Note css : a signaler que l’ouvrage de René Le Senne a fait l’objet en 2002 d’un mémoire de Xavier Leleu, étudiant à l’Université de Lille III, disponible sur internet sous le titre








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sélection professionnelle : elle se propose de recruter une certaine catégorie d’hommes en raison d’une cer­taine aptitude, en vue d’une fonction déterminée. Ce qu’elle fait, c’est de l’ajustage. Au contraire la caractérologie sert la sélection personnelle, dont l’objet est de choisir les hommes, non d’après telle ou telle aptitude déterminée, mais en raison des puissances profondes qui les animent. Le symptôme qui permet au caracté­rologue de prononcer sur un caractère peut être éventuellement un test ; c’est bien plus souvent un acte significatif, une parole ayant un sens, une décision engagée dans l’histoire, une réaction adaptée à un plus ou moins riche concours de conditions ; ce n’est pas la répétition anonyme et banale d’un mécanisme intellectuel ou pratique, mais une façon de se comporter dont justement l’inté­rêt ne consiste pas en ce qu’elle se découpe et s’abstrait dans la vie p.34 mentale, mais au contraire exprime, directement ou indirectement, la totalité des traits généraux constituant l’unité d’un caractère. Si cet acte est convenablement interprété dans son rapport avec le caractère, il peut conduire à une décision personnelle dont la fin n’est pas le recrutement d’un homme pour une fonction, mais l’orientation de sa vie suivant le sens de la vocation pour laquelle il est né. On ne s’y occupe plus d’organisation sociale ni de ratio­nalisation industrielle ; mais seulement de liberté et de valeur.

De cette confrontation entre la psychotechnique et la caracté­rologie tirons maintenant les conclusions qui se dégagent pour la caractérologie. Il y en a deux. La première et la plus superficielle est celle qui défend au caractérologue de repousser les connaissances que lui apporte la psychologie appliquée. Entre l’homme sensori­moteur et l’homme total il est impossible de trancher puisque le premier ne peut être qu’une section du second. Par suite tous les faits, toutes les lois que la psychologie a pu retenir comme des éléments d’un savoir assuré et utile doivent servir à la caractéro­logie comme de données précieuses. — Il n’en suit pas qu’elle puisse s’y tenir. Car, c’est la seconde conclusion, si utiles que puissent être éventuellement ces données, elles ne dispensent jamais de l’intuition synthétique d’un caractère dans son unité. Puisque la caractérologie ne s’intéresse pas à des fonctions pratiques ou men­tales détachées du moi, il faut toujours qu’elle rapporte les faits dont elle dispose à une représentation, si sommaire et si hypothé­tique qu’on la voudra, mais déjà constituée, du caractère dont ces faits doivent être compris comme les expressions. Au cœur de la caractérologie doit donc toujours se trouver l’intuition carac­térologique. Comment elle s’obtient, ce qu’elle est, à quoi elle mène, voilà maintenant ce que nous devons préciser en étudiant la méthode appropriée à la connaissance des caractères.

11. Trois temps de la méthode de la caractérologie. —La méthode expérimentale sous sa forme objective, telle qu’elle se pratique dans la science de la nature, comporte trois temps : le premier p.35 consiste à rassembler et comparer des faits ; puis l’esprit induit de ces faits une loi ; enfin de la loi il déduit des conséquences qu’il retrouve dans la nature. Aussi longtemps que la loi est conçue par l’esprit mais ne peut ni s’induire de faits déjà connus ni conduire à d’autres, elle n’est qu’une hypothèse. — Tout se passe de même en caractérologie sauf que le rôle joué dans une science de la nature par la loi y est pris par le moi ou plus précisément par le système qui lui sert d’armature, le caractère. L’esprit qui a rassemblé les faits est amené par leur suggestion à se mettre à la place de l’homme, du moi dont ces faits sont les expressions et à imaginer le caractère qui, non seulement les a produits, mais doit entraîner d’autres paroles et d’autres actions dont il sera à l’occasion possible de vérifier si elles résultent bien de ce carac­tère. Dans ce mouvement l’intuition caractérologique est le temps central qui consiste à voir le caractère que les faits connus suggèrent et dont on dérivera les actes vérifiables.

Nous allons rapidement considérer les temps qui viennent d’être distingués :

L’induction caractérologique. — Les documents, donnés par une observation méthodique, d’où part la recherche caractérolo­gique, sont des psychographies. Une psychographie est l’inventaire des modes d’action par lesquels un homme se manifeste au cours de sa vie. Ainsi on note que sa voix est sourde, qu’il est calme, ordinairement occupé, souvent solitaire, fume, s’irrite facilement, écrit un journal intime, aime les enfants et ainsi de suite. Une psychographie n’est pas une histoire, car elle ne s’intéresse pas aux actes de l’individu dans leur réalité, mais seulement dans leur forme, non plus qu’à sa contribution à ce qui s’est passé d’impor­tant autour de lui ; ce n’est pas non plus un récit d’anecdotes car il est indifférent qu’un acte noté par une psychographie soit curieux ou spirituel. Ce qu’on peut dire de plus exact sur une psychographie, c’est qu’elle constitue comme un procès verbal dans lequel les témoignages fournis sur la conduite d’un homme p.36 sont exactement enregistrés et méthodiquement classés. En effet si les psychographies peuvent être toujours rédigées au hasard des événements constatés, il arrive maintenant plus souvent, puisque la constitution d’une caractérologie objective le permet, que les données qu’elle rassemble soient des réponses à un question­naire systématique, comme celui que l’on trouve à la fin de La Psychologie des Femmes de G. Heymans (trad. fr., Paris, Alcan), et que nous reproduisons en annexe à cet ouvrage.

