Note css : a signaler que l’ouvrage de René Le Senne a fait l’objet en 2002 d’un mémoire de Xavier Leleu, étudiant à l’Université de Lille III, disponible sur internet sous le titre








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mais on voit par une autre donnée que ce privilège indésirable des secondaires n’intervient plus guère quand il ne s’agit plus de partis plus profonds, mais de rabâchages superficiels :




Moy. des P

Moy. des S

q. 38, répéter les mêmes histoires

14,9

15,9

On peut penser que dans ce cas le rétrécissement, p.112 indépendamment du retentissement, contribue avec l’inactivité à favoriser ces redites :




Moy. des non-A

Moy. des A

q. 38, répéter les mêmes histoires

17,3

13,5

Ces indications suffisent à la description d’une propriété sup­plémentaire dont nous ne ferons intervenir la considération qu’exceptionnellement et dans des cas extrêmes. Elles se précise­ront ici et là par les applications qui en seront tentées. Nous ne ferons donc plus que ramasser dans deux portraits sommaires, celui d’un homme étroit à l’extrême et que nous supposerons flegmatique pour écarter l’influence perturbatrice de l’émotivité sans trop affaiblir son caractère et d’un large que nous supposerons nerveux parce que l’inactivité et la suppression du contrôle secondaire rend la largeur du champ de conscience plus sensible aux observateurs.

Appelons Stenos ce flegmatique étroit que nous ne présentons pas comme une personne réelle, mais comme un personnage sym­bolique où sont rassemblés quelques uns des traits principaux de la conscience étroite. — Stenos vu dans la rue s’avance sans caprice ni flottement. Il paraît à demi absorbé dans une méditation qui doit être celle d’une idée abstraite, car il n’a guère d’intérêt pour la vie intérieure. Il ne voit que ce qui est indispensable et même essentiel pour son action actuelle car il ne s’aperçoit d’ordi­naire qu’avec quelques mois de retard des changements survenus dans son quartier. Même s’il a à lire quelque avis, par exemple un tableau des heures de départ des trains, il n’aperçoit pas les renvois qui pourtant précisent les conditions d’application des indications données. Il est mentalement myope. Aussi pour lui parler faut il prendre soin d’attirer son attention et de se mettre dans l’axe du tube par lequel il semble communiquer avec le monde extérieur. Ce qu’il retient le mieux ce sont des données objectives.

p.113 Comme il faut pour sympathiser saisir beaucoup de détails de l’attitude et du visage, il sympathise rarement avec l’interlo­cuteur. Stenos a établi sa vie sur quelques principes simples qu’il ne met jamais en question. Dans la conversation il ramène douce­ment mais obstinément ce qu’on lui dit à ce qu’il pensait aupara­vant. Le rétrécissement de la conscience protège et ici renforce la secondarité. Elle rend l’activité régulière, méthodique, mais pauvre de contenu et de renouvellement.

Euryse au contraire que nous supposons émotive, sans seconda­rité accentuée, plus ou moins inactive et à champ de conscience très large, est dans une condition générale de réceptivité à l’univers qu’elle agrée d’emblée et sans analyse. Elle l’éprouve ; mais elle ne le pense pas. Pour elle l’existence s’oppose de prime abord et définitivement à la réflexion ; ce n’est pas un étalage étiqueté, c’est un bouquet et plus exactement le parfum de ce bouquet. Aussi s’avance t elle généralement en flânant, d’un air à demi absent, préférant une route ondulante de campagne à une rue rectiligne de ville, cueillant ici ou là une fleur, un détail du paysage, une impression, exprimant des goûts, non des idées. Elle fait de même au cours de la vie, ne recourant au jugement que pour exprimer un amour ou une antipathie, prête à chaque instant à se laisser saisir par l’émotion d’un autre si elle s’accorde avec ses tendances profondes. Euryse agit peu, aide peu sinon ceux qu’elle aime du fond d’elle même ; mais elle est sans âpreté, sans attache­ment à ce qu’elle possède et sa sincérité est transparente. Elle est faite pour la poésie, mais n’en écrira pas ; car elle est plus apte à l’éprouver qu’à entreprendre tout le travail d’ajustement intellec­tuel qu’exigent même des plus inspirés la rédaction d’un poème et le bon usage des mots. Elle n’est guère propre à la vie pratique, s’en acquittant adroitement quand il le faut, mais ne s’y plaisant pas et par suite ne la recherchant pas. L’attention à la vie ne retient ni le flegmatique étroit de tout à l’heure, ni la nerveuse large de maintenant ; elle est sans doute le privilège de l’homme dont le p.114 caractère évite tous les excès, à commencer par celui de l’étroitesse ou de l’ampleur de la conscience.

