais aussi pour essayer de comprendre comment peut-on adapter toujours plus précisément ce projet aux indonésiens, quelles sont nos priorités, comment peut-on développer notre réseau de commercialisation…

S
Photo 5 : Selamat Ulang Tahun Arther !

Joyeux Anniversaire Arther!

es parents sont nos voisins. Comme elle y ai souvent, j’aime beaucoup aller leurs rendre visite. C’est avec une très grande simplicité que nous apprenons à nous connaître. Avec Marce, une de ses sœurs aînées, nous discutons toutes les trois ‘sore’ (vers 18h-19h) dehors sur leur banc de bambou, de tout comme de rien.

Parfois nous regardons un peu la télé (en indonésien, j’ai quand même du mal à suivre), ou encore je joue avec Arther lorsque Ellen et Marce sont occupées ou absentes. Partager leurs joies, leurs difficultés, maintenant leurs secrets, est l’occasion de les comprendre toujours un peu plus. Vivre ces moments dans la plus grande simplicité, en les suivant dans leurs quotidiens, est une de mes plus grandes joies.




Parfois je suis un peu ‘déroutée’ par certaines des attitudes indonésiennes… Prenons l’exemple de l’anniversaire d’Arther : son souhait était d’aller au ‘Mega Mall’, dont il entendait beaucoup parlé, mais où il n’avait pas encore eu l’occasion d’aller. Le Mega Mall est un grand centre commercial sur plusieurs étages qui fait la fierté et la joie des Manadonais. Qu’ils soient riches ou qu’ils soient issus de milieu social beaucoup plus modestes, une des sorties ‘à la mode’ est d’aller au Mall, juste pour « cuci mata » ! (se rincer l’œil !)…. On se croirait en France dans un de nos centres commerciaux sur 3 étages. Nous sommes donc partis tous les 3, déjeuner ou dîner vers 16h (à cette heure de l’après-midi je ne sais pas trop) dans un fast food style Mac DO., mais à la place du pain c’est une boule de riz (on est en Indonésie quand même, du riz avant tout !). Puis nous sommes montés au dernier étage, où à ma grande surprise nous nous sommes retrouvés au beau milieu d’une immense salle de jeux vidéo, la plupart venant du Japon,

et quelques mini-manèges pour enfants. Et bien entendu il y avait beaucoup de monde, les petits comme les grands ! Quel décalage avec notre vie de Lotta ! Après quelques tours de manège et jeux de moto-vidéo, nous sommes finalement rentrés, le cœur joyeux de ces moments passés ensemble, comme de vrais indonésiens ! Arther était ravi !...

"Il ne peut y avoir de charité sans attitude de serviteur", (Abraham, Père Calvez).



Chaque personne rencontrée, chaque relation partagée, ces amitiés qui se tissent nous permettent de découvrir le Seigneur derrière ces visages. Aller à la rencontre de chacun, et simplement répondre à leurs attentes, pas forcément correspondantes aux notres, mais les leurs d’abord… Savoir accepter la mission que le Seigneur nous donne, et ne pas essayer de la modeler à notre façon.
Servir, servir à chaque occasion qu’il nous est donné comme nous le pouvons avec tout notre coeur, servir dans n’importe quelle situation, qu’elle rentre ou non dans notre programme, dans nos propres objectifs. Servir sans calculer les ‘bénéfices’ qu’on pourrait en tirer mais seulement pour l’autre. Les fruits de cet abandon sont immenses et bien plus grands que ce que nous pouvions imaginer ! Et pourtant, combien de fois nous avons l’impression d’être un serviteur inutile !...
Apprendre à aimer! A aimer l'autre tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts! Accueillir l'autre comme un cadeau! Chaque relation est précieuse. Ce n'est parfois pas celle à laquelle nous pensions, mais alors quelle joie de se laisser surprendre par la richesse de celle-ci! Comme par exemple la rencontre avec des jeunes d’un lycéen catholique assez huppé. Quelle ne fut pas ma surprise et ma joie de passer du temps avec eux un week end, avec partages riches et remplis de simplicité à la clef !

Photo 6 : Cewe di pantai ! Les filles à la plage !
« L’AMOUR prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais ». 1 Corinthiens 13, 4-8a.
Quelle richesse dans chaque rencontre, on s'aperçoit alors qu'elle n'est pas anodine, mais bien fruit de la Providence. Quelle source de joie lorsqu'on s'abandonne simplement, et qu'on finit par accepter de se laisser conduire, lorsqu’on accepte finalement de devenir pauvre nous même ! Nous ne pouvons pas avancer seule! (Parole de personne expérimentée dans le dérapage!) Notre pauvreté consiste à se laisser mener par le Christ. Tous les imprévus de dernières minutes ne sont que des clins Dieux! Parfois nous ne les comprenons pas, mais il faut se laisser guider et accepter.

Une vie de village animée et fraternelle!



Vous vous rappelez?...petit village à quelques kilomètres de Manado, charmeur de par sa végétation et ses habitations (premières impressions, cf. rapport 1), le charme s’accroît à travers la découverte de ses habitants, de leurs habitudes de vie, de leurs rites et coutumes!... Ces derniers temps ont été bien occupés, avec le carême, la semaine sainte, et Pâques! Temps spirituels et fraternels forts en partages!