De ces psychographies, sommaires ou détaillées, plusieurs espèces peuvent être distinguées :

a) peuvent être dites psychographies statistiques celles qui, obtenues par une enquête statistique, permettent l’application du calcul des corrélations à un matériel caractérologique. Les nombres utilisés dans le cours de ce volume proviennent de l’enquête qui a été faite par Heymans et Wiersma pour l’étude de l’hérédité psy­chologique et qui a servi à l’établissement de leur classification (cf. ci-dessous, p. 53). Les résultats que les psychographies statis­tiques contiennent sont des faits desséchés ; mais leur comparaison quantitative peut être très précieuse. Elle servira à appuyer ou à ruiner des hypothèses suggérées par les enquêtes biographiques ;

b) les psychographies biographiques sont faites sur le spectacle de la vie d’un homme, soit directement saisi par un ou des voisins, soit tel qu’on le trouve dans une biographie déjà écrite. L’usage en est plus facile pour le caractérologue que pour l’historien, car l’historien s’intéresse toujours à des événements importants et il doit arriver souvent que le rôle du personnage étudié dans cet événement important soit faussement ou au moins tendancieuse­ment rapporté ; tandis que le caractérologue ne retient que des modes de l’action qui ne soulèvent pas de passions chez les autres hommes. Les résultats d’une enquête biographique peuvent être rassemblés pour servir à un calcul comme l’ont été ceux de l’en­quête biographique d’Heymans (cf. p. 53) ; mais ils sont plus précieux par leur précision qualitative. Il serait souhaitable que p.37 la caractérologie pût disposer de beaucoup de psychographies détaillées dans lesquelles on puisse toujours retrouver le détail des actes d’un homme. Parmi ces psychographies biographiques on peut compter un bon nombre d’observations cliniques rédigées par des psychiatres ou des dossiers de procès criminels pourvu qu’ils s’étendent assez largement sur la vie des sujets de manière à relater assez de traits de leur conduite ;

c) des psychographies autobiographiques sont des psychogra­phies biographiques dont le sujet et le rédacteur ne font qu’un. A condition de n’être pas acceptées sans critique, elles peuvent rendre de grands services, soit qu’elles s’étalent sur toute la vie d’un individu comme le Journal de David Thoreau, soit qu’elles se ramassent dans quelques aveux sincères donnés par un homme sur lui-même.

Les services rendus par ces psychographies doivent être natu­rellement de plus en plus grands à mesure qu’elles sont rédigées dans un langage de mieux en mieux adapté aux résultats déjà obtenus par la caractérologie. Entre une psychographie profane et une psychographie savante il doit y avoir la même différence qu’entre la relation d’un fait scientifique par le premier venu et sa traduction par un homme compétent dans la langue du savoir auquel appartient le fait. Sans quoi n’importe quel biographe serait caractérologue.

C’est la comparaison quantitative et qualitative des psychogra­phies qui conduit à l’induction caractérologique. Il doit arriver, si le monde des caractères comporte de la constance, que diverses psychographies se laissent grouper en paquets et, quand les diverses fiches d’un paquet se dégradent régulièrement, en séries homogènes. En général paraissent constituer des séries homogènes toutes les psychographies qui possèdent en commun un certain nombre de traits importants. Mais on voit quelle est l’ambiguité de cette expression, car ces traits communs peuvent, soit résulter d’un concours de circonstances étrangères au caractère : ainsi un nerveux p.38 et un flegmatique parler la même langue ; soit au contraire mani­fester des identités caractérologiques. Ne méritent donc le nom d’homogènes que les séries qui satisfont à cette seconde condition et cette condition exige pour être avérée un concours de raisons comparable à celui que toute science doit pouvoir alléguer pour affirmer une loi. Le propre de l’induction caractérologique est de dégager l’énoncé d’une semblable loi entre un acte constaté et un caractère donné : c’est à l’établissement de la vérité de cette loi que l’intuition caractérologique est indispensable.

L’intuition caractérologique. — La nécessité de l’intuition caractérologique résulte de ce que, pour saisir la connexion entre un caractère et une façon de parler et d’agir, il n’y a pas d’autre moyen que d’éprouver cette nécessité même dans la dialectique par laquelle, si l’on se met à la place de ce caractère, on est mené à la production de cette façon de s’exprimer.

Dans ce schème il faut d’abord comprendre qu’on puisse se mettre à la place d’un caractère éventuellement autre que celui dont on est soi-même doté. Ce qui fonde cette possibilité c’est l’universalité de la conscience en nous tous. En droit n’im­porte quelle conscience peut produire les mouvements de toutes les autres, ainsi la conscience d’un médiocre mathématicien comprendre la démonstration inventée par un mathématicien de génie. Mais parmi ces directions de notre vie, certaines, du fait du conditionnement corporel, se trouvent beaucoup plus faciles pour nous : ce sont justement les lignes de force de notre caractère personnel. Il faut donc que le caractérologue, dont on peut dire que c’est la moralité professionnelle, fasse abstraction de cette facilité et, par une imagination originale, substitue provisoirement à son caractère celui de l’homme qu’il veut comprendre. Y arrive-­t il, il a l’intuition caractérologique de cet autre caractère et à partir de cette intuition il en comprendra les manifestations, sera thésauriseur avec l’avare, ardent et timide avec Chérubin, décidé dix minutes avec Alceste à fuir au désert. Que ce soit possible, p.39 personne ne peut en douter car, sans la communauté de cette élasticité intérieure, il n’y aurait ni de théâtre, ni de roman, ni de sympathie pour autrui, ni enfin de société. Non seulement ces carrefours mentaux entre les hommes sont fréquentés ; mais nous nous y accordons assez fréquemment pour que l’évidence d’une objectivité caractérologique en suive d’une manière qui suffise à nous convaincre de la possibilité d’une caractérologie. Dès lors voilà l’intuition caractérologique autorisée et, toutes précautions prises pour éviter les erreurs comme en tous les savoirs, la connais­sance des hommes susceptible de recevoir une objectivité, sinon identique, du moins comparable à l’objectivité scientifique.

L’intelligence du caractère et la vérification de l’intuition. ­De l’intuition obtenue, le caractérologue va tirer l’utilité que le savant tire de l’hypothèse. Voici comment se fait ce passage. L’intuition n’est pas une simple connaissance au sens où elle ne serait qu’une passivité envers une expérience donnée, saisie comme un pur état. C’est aussitôt une coopération avec ce qu’il y a d’actif dans le caractère donné à l’intuition. Par cette association avec du vivant, l’intuition se change en sympathie dialectique. Tout moi est un nœud de possibilités, le caractère ne fait que pri­vilégier certaines de ces possibilités, il en fait, pour le moi doué de tel caractère, des facilités. Il doit en résulter qu’en sympathisant avec un caractère donné, le caractérologue épouse ces facilités qui définissent ce caractère en opposition avec les autres et de ce fait commence à imaginer, à produire les dialectiques qui, dans le caractère que lui présente l’intuition, amorcent les opérations intellectuelles et pratiques propres à ce caractère. Si par exemple, se donnant l’intuition d’un jaloux, il commence à le devenir, le devient jusqu’à un certain point, il doit s’engager dans les pensées et les sentiments que la jalousie inspire à ceux qu’elle s’asservit : il devient curieux de son malheur, habile à s’en forger l’image, à la pousser à bout, impatient de s’en venger. Autant d’hypothèses caractérologiques puisque chacun de ces mouvements enveloppe p.40 l’affirmation que le caractère jaloux doit comporter et manifester ces propriétés ; rien de plus pourtant que des hypothèses puisque l’intuition, comme tout autre mode de connaissance, peut être, dans une certaine mesure, faillible.