41. Signification philosophique de lampleur du champ de conscience. — Avec l’émotivité et l’activité d’une part et d’autre part le retentissement sont intervenues les aptitudes du moi rela­tives aux deux dimensions de l’espace (rapport de l’objet au sujet) et du temps (rapport du présent au passé, et consécutivement à l’avenir). On peut dire de l’ampleur du champ de conscience qu’elle mesure le rapport du moi en tant que sujet conscient et volontaire au moi en tant qu’il contient toutes les représentations actuelles ou possibles, ou, pour parler plus brièvement, le rapport de la conscience à l’esprit.

II

42. Intelligence analytique. — Il n’y a pas de mot susceptible de plus de sens que celui d’intelligence ; il n’y a rien de plus important pour un homme que d’être doué ou dénué d’intelligence, ou plutôt d’être plus ou moins intelligent. Il faut donc insérer cette notion parmi les propriétés caractérologiques en déterminant avec quelle acception.

G. Heymans a tenté dans la Psych. des Femmes (trad. fr.), pp. 99 107, l’inventaire des éléments constitutifs de l’intelligence en vue de faire entrer la notion dans la psychologie différentielle. D’après cette analyse l’homme intelligent serait « celui qui parvient plus vite ou mieux que d’autres à des vues justes » (p. 99). Pour que ce résultat soit atteint, trois conditions seraient requises : il faut que l’on possède assez de données, ce qui suppose 1° un intérêt assez fort et 2° une imagination en exercice ; enfin 3° il faut qu’une secondarité étendue mette ces données à notre disposition. L’intérêt suffisant manque aux gens intelligents dont on regrette qu’ils n’aient pas appliqué leur intelligence à des questions importantes avec la force convenable ; l’imagination fait défaut à lérudit appliqué qui ne s’est pas élevé au dessus de l’érudition pure ; enfin une secondarité ordonnée et riche, aux incohérents ou au contraire aux systématiques qui restent les esclaves de systèmes pauvres.

Ce schème a le tort de restreindre l’extension de la notion d’intelligence à une forme d’intelligence plus au moins localisée dans la méditation d’un p.115 problème théorique et pratique, mais bien défini. Nous jugeons préférable, dans ce qui suit de préciser la notion d’intelligence en retenant le caractère général et médiateur de toute intelligence, son caractère analytique. Ce trait nous paraît indépendant des autres propriétés fondamentales, qui doivent fournir ce qui s’ajoute à l’analyse pour constituer les modes indéfini­ment variés de l’intelligence.

L’emploi de la notion d’intelligence dans ses multiples accep­tions nous paraît envelopper deux composantes :

  1. L’une est une pure appréciation de valeur : non seulement l’homme le plus intel­ligent réussit ce que n’a pu faire ou penser l’homme le moins intelligent mais ce qu’il réussit est un bien, une fin souhaitable, quelque chose que nous jugeons valoir. Or de la valeur nous devons ici nous désintéresser, au moins jusqu’à la fin de cet ouvrage.

  2. Passons donc à l’autre composante. D’après celle ci l’intelligence est autre que l’instinct, le sentiment, la spontanéité. Elle suppose la réflexion, l’abstraction et par conséquent l’analyse, et ses pro­duits. L’homme intelligent est d’abord celui qui a su dégager quelque idée qui manquait et qui même dans une certaine mesure a su en poursuivre l’élaboration. Tantôt cette idée est une idée profonde, un principe, qui permet la systématisation de beaucoup de faits ; tantôt une idée particulière qui assure la domination de l’esprit sur une certaine région de l’expérience ; tantôt des idées en grand nombre qui, indépendamment de toute application, donnent à l’esprit le sentiment de sa liberté créatrice. Dans tous les cas l’intelligence suppose quelque analyse, furtive ou laborieuse.