Le temps de carême : temps de partage et de découvertes


En effet pendant le carême nous nous retrouvions une fois par semaine tout d'abord avec les Mudikas (jeunes catholiques de Lotta), ainsi qu'avec la Wilayah (notre groupe paroissiale) pour prier ensemble et partager sur un passage de la bible. Ces partages ont été d'une grande richesse les uns pour les autres. Et pour nous particulièrement, puisqu'ils nous permettaient de percer et de découvrir leurs expériences et réflexions qu'elles soient d'ordre spirituelles ou autres bien loin de nos perceptions européennes. Ce fût l'occasion pour nous d'aborder des sujets importants qui touchent leur mode de vie, tel que "l'obéissance aux parents, jusqu'à quel point ?" par exemple, de réaliser quelles étaient nos différences et nos ressemblances.

Un vendredi saint inhabituel 


Le chemin de croix fût vécu dans la fraternité villageoise et le silence du cœur : de station en station, à Lotta, se fût de maison en maison… Village assez étendu, cela nous permettait de prier des dizaines de chapelet entre chaque station. Impressionnant de voir tout un village, aussi bien adultes qu’enfants, marchant en silence derrière une croix en bois, tout en méditant dans son cœur ces dizaines de ‘Je vous salue Marie’ pour arriver jusqu’à la prochaine ‘maison-station’.

Pâques, le Seigneur est ressuscité, d'autres sont montés auprès de Lui…


Cette fête a été placée sous le signe du paradoxe… Partagé entre la joie de fêter la résurrection du Christ, et en même temps la tristesse du départ du papa d'Abo, un mudika, et de la grand-mère de Vicky, un autre mudika. Laissez moi vous raconter un tout petit peu ces événements, qui font partis du quotidien indonésien, et qui m'ont marqué ces derniers temps.

Les enterrements ici, sont bien différents de ceux de France. La mort fait en quelque sorte partie de la vie, étant plus fréquente ici que dans nos pays. Les gens n'ont pas forcément les moyens de se soigner (c'est très fréquent), les maladies sont décelées trop tard (comme les cancers), etc.

Aussi dès qu'il y a un décès, on s'empresse 'd'agrandir la maison': des "rallongements" en bambou et bâches plastiques sont construits tout autour de la maison pour accueillir les invités. La famille est très entourée. Ca arrive de tous les cotés: famille proche, éloignée, amis, voisins, groupes diverses et variées du village, et pour finir le village entier finit par venir les saluer et tout d'abord prier autour du corps de la personne décédée, qui est sur un lit, au milieu de la pièce principale de la maison. Tout au tour de la maison, on pleure, on chante, on prie, on rit, on boit, on joue aux cartes, tout ça pendant 2, 3, voir 4 jours en attendant que chacun est pu venir se recueillir et saluer une dernière fois la personne décédée. Pour eux, elle est encore là, et c'est l'occasion de lui dire au revoir. La famille proche s'affère autour d'elle, il est important que chacun puisse la toucher. Ensuite il y a la messe d'enterrement (toujours à la maison), à laquelle chacun peut assister. Nous sommes nombreux, même les personnes d'autres religions du village se joignent à nous, musulmans et protestants. L'enterrement concerne plus la famille et amis proches. Sept jours après l'enterrement, il y a une "commémoration". Généralement la famille reste la semaine précédant cette commémoration à la maison. Lors de cette commémoration, il y a une prière puis un repas, où sont invités la famille et les amis de la famille. Ca dure toute l'après midi, tu viens quand tu peux. Une nouvelle commémoration a lieu de nouveau 40 jours après! Et pour finir, un an après le décès! Bref, ce n'est pas une mince histoire! Mais c'est très convivial. Ca fait vraiment parti de la vie du village de Lotta. Une solidarité remarquable, qui m'a beaucoup touchée. La mort, qui est un peu tabou chez nous, qui fait peur, devient part de notre vie ici. C'est alors plus facile de l'accepter.

Le mois de mai : Ibadah Rosario 


Ce mois de mai de Marie est aussi très particulier, puisqu’on médite le chapelet chaque soir avec la Wilayah dans une maison différente, les adultes comme les plus petits ! Soirée toujours amicale car elle se termine par le partage soit d’un bon plat de Mie (nouilles dans un bouillon, plat typique d’ici), ou autour de gâteaux accompagnés d’un bon Te Manis. Et il n’est pas question d’oublier son bunkus au moment de repartir chez soi! (Sac remplis des restes de gâteaux, comme après chaque repas commun !).


Finalement !...



Encore tellement de choses à vous raconter, j’ai du mal à m’arrêter…plus les jours avancent, plus les évènements se succèdent, et me donnent envie de continuer encore et encore à parler de ce village, et surtout de ces habitants…
Pour finir j’aimerais vous confier quelques intentions de prières :

  • Pour les jeunes et les moins jeunes de Lotta, beaucoup sont issus de milieux modestes. L’ennui les pousse souvent à tomber sous l’emprise du chaptikus, alcool local fort, très mauvais pour la santé.

  • Pour toutes les personnes impliquées de près comme de loin dans notre projet.

  • Pour Alexandra (24 ans), une très bonne amie d’études, qui se bat depuis quelques mois contre un cancer du sein, ainsi que pour sa famille.

  • Pour ma petite filleule Soline, qui sera baptisée le 28 août, ainsi que pour ses parents.

  • Pour les petites sœurs Clarisse de Paray-le-Monial, qui nous accompagnent spirituellement tout au long de notre mission.


"…en nous appelant à rentrer dans cette attitude de pauvreté, Dieu se montre pédagogue. Il nous permet d'expérimenter la joie du don de soi, et par ce dépouillement progressif, Il nous permet de Lui faire une place de plus en plus grande dans notre vie. La pauvreté n'est pas une fin en soi, elle est un chemin de liberté et de croissance dans la confiance en Dieu qui nécessite un acte volontaire de notre part". (Marie-Hélène et Jacques Fichefeux).


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