Il faut donc la vérifier ; mais, fausse ou vraie, l’intuition carac­térologique aura rendu au caractérologue cet irremplaçable service de lui fournir des faits à confirmer, des questions à poser à l’expé­rience. Le voilà donc ramené vers l’expérience objective, non plus pour en recevoir des données, mais pour y provoquer ou au moins y chercher la vérification des hypothèses formées. Il verra si les jaloux souffrent, sont soupçonneux, vindicatifs ; même il s’offrira à lui éventuellement la possibilité d’une expérimentation au cours de laquelle se produiront des manifestations qui seraient restées virtuelles sans son intervention. Peu à peu l’analyse du caractère se change en dialectique du caractère. A la description de ce qu’il est s’ajoute celle des mouvements par lesquels le moi réagit à ce qu’il est, compense les défauts de son caractère, l’oriente en le spécifiant dans un certain sens. Nous indiquerons à l’occasion ces prolongements par lesquels un sentimental réagit à sa vulnérabi­lité, un flegmatique remédie, autant qu’il le peut, au défaut ou au moins à l’insuffisance de son émotivité.

Le diagnostic caractérologique. — Ces considérations se résument dans l’identification entre l’intuition caractérologique et un dia­gnostic comparable au diagnostic médical. La médecine se sert de la biologie ; il faut qu’elle s’en serve ; mais elle y ajoute ; car elle ne se réduit pas elle même à la science puisque son objet, ce ne sont pas seulement les lois de la maladie ni même la thérapeu­tique qui complète toute nosologie, c’est l’unité de la maladie et du malade. Il faut don : que le médecin connaisse la maladie comme le caractérologue doit connaître ce que sa discipline comporte de science. Cela pourtant ne suffit pas à faire le bon médecin et le mauvais peut savoir tout ce que le bon connaît et n’émettre qu’un mauvais diagnostic. Ce qui lui manque c’est l’intuition c’est à dire p.41 le tact résultant de la familiarité avec un grand nombre de cas. Ce qu’il faut de même au caractérologue, c’est l’intuition des caractères telle qu’elle peut être acquise par la réflexion répétée et minutieuse sur la diversité des caractères humains.

12. Deux caractérologies. — La méthode dont nous venons de donner l’esquisse est susceptible d’une application plus rapide et d’une autre, plus poussée. — La première sert à la constitution d’une caractérologie dont l’objet est la reconnaissance sommaire, mais vraie d’un caractère. En recourant à un système de critères bien choisis on se met en état de discerner les caractères d’un assez grand nombre d’hommes sans une analyse trop longue. On pourrait appeler cette caractérologie la caractérologie signalétique parce qu’elle ne vise à rien de plus que d’obtenir un signalement, comme tel rapide, de la nature mentale d’un ou de plusieurs hommes de façon à assurer la conduite par laquelle on entrera en rapports sociaux avec lui. Quelques généralités bien choisies tiendront lieu, dans les limites du possible, d’un inventaire pénétrant et détaillé de la personnalité. La caractérologie signalétique est ainsi inter­médiaire entre la psychotechnique et la caractérologie désin­téressée. Elle ne peut avoir de valeur qu’en se présentant comme un extrait et une simplification de celle ci.

La caractérologie principale doit donc rester la caractérologie analytique dont la fin est de pousser le plus avant possible la connaissance, non seulement des caractères abstraits de la typolo­gie, mais des caractères individuels des hommes vivants. Celle ci ne peut être jamais trop minutieuse, trop exigeante sur ses preuves. Elle doit viser l’identification avec la singularité individuelle, même si elle ne peut que l’approcher. Cela demande du temps et du soin ; mais ce sont les conditions mêmes pour que les portraits caractérologiques ne soient pas des caricatures dans lesquelles des identités telles qu’on en trouve sur des pièces administratives remplaceraient l’identité constitutive de la réalité unique d’un individu.

13. p.42 Réponse à l’objection tirée contre la caractérologie de la singularité des individus. — La distinction des deux degrés de la caractérologie permet de répondre d’une façon décisive à celle des objections alléguées contre elle qui se trouve dans ou derrière toutes les autres.

Cette objection se présente de la manière suivante. On dit : « La caractérologie est condamnée à échouer parce que chaque individu est non seulement différent de tous les autres, mais leur est incom­parable. Un savoir intellectuel, quel qu’il soit, est formé de concepts c’est à dire d’abstractions et de généralités. Or tout individu réel possède une infinité qui déborde toute abstraction, une originalité insaisissable à toute généralité. Où il y a des vivants, la caractéro­logie ne verra que des mannequins. » Cette objection à laquelle préparait ce que nous avons eu à dire sur la distinction entre science et connaissance de l’homme est vraie dans la mesure où elle reconnaît l’unicité de tout homme. Faut il conclure de cette reconnaissance que la caractérologie soit vouée à l’échec, c’est ce que nous allons nier.

1° Nous avons indiqué déjà le principe de la première réplique. Il ne sert à rien de condamner théoriquement la caractérologie si l’on ne peut vivre sans en faire. Nous sommes chacun entouré par les autres hommes ; nous avons à nous définir nos rapports avec eux et nous ne le pouvons qu’en termes, non seulement géné­raux, mais d’une généralité le plus souvent signalétique. Encore ne pouvons nous pas nous en abstenir car nous avons rapidement cons­taté que ces hommes qui nous entourent sont très différents les uns des autres et que nous devons, si nous voulons éviter toutes sortes de dommages graves, nous comporter à leur égard de façons différentes et adaptées. Il serait injuste et sot de nous conduire à l’égard d’un escroc comme envers un homme honnête, de traiter une âme délicate comme un butor. Nous voilà donc obligés de classer les hommes, indépendamment de toute considération que nous puissions faire sur leur singularité respective de fond. Au p.43 cours de ce classement ne serons nous pas entraînés à une réflexion de plus en plus précise ? Voilà la caractérologie justifiée.