C’est donc par ce second caractère que pour un usage caracté­rologique nous allons définir l’intelligence. Intelligence signifiera dans ce qui suit capacité de réflexion analytique : c’est l’intelligence théorique, à l’état naissant ou développé, quelque emploi qui lui soit donné ultérieurement ; c’est l’intelligence au premier degré et susceptible de servir de moyen à la grande intelligence qui, mettant la réflexion analytique au service des ambitions les plus liantes et les plus nobles de la vie, suppose autre chose que l’intel­ligence : la puissance du sentiment ou une activité infatigable p.116 ou la persévérance dans la systématisation. L’intelligence comme nous l’entendons ici est l’intelligence qui fait l’intellectuel, quand il est intelligent c’est à dire plus qu’un conservateur de connais­sances acquises et répétées, mais qui le fait même dans d’autres situations que celles auxquelles prédispose la pensée purement théorique. Notre notion de l’intelligence ne considère celle ci que techniquement : c’est l’aptitude à se comporter à un plus ou moins haut degré comme un théoricien. Il va de soi que de cette aptitude tel sujet pourra user peu, tel autre mésuser, tel autre enfin faire un usage magnifique. Mais la présence du symbole I dans la formule caractérologique d’un homme ne promet rien de si haut, elle signi­fie seulement qu’il y avait en lui la tendance à ce dédoublement par lequel l’objet et lui-même devenant un autre objet se réitèrent plus ou moins fidèlement dans une connaissance abstraite de l’objet et de soi.

L’aptitude à analyser entraîne la possibilité d’établir des rapprochements entre événements lointains, difficiles, originaux. En tant qu’analytique l’intelligence est aussi, mais de manière dérivée et parfois sommaire, synthétique. Par là notre notion minimale rejoint la notion maximale de l’intelligence pratique. Encore faudra t il que les autres dispositions du caractère inter­viennent pour animer l’intelligence, faire rendre au penchant à la réflexion analytique tout ce qu’il est susceptible de rendre. L’activité est indispensable pour que l’esprit soit apte à chercher, à entreprendre, ait une initiative intellectuelle en rapport avec son initiative pratique. L’émotivité favorise, grossit les intérêts sans lesquels aucune recherche ne peut être poursuivie et sera d’autant plus féconde qu’elle sera menée plus loin. La primarité tourne l’intelligence vers le présent ; mais la secondarité l’arme d’une multitude de souvenirs plus ou moins éloignés. Enfin si l’étroitesse du champ de conscience sert la concentration de l’intel­ligence, sa largeur ouvre devant elle de nombreuses possibilités. Il se trouve ainsi que l’intelligence, une fois qu’elle est emplie p.117 de sa matière, exprime le caractère entier du moi ; mais, formelle­ment, en tant qu’intelligence pure, elle n’est que le pouvoir d’abstraire, de dégager, à part des autres aspects de l’expérience, les éléments intellectuels, concepts, principes, méthodes, rapports dont l’esprit pourra ultérieurement faire un usage explicite. L’in­telligence doit agir comme un multiplicateur du caractère. Par les idées qu’elle donne elle médiatise l’apparition de pouvoirs nou­veaux. Au lieu d’avoir un objet l’esprit en aura d’abord deux, l’objet et son idée, puis indéfiniment d’autres. Cette circonstance entraîne la conséquence que l’intelligence en servant l’essor et l’importance de l’individu doit puissamment contribuer à le rendre historique. La méthode biographique porte et portera donc souvent, les criminels à part, et encore ! sur des hommes intelligents. Elle rendra donc le service de fournir des expériences grossies et déve­loppées à l’observation du caractérologue ; mais cela entraînera la conséquence que, pour en appliquer les conclusions à la connais­sance des hommes sans aucune notoriété et sans raisons d’en avoir une, par lesquels nous sommes entourés, il faudra leur imposer un certain coefficient d’atténuation.

— Nous nous en tiendrons ici à ces indications, mais elles restent très sommaires et il est évident que la décomposition de l’intelligence en diverses fonctions qui doivent être inégalement réparties entre les hommes sera une tâche essentielle de la caracté­rologie ultérieure. Par anticipation sur ces recherches on peut esquisser une première subdivision suivant laquelle l’intelligence analytique devrait se départager en deux dispositions : La tendance à chercher lidentique qui peut se satisfaire par une décomposition de termes en éléments, ou par la réduction d’un ou de plusieurs termes à un autre, ou par la découverte, au delà des termes donnés, d’un troisième terme qui en soit l’essence ou l’origine commune ; et la tendance à avérer des différences qui aboutit à la multiplication des concepts et même déjà des expériences. La prédominance de la première sur la seconde fait des esprits logiques, spéculatifs, p.118 explicatifs, systématisant par des principes, des esprits aptes à dégager des essences, à voir l’important, à saisir les grandes lignes des choses et de l’action, par conséquent des esprits intellectuellement plus forts que fins ; la prédominance opposée doit faire au contraire des esprits affinés, pluralistes, choqués par l’assimilation d’objets que des différences plus ou moins délicates distinguent. Mais des esprits peuvent disposer des deux tendances : ils restent alors systé­matiques par la découverte des principes et des lois qui constituent la structure identique des choses, mais, à cause de l’aptitude à la différenciation, ils évitent l’inconvénient grave des systèmes pauvres, dont l’effet est de désadapter, par rapport au réel, l’action de ceux qui s’y fient sans les assouplir c’est à dire sans souci des différences.

III

43. Égocentrisme et allocentrisme. — Par ces mots souvent voisins de ceux d’égoïsme et d’altruisme, nous entendons un couple de dispositions opposées qui non seulement sont familières, serait ce de manière confuse, à la pensée commune, mais ont été pressenties, éventuellement dégagées par la réflexion caractérologique. Voici en quoi elles consistent. La conscience d’un homme a deux pôles. Elle est à la fois le moi et autrui. Tantôt elle met le moi au centre de sa vision et de sa sensibilité : elle est alors égocentrique et on la dira égoïste si l’on traduit cette propriété dans un langage moral ; pour la conscience égocentrique, autrui n’est qu’un objet, vu du moi comme les choses. Tantôt au contraire la conscience d’un homme l’identifie avec un autre et, autant que possible, il se renonce en lui, ne se voyant plus soi-même que du point de vue de l’autre, dont les idées, les sentiments, les intentions sont alors adoptés par le moi de manière à lui devenir miens. En fait, durant toute la vie, nous oscillons d’un pôle à l’autre : il n’y a pas d’homme si dépourvu de sympathie, si égoïste qu’il ne doive à quelque moment « se mettre à la place d’autrui » : même le cruel le fait : mais d’autre p.119 part il n’y a pas de saint qui ne revienne en soi, ne serait ce que pour sentir qu’il doit en sortir et qu’il en sort. Coriolan a été tour à tour le chef et l’ennemi des Romains ; nous sommes chacun nous-­même contre les autres et un autre contre nous même.

Mais ici encore il faut reconnaître des différences de degré et entrer par là dans la psychologie différentielle. La caractérologie ne fait qu’accentuer et fixer, considérer en ordre les termes d’op­positions immanentes à la dialectique intérieure de l’esprit afin de déployer la connaissance de l’homme dans la connaissance des hommes. Puisque l’homme en général circule du sentiment de soi au sentiment d’autrui, il doit y avoir des hommes chez qui le premier prévaut sur le second et d’autres chez qui se rencontre le primat inverse. On peut dire les premiers égocentriques (Eg), en signifiant par là qu’ils deviennent incapables d’abandonner la place, le centre de vision et d’action que leur situation leur impose ; ils sont enfermés en eux mêmes, ne peuvent s’abstraire des besoins enracinés dans leur nature propre. Les seconds sont au contraire allocentriques (nEg) en ce que la sympathie les aliène à eux mêmes, les transporte dans la situation d’autrui, les fait s’oublier eux-­mêmes dans les autres, soit en général comme dans le cas du patrio­tisme, soit en particulier, comme dans un enfant, un amant, un ami, une personne misérable.