2° Elle doit l’être non seulement en fait, mais en droit. On le peut par une considération commune à toutes les connaissances qui procèdent par concepts. Il est vrai aussi que l’expérience ne nous présente pas d’objets dont la forme ait la pureté d’une forme géométrique ; vrai que le physicien qui traite de pendules ou de gaz parfaits, le chimiste qui ne nous parle que de corps purs, que le biologiste qui pense en admettant la réalité des espèces, usent de généralités que l’historicité de toute expérience dément. Faut-­il en conclure aussi que la géométrie, la physique, la chimie, la biologie soient impossibles ? Si malgré l’opposition entre la complexité des choses et la simplicité de nos notions on ne condamne pas les sciences de la nature, de quel droit condamnerait­-on la caractérologie ?

3° En réalité la caractérologie générale ou spéciale ne prétend pas elle même retrouver les individus. Il lui suffit de pouvoir construire des êtres de raison, le sentimental ou le passionné, plus généralement l’émotif ou l’homme à champ de conscience large afin d’en faire comme des repères par rapport auxquels les individus vivants pourront se situer. Si l’on veut, elle fixe, par des points d’encre rouge, des positions toutes théoriques ; et, quand elle retourne de la définition de ces types à la vie, elle voit des hommes qui, à raison de certaines de leurs propriétés mentales, peuvent être reportés sur le plan des points rouges et y être représentés par des points noirs, formant ainsi une nébuleuse autour des points rouges : par leur situation ils s’indiquent à l’œil d’un observateur comme possédant telles propriétés intermédiaires entre les pro­priétés définies par des concepts purs.

4° Quand donc on fait, de l’opposition entre le conceptuel et le réel, une raison de discréditer une connaissance conceptuelle, c’est qu’on oublie que le conceptuel n’est jamais pour l’esprit qu’une médiation dont le sens consiste dans son rapport avec le p.44 réel intuitivement saisi et allusivement signifié. A travers la caractérologie, l’esprit du caractérologue vise ou au moins doit viser l’idiologie, c’est à dire la connaissance limite de l’individu. Quand il emploie des notions, c’est de l’individu qu’il traite ; et comme cet individu sera toujours au delà de ce qu’il en peut penser et dire, il devra toujours chercher à le serrer de plus près, à affiner les instruments de pensée avec lesquels il l’a appréhendé jusque là. Il obtiendra de la sorte des approximations de plus en plus précises de la réalité ; mais même les plus vagues de ces approximations, si elles ont été obtenues avec méthode et avec tact, constituent déjà des moyens utiles à l’établissement de nos rapports avec autrui et même avec nous même.

C’est quand on vise ainsi, au travers du caractère, l’individu singulier que la caractérologie fait éprouver sa valeur spirituelle. A l’inverse d’une science pour laquelle les hommes ne seraient rien de plus que des objets, elle avertit de respecter l’originalité de chacun et elle apprend à l’aimer. Il n’est que trop facile à un homme d’universaliser son caractère propre et de juger des autres d’après ce qu’il est lui-même. En révélant avec une netteté crois­sante la diversité des individus la caractérologie élargit à l’infini le panorama de l’humanité et fait comprendre à tous que la diver­sité des caractères doit entraîner la diversité des vocations et la diversité des valeurs vers lesquelles ces vocations doivent s’orienter. Ce ne sera pas abaisser l’individu qui le reconnaîtra puisque la caractérologie le convaincra lui aussi qu’il est à sa manière original et qu’il trouve dans cette originalité, avec le droit d’être respecté comme une âme impossible à remplacer, le devoir d’offrir aux autres ce que lui seul peut créer, le meilleur don qu’il puisse leur faire.

DOCUMENTATION

14. Le plan de cet ouvrage ne comporte pas une histoire de la caractérologie. Nous ne ferons donc, après avoir donné les indica­tions bibliographiques indispensables à quiconque veut en aborder l’étude, qu’énumérer les auteurs et les œuvres qui ont fourni une contribution à cette somme de résultats constituant la caractéro­logie que notre objet est de résumer.

I. — Bibliographie

Si l’on a besoin d’une bibliographie détaillée de la littérature caractérologique des cinquante dernières années, on pourra recou­rir aux ouvrages suivants, classés par ordre de date

W. Boven, à la fin (pp. 849 51) de son Aperçu sur l’état présent de la caractérologie générale, dans le Journal de Psychologie normale et pathologique, 15 nov. 15 déc. 1930 : l’article lui-même est un résumé assez détaillé d’un grand nombre de doctrines contemporaines.

W. Boven, La Science du caractère, Essai de Caractérologie générale (Paris et Neuchâtel, éd. Delachaux Niestlé, 1931, 351 pages) : l’ouvrage ne contient pas de bibliographie, mais au moyen de la table des noms d’auteurs on sera renvoyé aux notes où sont indiqués les ouvrages des caractérologues dont les travaux sont exposés ou allégués dans le texte.

Hans PRINZHORN, Charakterkunde der Gegenwart, dans la coll. Philosophische Fofschungsberichte, cah. 11 (Berlin, Jun­ker & Dünnhaupt, 122 pages) : contient in fine une liste assez p.46 abondante de « la plus importante » littérature caractérologique (pp. 108 122).

Encyclopédie française, t. VIII, La Vie mentale, de l’enfance à la vieillesse, pages bleues à la fin de l’ouvrage : p. 12, 1e et 2e col. Caractériologie, liste sommaire d’ouvrages en général postérieurs à 1920 et tous antérieurs à 1938 ; p. 6, revues et périodiques de caractério­logie (Paris, Soc. Gest. Encyc. franç., chez Larousse, s. d.).

II. — Ouvrages généraux

L’article et l’ouvrage cités dans le § précédent de W. Boven, privat docent à l’Université de Lausanne, riches en informations sur les divers problèmes et les diverses écoles de caractérologie, peuvent servir de bonnes introductions à l’étude de la caractéro­logie. Il manque au chap. XVI du livre un exposé de la classi­fication de G. Heymans et Wiersma.

On la trouve au contraire (p. 128) dans l’intéressant petit livre de A. Burloud, Le Caractère (Nv. Encycl. Phil., Paris, Pr. Univ. Fr., 1942, 165 pages) : caractère y est pris au sens large où nous prenons personnalité.