Ce qu’il faut préciser, ce par quoi les deux notions caractéro­logiques d’égocentrisme et d’allocentrisme se distinguent des deux notions courantes d’égoïsme et d’altruisme, c’est la circonstance que, dans l’emploi caractérologique du mot, l’homme dit égocen­trique peut être désintéressé. Si par exemple il consacre sa vie à l’ambition, cette ambition peut entraîner le sacrifice de lui-même ; il reste pourtant égocentrique si cette ambition par laquelle il s’impose aux autres en raison d’une cause commune, entraîne l’omission de toute considération, issue d’une imagination allo­centrique, de la manière dont les autres ressentent son action ou la jugent. Inversement l’allocentrique peut devenir égoïste p.120 sans cesser d’être allocentrique, si par exemple il s’aperçoit que son allocentrisme lui concilie la connaissance ou même la sympathie des autres et en profite pour les subordonner à ses desseins les plus utilitaires. Même dans ce cas il reste allocentrique en tant que la sympathie qui le transplante en autrui est par elle même antérieure à tout calcul et à toute réaction volontaire et persiste en lui au sein de l’usage égoïste qu’il en fait, qu’éventuellement elle peut l’entraîner à des actes désintéressés. Bref nous sommes ici dans le domaine de la spontanéité, du premier jet, plus bas que la volonté expresse, dans la nature, avant la moralité.

C’est peut être avec Häberlin qu’il faudrait réfléchir sur l’opposition entre la tendance à s’imposer aux autres en se prenant pour le centre du monde et la tendance à se syntoniser avec eux. L’homme est pour lui le mixte de deux tendances primordiales, la Selbstbehautptungstendenz, la tendance à l’affirmation de soi, qui finit par s’accomplir dans la volonté d’être soi et la Selbstveränderungstendenz, la tendance à la modification de soi-même qui aboutit dans la volonté de fusion, de communion, d’identification avec l’autre que soi.

L’ouvrage d’Häberlin est Der Charakter (Kober, Bâle, 1925). On trouvera un exposé des idées de l’auteur dans l’Aperçu .... de W. Bowen, Journal de Psychologie norm. et pathol.,  15 nov. 15 déc. 1930, pp. 842 44.

Chez les actifs, l’égocentrisme. en s’unissant à l’activité, devient compa­rable à ce qui est appelé avidité dans la classification de Delmas Boll.

Il faut répéter que pour cette propriété fondamentale, comme pour les autres oppositions, nous n’avons affaire qu’à une opposi­tion relative par le degré. Tout homme est inégalement égocen­trique et allocentrique : le saint cherche en même temps le renonce­ment et son salut, le héros poursuit la défaite de l’ennemi et se réjouit de sa propre victoire, le savant cherche la vérité et il en escompte la satisfaction de son intelligence. Inversement le vaniteux, l’orgueilleux se soumettent au jugement des autres pour en recevoir éventuellement louanges, pouvoir, admiration, obéis­sance, si bien qu’on se demande souvent si l’orgueil est de l’humi­lité ou l’humilité de l’orgueil, la vanité un esclavage, ou le désir de la popularité le commencement d’une escroquerie.

p.121 Si pourtant tout homme est à la fois égocentrique et allocen­trique, les différents hommes le sont également ou inégalement et des effets divers et souvent opposés résultent de ces diffé­rences. — Chez l’homme moyen, de ce point de vue égocentrisme et allocentrisme se juxtaposent à égalité et il manifeste tantôt l’un, tantôt l’autre. Il n’en est plus de même chez l’homme en qui une propriété prévaut sur l’autre. Quand l’égocentrisme l’emporte, l’allocentrisme, dans la mesure où il persiste, devient un moyen de l’égocentrisme. Ce qu’un homme ressent de sympathie immédiate pour un autre lui sert à le connaître pour se le subordonner. L’exemple frappant de ce cas est celui du cruel qui a assez de sympathie pour suivre et épouser les sentiments de celui qu’il fait souffrir, mais ne sympathise avec lui que pour en faire le moyen d’un jeu odieux. Inversement il faut bien que l’allocentrique, s’il veut servir ceux qu’il aime, dont les émotions le mènent, mange, boive, gagne de l’argent, conquière plus ou moins de pouvoir puisque sans ces moyens il ne pourrait rien faire pour sa patrie, pour les siens, aider les misérables, améliorer la société comme il le croit convenable. On voit encore ici comment la modification d’un rapport quantitatif peut renverser du tout au tout la valeur d’une qualité. Ces deux considérations de quantité et de qualité permettent néanmoins de marquer la prévalence d’une propriété sur l’autre et l’on pourra exprimer leur rapport relativement ou absolument en disant d’un homme tantôt qu’il est plus allocen­trique qu’égocentrique (ou l’inverse), tantôt simplement qu’il est allocentrique, ou, en limitant ce mot à son sens caractérologique, altruiste, tantôt qu’il est égocentrique, ou, avec la même réserve, égoïste.

La distinction de l’égocentrisme et de l’allocentrisme est importante en caractérologie ; mais elle le devient plus encore dans l’intercaractérologie. Il est vraisemblable que l’affinité sociale, indispensable à la perpétuité de certains groupes sociaux, mortelle pour d’autres par la concurrence qu’elle institue entre sous groupes p.122 trop solides, dont le conflit finit par dissoudre les groupes supé­rieurs, se résout, comme il arrive dans le groupe le plus primitif, la famille, dans des rapports d’identité et de complémentarité parmi lesquels le plus grand rôle doit appartenir à l’opposition entre le besoin mâle de conquérir et le besoin femelle de se faire conquérir, et par suite entre l’égoïsme et l’altruisme. A tout groupe il faut des chefs ; à tout chef des hommes qui le suivent. La direc­tion de leur association est fondée sans doute sur une visée com­mune, une peur ou une ambition, d’ordinaire les deux ; mais cette direction n’engendrerait qu’une association homogène si une diffé­renciation, issue de l’opposition entre commander et obéir, donner et recevoir, etc., ne venait en permettre l’organisation, comme elle permet la coopération permanente des sexes dans l’histoire biolo­gique et sociale de l’humanité. C’est dans ce sens que va l’hypo­thèse, rappelée ci-dessus, de Weininger sur la masculinité et la féminité relatives de tout homme et de toute femme : elle permet d’étendre l’opposition sexuelle au delà du domaine de la différen­ciation proprement fonctionnelle des sexes. Tout se passe alors comme si M et F n’étaient que des déterminations d’Eg et de nEg.

IV

44. Prédominance de certaines tendances. — Les deux notions de tendance et d’émotivité ne doivent pas être confondues. L’émotivité peut s’adjoindre à une tendance ; mais une tendance peut être déjà, préalablement, forte ou faible par elle même. Il n’est pas nécessaire qu’un homme soit émotif pour avoir soif après une longue marche au soleil, qu’une femme soit émotive pour aimer son enfant. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la soif du premier, l’amour de la seconde se manifesteront sous d’autres modes que s’ils étaient, celui-là émotif, celle ci froide.

Ce qui vient d’être dit sur le rapport des tendances à l’émotivité vaut pour le rapport des tendances aux autres propriétés p.123 fondamentales. Celles ci peuvent favoriser ou défavoriser, ce qui ne veut pas dire seulement accroître ou diminuer, une tendance. Celle ci a pour ainsi dire sa force propre. Supposons qu’elle soit égale à 2, chez Pierre, un actif, et à 1, chez Paul, un inactif et que l’activité favorise cette tendance proportionnellement à un coefficient égal à 2, la tendance ainsi favorisée devient quatre fois plus forte chez Pierre que chez Paul. Mais si c’était l’inactivité qui possédât cette influence, il se trouverait qu’alors la tendance, en elle même deux fois plus forte chez Pierre que chez Paul, produirait en définitive des effets équivalents chez les deux par le concours de l’inactivité qui compenserait l’infériorité première de Paul sous ce rapport.

Nous trouvons ici une première application de la notion de compensation, dont l’importance est si grande en caractérologie spéciale. De même que le paralytique compense son incapacité à se déplacer en utilisant une petite voiture mue par le mouvement du bras ou un moteur, chaque caractère, souffrant du défaut (ou de l’excès) de certaines dispositions congénitales, cherche à compen­ser ces dispositions par l’usage de certaines autres. Ainsi l’inactif, par l’émotivité, s’il en est doué, quand il cherche en se faisant émouvoir à se faire lancer à l’action.