III. — Origines

La caractérologie n’a pas été ignorée de la pensée hellénique. Démocrite en a énoncé le principe, peut être même sous une forme trop rigide, en écrivant : Hθος ανθρώπω δαίμων. Le caractère d’un homme fait son destin. — Hippocrate, puis Galien, par la théorie des quatre constitutions humorales, ont posé les principes d’une caractérologie si heureuse pour son début qu’elle a franchi les siècles, exercé la plus large influence et en fin de destinée vient se fondre facilement dans la caractérologie contemporaine. D’après l’essentiel de cette conception, quatre humeurs, le sang, la bile, la bile noire (atrabile en français d’origine latine), le flegme déter­minent, suivant leur prédominance dans le corps, les quatre p.47 caractères humains qui sont le sanguin, le cholérique ou bilieux, le mélancolique ou atrabilaire, le flegmatique. Cette doctrine a persisté avec des modifications jusque dans la médecine du XIXe siècle qui a souvent admis quatre tempéraments, le nerveux, le sanguin, le bilieux et le lymphatique, auxquels s’ajoutent parfois le flegmatique et le musculaire.

On vérifie la valeur de la classification de Galien en montrant que les quatre tempéraments de sa classification correspondent sans violence à quatre groupes de la classification de Groningue :

les sanguins deviennent les non émotifs primaires

les flegmatiques — les non émotifs secondaires

les cholériques — les émotifs primaires

les mélancoliques — les émotifs secondaires

Il a manqué à Galien le principe qui aurait permis leur dédou­blement, la distinction entre actifs et inactifs.

IV. — École française jusqu’en 1914.

La longue et belle suite des moralistes français, de Montaigne par La Bruyère à Vauvenargues, montre les dispositions de l’esprit français pour l’analyse des caractères. C’est cette tradition qui, sous une forme plus méthodique, se prolonge au XIXe siècle et jusqu’en 1914. Il faut encore lire, du XIXe, l’important ouvrage de Descuret, La Médecine des passions (Paris, Béchet, 1841), qui contient quelques remarquables psychographies.

A partir de 1890 les classifications françaises de caractères se multiplient :

Th. RIBOT, Sur les diverses formes du caractère (Revue Phil., 34, 1892) ; La Psychologie des Sentiments (Paris, Alcan) ;

A. FOUILLÉE, Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races, 1895, 6e éd., 1921 ;

Bern. PEREZ, Le Caractère de l’enfant à l’homme, Paris, 1891 ; p.48

QUEYRAT, Les Caractères et l’éducation morale, 1896, 4e édit., 1911 ;

RIBERY, Essai de ctassifacation naturelle des caractères, Paris, 1902 ;

LEVY, Psychologie du Caractère, Paris, 1902 ;

PAULHAN, Les Caractères, Paris, 1894, 2e édit., 1906.

Nous rencontrerons au passage les vérités dont ces auteurs ont donné, serait ce sous une forme encore voilée, la première expression. Les plus nombreuses se trouvent chez l’auteur le plus important de cette série :

Paulin Malapert, Les Éléments du caractère et leurs lois de combinaison, Paris, 1897, 2e édit., 1906.

Cet auteur a eu le mérite d’apercevoir déjà avec netteté cer­taines séries caractérologiques et il a donné, sous une forme seule­ment trop concise, des descriptions de caractère dégageant des types cohérents et réels.

V. — Philosophies biologiques du caractère.

Cn pourrait faire une liste des doctrines qui cherchent à expli­quer le caractère par les éléments fournis par une conception de la vie. Nous nous contenterons de mentionner, comme type de ces doctrines, la théorie de la hormé par C. von Monakow : on en trouvera une esquisse dans l’Aperçu, etc., cité plus haut de W. Boven, p. 820. En rapprocher, en France, Mourgue.

Ces conceptions restent généralement beaucoup trop en dessous des faits qui doivent permettre la classification des caractères humains.

VI. — Les psychanalystes

La psychanalyse telle qu’elle a été constituée par Freud et continuée par des élèves, souvent devenus indépendants, déborde p.49 considérablemeur le domaine et la portée de la caractérologie ; mais par certaines de ses analyses et par les débats qu’elle a provo­qués elle peut être utile au caractérologue, surtout dans la partie dynamique de la caractérologie où l’on considère la réaction de l’individu sur son caractère.

De ce point de vue il faut souligner particulièrement l’œuvre d’

Alfred Adler, fondateur de l’Individualpsychologie (cf. Aper­çu, etc., de W. Boven, p. 828 sqq.), dont l’ouvrage sur le Tempérament nerveux a été traduit en français (Paris, Payot). Il a eu notamment le grand mérite de montrer que l’action de l’individu sur lui-même consiste souvent à porter remède aux infériorités qu’à l’expérience il découvre en lui-même au point de finir par trouver dans la lutte contre ses défauts son plus grand succès et sa véritable grandeur. C. G. Jung, Psychologische Typen (1920, 7e mille, 1937, Rascher, Zurich et Leipzig).

Cet ouvrage est très suggestif ; mais comme tous ceux de l’au­teur il est plus soucieux d’affirmer que de prouver. Après la consi­dération de plusieurs des oppositions (par ex. apollinien et dyonisiaque chez Nietzsche, tender minded et tough minded chez W. James, etc.) qui ont été retenues par la poésie, la philosophie ou la caractérologie, Jung étudie celle qui fait l’objet principal du livre, entre introversion et extraversion, que nous devrons retrouver à sa place dans le plan des caractères (cf. ci-dessous l’introversion sentimentale, p. 227 et l’extraversion sanguine, p. 424).

VII. — Les analystes

Sous ce titre commun d’analystes nous rassemblons des auteurs qui ont dégagé de la description des activités humaines certains traits susceptibles de servir à la discrimination des caractères, même si ces traits ne doivent pas être retenus comme propriétés fonda­mentales, parce qu’ils pourront toujours servir comme moyens de subdiviser des espèces et des familles caractérologiques : ainsi p.50

G. EWALD, dans Temperament und Charakter, Berlin, Sprin­ger, 1924, compose l’opposition des sthéniques et des asthéniques avec celle des impressionnables et des froids ; ces modes de classi­fication ne sont pas très éloignés de celle qui fait intervenir les deux propriétés de l’activité et de l’émotivité.

Otto WEININGER a publié sous le titre Geschlecht und Cha­rakter (Vienne et Leipzig, Braumüller, 1925, 1e édit., mai 1903, nbr. éd. ultér.), un ouvrage assez charlatanesque qui fait contraste avec l’ouvrage sérieux de G. Heymans, La Psychologie des Femmes (trad. franç., Paris, Alcan), le meilleur sur le sujet. Ce qu’il y a sans doute de plus intéressant dans l’ouvrage de Weininger, c’est le pas­sage où il donne une expression quantitative à un sentiment commun sur l’inégalité de virilité chez les hommes ou de fémi­nité chez les femmes. On peut résumer l’analyse de l’auteur par le tableau suivant où Hom signifie homme, Fem femme, M masculinité, F féminité :

Hom = M + F

(M > F)

M est susceptible de varier de 100 % à 50 %

F est susceptible de varier de 0 à 50 %

l’homme moyen compte 75 % M et 25 % F.

Fem = F + M

(F > M)

M est susceptible de varier de 0 % à 50 %

F est susceptible de varier de 100 % à 50 %

la femme moyenne compte 75 % F et 25 % M.

Si l’on estime que l’affinité matrimoniale doit toujours être celle qui tend à réaliser 100 % M + 100 % F, un homme assez féminin (F > 25 %), à 60 % M et 40 % F (par ex. Chopin) doit éprouver de l’attrait pour une femme assez masculine (M > 25 %) à 60 % F et 40 % M (par ex. George Sand).

Ce mode d’estimation peut être appliqué en dehors du domaine où Welninger en a fait usage et l’on peut penser que tout caractère est une proportion de propriétés opposées, qu’il n’y a par exemple aucun homme absolument vérace par nature, mais que tous doivent p.51 comporter à la fois la tendance à la véracité et la tendance à la mendacité, de sorte que devront être dits véraces, à des taux variables, les hommes chez qui la tendance à la véracité, plus grande que la tendance à la mendacité, dépasse le taux de 50 .

Apfelbach dans Der Aufbau des Charakters, Elemente einer rationalen Charakterologie des Menschen (Leipzig et Vienne, Braumüller, 1924) a mêlé, dans la liste des propriétés fondamen­tales, le taux de sexualité défini comme il l’est par Weininger, des propriétés généralement admises comme l’émotivité à d’autres arbitrairement interprétées comme la psychomodalité qui compose l’extraversion, identifiée au sadisme, et l’introversion, identifiée au masochisme.

De E. Utitz, fondateur du Jahrbuch der Charakterologie (depuis 1924), est la distinction intéressante entre unidimension­nels, dont la vie s’exerce dans une direction unique, et pluridimen­sionnels, partagés entre des intérêts multiples et inorganisés.

De toutes les analyses souvent remarquables du Bâlois P. Hae­berlin, Der Charakter, 1925, nous ne retiendrons ici que l’opposi­tion entre les deux tendances divergentes, l’une la tendance à l’affirmation de soi, l’autre à la fusion du moi dans la réalité universelle.

Furneaux Jordan, dans Charakter as seen in body and paren­tage, Londres, 1896, 3e édit., 1896, 126 pages, oppose les hommes actifs plus que réflexifs et les réflexifs plus qu’actifs. En consta­tant que l’actif est moins passionné et que le réflexif l’est davan­tage, il fait glisser peu à peu son opposition à celle des actifs­-inémotifs et des émotifs inactifs que nous aurons à étudier. Ces considérations tournent autour des mêmes faits que l’opposition de Jung entre extraverti et introverti.

VIII. — Les psychiatres

p.52 Aux psychiatres que nous avons déjà rencontrés dans les caté­gories précédentes s’ajoutent les contributions à la caractérologie de :

Bleuler qui a émis la notion utile de syntonie, qui signifie l’aptitude à se mettre à l’unisson de l’entourage dans lequel on vit.

Kretschmer, dont La Structure du corps et le caractère a été publiée en traduction française par le Dr Jankelevitch (Paris, Payot, 1930, 255 pages) construit une classification assez rudimen­taire et assez souvent mal appliquée par lui avec les deux types du cyclothyme (oscillant entre la gaieté et la tristesse, largiligne, bien portant, Kretschmer dit aussi pycnique, trapu, sociable, syntone) et du schizothyme (asthénique, déprimé, longiligne et leptosome, s’isolant du monde extérieur et de l’entourage, donc asyntone).

Eug. Minkowski qui a publié sur La Schizophrénie (Paris, Payot) une étude où il en explique et en systématise les caractères par l’ « insuffisance du contact vital ».

Nous trouverons les équivalents de ces notions, avec plus de rigueur dans leur attribution, dans l’examen des divers caractères (sur la cyclothymie, cf. ci-dessous, p. 152, et sur la schizothymie, cf. p. 237).

IX. — Les typologistes

Dans cette catégorie qui fait suite à la IVe et pourrait aussi comprendre quelques noms de la VIIe, nous mettons des caracté­rologues qui se sont de préférence attachés à la systématisation et se sont préoccupés de construire une classification des caractères peut être rudimentaire, mais couvrant toute l’étendue du domaine à répartir.

La première est celle qui nous semble devoir être mise au centre p.53 de ces travaux parce qu’elle en permet la systématisation : la classification à laquelle nous donnerons ordinairement le nom de classification de Groningue, parce qu’elle a été l’œuvre de deux professeurs de cette Université, l’un, un psychologue, celui qui a eu la plus grande part dans ce travail, Gérard Heymans et l’autre, un psychiatre, E. Wiersma.

Les documents recueillis par les deux chercheurs et qui forment encore la principale source d’information dont nous disposions leur ont été fournis par deux enquêtes, l’une, biographique, l’autre, plus proprement statistique.

Les résultats de l’enquête biographique, publiés par G. Heymans seul, sont contenus dans la Zeitschrift für angewandte Psychologie und psychologische Sammelforschung (dir. par Will. Stern et Otto Lipmann), 1er vol., 1908 (Leipzig, Barth) dans l’art. Ueber einige Korrelationen, pp. 313 381 ; l’enquête statistique portait sur l’héré­dité psychologique : ses résultats ont été publiés par G. Heymans et E. Wiersma dans la Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane (Leipzig, Barth), Ite Abt. dans la série d’articles intitulée Beiträge zur speziellen Psychologie auf Grund einer Massen­untersuchung : deux paragraphes, le 7e et le 8e, contenus dans le vol. 51, 1909, de la revue, rassemblent ce qui concerne les corréla­tions de l’activité, de l’émotivité et de la fonction secondaire et les types caractérologiques (pp. 1 72). Ces articles n’ont pas été pu­bliés en volume : cette circonstance a défavorisé la diffusion des documents et des conclusions des deux caractérologues.

Des articles en français ont été aussi publiés par G. Heymans :

Des Méthodes dans la psychologie spéciale (Année Psych., t. XVII, 1911) ;

La Classification des caractères (Revue du Mois, 10 mars 1911) ;

Le Siècle futur de la psychologie (Revue du Mois, 10 nov. 1912) ;

Résultats et avenir de la psychologie spéciale dans les Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, série III, t. II, pp. 475 495 (1915). p.54

La Psychologie des Femmes, de G. Heymans, avec une intro­duction relative à la classification des caractères, a été publiée en trad. fr. chez Alcan.

Les données relatives à la véracité sont reproduites dans l’ouvrage de R. LE SENNE, Le Mensonge et le caractère (Paris, Alcan, 1930, 348 pages).

L’enquête biographique a consisté à relever dans des biogra­phies les traits renseignant sur le caractère de cent dix personnes, de diverses nationalités et professions, et des deux sexes, soit des personnages historiques, soit des criminels. Les personnages étudiés ont été distribués dans les diverses catégories de la classification : nous utiliserons par la suite la plupart de ces résultats solidement appuyés.

Pour obtenir les résultats de l’enquête statistique, Heymans et Wiersma ont envoyé à trois mille médecins hollandais et allemands un questionnaire dont on trouvera la traduction française à la fin du présent ouvrage (Annexe, p. 637). Les destinataires de l’enquête étaient priés d’observer une famille, parents et enfants, et de répondre à leur sujet par oui ou par non aux différentes questions du questionnaire. Il s’agissait de reconnaître comment les dispositions des parents se répartissaient entre les enfants ; mais Heymans a utilisé ces réponses pour la psychologie différen­tielle des hommes et des femmes et la classification des caractères. On trouve tous les chiffres des réponses dans l’article de la Z. für Psych., pp. 9 23 : nous les utiliserons fréquemment mais sans ido­lâtrie car s’ils sont précieux comme indications, surtout quand ces indications s’accordent avec d’autres raisons, il n’est pas douteux que leur valeur en tant que corrélations est inégale suivant le nombre des cas recueillis et aussi la netteté des questions posées.

Les enquêteurs reçurent de leurs destinataires 2.523 fiches indi­viduelles (dont 439 de flegmatiques et 597 de passionnés). Après les avoir classées en huit paquets d’après les réponses portées par ces fiches aux questions caractéristiques de l’émotivité, de p.55 l’activité et de la fonction secondaire, ils ont fait le pourcentage des sujets de chaque caractère. possédant chacune des propriétés indiquées par le questionnaire. Ils constatent par exemple que parmi les sanguins on en trouve (question 29, 1°) 81,1 % « pratiques et inventifs ». Comme cette fréquence peut servir à mesurer le degré de la corrélation entre cette propriété et ce caractère, on peut dire que le sanguin typique, être de raison, est doué d’« es­prit pratique et inventif » au taux de 81,1 % et l’on pourra attri­buer ce taux à un sanguin vivant s’il se trouve coïncider avec ce sanguin théorique. Tout se passe comme si les forces qui favorisent ou défavorisent l’esprit pratique s’exerçaient chez le sanguin dans la proportion mesurée par le taux de 81,1 %.

Achille Delmas et M. Boll dans La Personnalité humaine (Paris, Flammarion, 1922), ont fondé leur classification sur une classification de pathologie mentale de manière à faire correspondre un type normal à un type morbide. D’après eux la personnalité innée comporterait cinq propriétés constitutionnelles, qui seraient l’avidité, la bonté, la sociabilité, l’activité, l’émotivité. De ces cinq propriétés, deux coïncident avec les propriétés congénitales de Heymans et les trois autres, avec des modes de la propriété supplémentaire égocentrisme allocentrisme.

Klages, dans ses Principes de la caractérologie (trad. fr. Paris, Alcan, 1930), fait une analyse très fouillée de la personnalité. La partie centrale en est constituée par une description de la structure du caractère comportant trois éléments : 1° la réactivité définie comme le rapport de l’énergie motrice d’une représentation de fin et de l’inhibition opposée à cette représentation par d’autres représentations, 2° l’affectivité et 3° le vouloir (Cf. un exposé de l’inventaire de Klages par W. Boven, Aperçu. etc., pp. 838 42.)

A côté de ces classifications de caractères il faut au moins signaler les classifications de tempéraments, telles que celles de

Di Giovanni, Viola, Pende, de type endocrinologique, oppo­sant sympathicotoniques et vagotoniques ; p.56

Sigaud (La Forme humaine, 1914), Thooris, Mac Auliffe (Les Tempéraments, 1926) : distinction des respiratoires, mus­culaires, digestifs et cérébraux, avec l’indication des types de visage appartenant à quatre tempéraments. Ces indications peuvent rendre des services accessoires : on y recourra à l’occasion.

Enfin on peut rapprocher de ces divers mouvements les travaux dont l’effet est de déterminer les principales directions maîtresses qui puissent être considérées comme essences des divers caractères. Ainsi Édouard Spranger dans Lebensformen. Geisteswissenschaft­liche Psychologie und Ethik der Persönlichkeit (6e édit., Max Niemeyer, Halle (Saale), 1927), dégage assez arbitrairement six Grundtypen idéaux de l’individualité : le théoricien, l’homme éco­nomique, l’homme esthétique, l’homme social, le Machtmensch c’est à dire l’homme qui veut le pouvoir et enfin l’homme religieux. Nous aborderons des considérations comparables quand, au delà de la caractérologie au sens strict, nous trouverons, au terme d’une anthropologie de la destinée personnelle, la visée de valeur comme résultante à la fois aimée et voulue de la personnalité.

CARACTÉROLOGIE GÉNÉRALE

15. p.57 Niveaux de la caractérologie. — Nous allons nous engager maintenant dans la description des caractères.

Pour donner toute satisfaction à l’esprit en conduisant jusqu’à la description aussi poussée que possible de l’individu, la caractéro­logie doit se mettre successivement à quatre étages :

a) le premier est celui de la caractérologie générale : elle a pour objet de reconnaître les propriétés fondamentales dont la composi­tion constitue la diversité des caractères et d’indiquer les critères au moyen desquels on peut déceler leur instance dans le caractère d’un homme donné. C’est donc une connaissance abstraite au sens du mot où l’abstraction indique l’impossibilité d’existence séparée ; et en effet chacune de ces propriétés fondamentales reste indéter­minée et ambiguë aussi longtemps qu’elle n’est pas considérée dans les complexes où elle doit être engagée c’est à dire en définitive dans les types caractérologiques ;

b) la composition des propriétés fondamentales est l’œuvre de la caractérologie spéciale qui étudie les types repères que la caracté­rologie a pour destination principale de définir. Ces types pour­raient être demandés à la composition de deux, trois, quatre pro­priétés fondamentales et de leurs contraires, ou davantage. Il y aurait 2n c’est à dire, suivant les cas, quatre, huit, seize caractères repères. Dans l’état actuel du savoir et en considération du fait que nous ne disposons comme documentation centrale que des résultats fournis par les enquêtes de Heymans et Wiersma, nous nous en tiendrons à huit caractères, c’est à dire à trois p.58 propriétés fondamentales que nous appellerons constitutives pour les distinguer de celles dont nous ferons provisoirement un usage accessoire ;

c) la caractérologie sérielle devra être, quand la caractérologie sera plus poussée, la caractérologie la plus usuelle : ce sera celle qui dégagera les séries homogènes variées et nombreuses, entre lesquelles les individus doivent se répartir en fonction des autres propriétés du caractère : nous ne pourrons ici qu’amorcer cette troisième section en connexion avec la seconde à laquelle elle servira d’illustration ;

d) enfin la caractérologie idiologique consiste dans l’ana­lyse et l’explication d’un individu au moyen des documents biographiques et des principes des trois étages inférieurs de la caractérologie.

Nous ne pourrons guère dans cet ouvrage nous occuper que de caractérologie générale et spéciale : des considérations de carac­térologie sérielle et individuelle seront éventuellement annexées à la seconde de ces sections.

16. Caractérologie générale. — Les propriétés fondamentales auxquelles est consacrée la caractérologie générale sont les pro­priétés indispensables à la détermination et la systématisation des caractères. Nous en distinguerons deux groupes :

seront appelées constitutives trois d’entre elles qui sont les trois propriétés le plus généralement reconnues par les caractérologues comme éléments des caractères : ce sont l’émotivité, l’activité et le retentissement des représentations. Elles serviront et serviront seules à la constitution des formules usuelles et à la fixation des types généralement courants.

Il y a en effet avantage : 1° à disposer ordinairement de for­mules qui ne soient pas trop compliquées de façon à ne pas alourdir à l’excès la pensée et le langage : elles doivent donc ne retenir que les traits les plus communs des caractères. Avec trois propriétés nous allons obtenir 3 caractères qui nous serviront de repères p.59 principaux par rapport auxquels nous pourrons distribuer les autres, si nombreux soient ils ou puissent ils devenir par approxi­mation progressive ;

2° à garder les types auxquels se rapporte le matériel statistique et biographique d’Heymans et Wiersma, non seulement parce qu’il constitue une des principales sources d’information de la caracté­rologie actuelle, mais aussi parce qu’il est préférable, pour assurer la continuité de la caractérologie, de prendre la suite des résultats déjà obtenus ;

3° enfin, c’est la raison majeure, à privilégier les propriétés qui ont été le plus généralement reconnues par la caractérologie.

Il restera, pour se mettre à même de serrer l’expérience de plus en plus, à ajouter, à ces trois propriétés constitutives, une liste, destinée à rester ouverte, de propriétés supplémentaires, comme l’ampleur du champ de conscience, l’intelligence analytique, etc., qui serviront à spécifier les caractères définis par les propriétés constitutives. Elles permettront de multiplier, en droit indéfini­ment, les variétés caractérologiques ; et à la limite les caractères deviendraient par leurs secours aussi nombreux que les individus, susceptibles en effet d’être considérés chacun comme une espèce. Par les propriétés constitutives la caractérologie assure sa généralité ; par les propriétés supplémentaires, sa docilité envers l’expérience.

17. Règles de méthode. — Dans la détermination et l’utilisation des propriétés fondamentales nous appliquerons cinq règles qu’il nous paraît utile d’énoncer :

règle d’objectivité : l’objectivité des propriétés fondamentales est suggérée par la fréquence avec laquelle, sous les mêmes noms ou des noms différents, elles sont reconnues et proposées par les divers caractérologues ; elle doit être confirmée par les explications et les comparaisons qu’elles fondent ;

règle de complication progressive : la définition des caractères doit intégrer d’abord une, puis deux, puis trois propriétés fonda­mentales, et ainsi de suite, et, à mesure que la détermination des p.60 caractères se précise par cette composition progressive, doivent apparaître des séries humaines de plus en plus concrètement définies et s’imposant aux esprits par l’évidence de leur originalité et de leur parenté ;

règle de fidélité : quand une donnée empirique, par exemple un acte humain, induite du spectacle des caractères vivants, sem­blera démentir une loi caractérologique déjà autorisée et consolidée, on évitera, autant que possible, de nier la loi mise ainsi en question et l’on essaiera d’abord d’expliquer et par suite de réduire, par l’intervention supplémentaire d’une condition non encore dégagée, le démenti apparent, de même que le chimiste rend raison d’une anomalie empirique en recherchant quelle impureté ou quelle circonstance exceptionnelle est venue troubler la production d’un effet attendu, par exemple la vérification expérimentale d’un nombre théorique. La caractérologie doit se garder du caprice qui remet à chaque instant en question les résultats déjà obtenus, parce qu’il ne pourrait engendrer que la confusion et le décourage­ment. Elle demande qu’on concilie la fidélité à l’acquis et le respect de l’expérience ;

règle de repérage : il n’est pas du tout nécessaire à la caracté­rologie qu’elle se propose pour idéal une systématisation telle qu’après avoir reconnu des genres dont la liste épuiserait le champ de l’expérience, elle engendrât tous les caractères. Elle n’a pas besoin de se fermer ; car, en restant ouverte, elle se met en état d’accueillir toute variété imprévue de l’homme. En conséquence les caractères qui seront présentés dans cet ouvrage ne doivent être tenus que pour des repères à l’entour et dans l’intervalle desquels les autres caractères viendront peu à peu se loger. Suivant cette perspective les hommes ne sont plus des unités nécessitées que des cadres préformés attendraient, ce sont des individus indépendants qui sont dispersés suivant leur originalité dans une galaxie, où seulement des points reconnus servent à définir les coordonnées indispensables à leur détermination ;

p.61 enfin 5° rappelons par la règle d’intuition qu’aucune détermina­tion intellectuelle ne dispense le caractérologue, et quiconque veut utiliser ses conclusions, de rassembler et fondre toutes celles qui servent au discernement et à l’intelligence d’un caractère dans une appréhension intuitive qui les comprenne chacune et toutes par leur unité intime. C’est cette intuition qui se déploie dans les dialectiques par lesquelles il nous est loisible de retrouver les mouvements qui, des principes d’un caractère, tirent et déploient la constellation de ses expressions, les traits de ses conduites.

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