Ces remarques générales une fois faites, il est évident que la détermination des tendances, et surtout des tendances prédomi­nantes chez un homme ou une femme constitue une section impor­tante de la détermination de leur caractère. Dans cette prédomi­nance peut être incluse l’action spéciale de conditions organiques, agissant de façon permanente chez lui pour la susciter. C’est dans le domaine des tendances que l’atomisme des fonctions corporelles trouve son champ d’application ; mais, comme il s’ajoute à une unification structurelle venue d’en haut, de l’équilibre entre toutes les fonctions, bref du caractère, il en résulte que la vérité complète est un mixte datomisme fonctionnel et dindividualité. D’un certain point de vue, celui du physiologiste, l’étude de la tendance dépend du corps ; d’un autre, celui du caractérologue, c’est le caractère p.124 qui définit son importance pour l’individu. Ainsi la sexualité d’un homme dépend des sécrétions sexuelles et de toute l’organisation destinée à assurer la fonction génitale ; mais forte ou faible elle peut prendre dans la vie de l’individu des importances inégales car tombant dans un caractère comme celui de Casanova, elle a fait son libertinage de mœurs, au contraire masquée par une forte seconda­rité, elle doit donner lieu à une passion secrète, ou se déguiser.

On pourrait être ici tenté d’esquisser une classification des ten­dances. Beaucoup ont été faites. Ce travail ne nous paraît pas indispensable : il nous suffira, provisoirement au moins, d’alléguer une de ces tendances quand un fait nous l’imposera. En outre ces classifications sont souvent faites avec l’arrière pensée d’épuiser l’expérience psychologique. Puisque nous n’avons ici affaire qu’à une propriété supplémentaire, nous n’avons pas à considérer la liste des tendances comme fermée ; nous devons au contraire réserver leur place éventuelle à des tendances qui n’eussent pas encore été reconnues et nommées.

V

45. Modes de structure. — A ces propriétés nous ajouterons comme la dernière de cette liste provisoire, la détermination de certains modes de structure que l’on peut considérer comme des spécifications de la secondarité, de laquelle tous les hommes participent peu ou prou, puisque être primaire, ce n’est qu’être moins secondaire.

En gros, quand on traite de la fonction secondaire des représen­tations, on la considère en elle même, abstraitement et par suite on est enclin à considérer cette secondarité à l’état de vide et en conséquence comme homogène ; et, par une nouvelle conséquence, à y rendre raison de toute hétérogénéité par une action l’affectant : par exemple si une représentation passée manifeste une force singulière parmi les autres dans le cours de la vie ultérieure du sujet, p.125 on l’explique soit par la nature propre de la représentation, soit par sa connexion avec l’émotivité, à cause de laquelle son inter­vention dans la vie mentale a eu le caractère d’un traumatisme, soit par le concours d’une tendance profonde. Toutes les réponses de ce genre peuvent avoir leur raison ; mais elles présupposent toujours l’homogénéité de la fonction secondaire : ce serait unique­ment pour des causes extérieures à elle qu’elle serait déformée.

Or on peut douter de l’exactitude de ce postulat. L’expérience de certains esprits, plus que celle des autres et, pour une analyse plus poussée, l’expérience de tous les esprits montre que l’esprit d’un homme n’est jamais équivalent suivant toutes les directions, qu’il est anisotropique. C’est un fait très courant que, suivant certaines directions, un homme peut être très facile à convaincre : le dehors y entre « comme dans du beurre » ; et suivant d’autres il est imperméable à toute argumentation. Comme un terrain est ici rocheux, là friable. Sans doute se donne t on des raisons de cette anisotropie. Mais ces raisons paraissent souvent proposées et acceptées pour les besoins de la cause, choisies exprès pour liquider l’anomalie à expliquer. En outre seraient elles fondées, et elles le sont le plus souvent aussi, constituent elles une explication suffisante ? Si un cristal paraît plus facile à briser suivant certaine de ses dimensions, ce peut être parce qu’une force supérieure agit sur lui dans cette direction, mais c’est aussi et d’abord parce qu’il y a des lignes de clivage. De même si l’esprit de certains hommes nous paraît fortement et arbitrairement rebelle à certaines actions, notamment intellectuelles, dont ils pourraient évidemment tirer avantage, il doit y avoir quelque raison de cette étrangeté dans la nature des actions mêmes, mais aussi dans celle de leur esprit, plus précisément dans la manière dont leur secondarité réfracte les impressions reçues : il faut dire « la secondarité », puisque souvent cette réfraction se consolide et s’aggrave avec le temps.

Dans certains cas cette anisotropie mentale est réductible à d’autres propriétés du caractère. Une des causes les plus graves de p.126 ces anfractuosités mentales, qui ont toujours la forme de partis pris, est l’étroitesse du champ de conscience qui doit, en même temps qu’elle privilégie certaines représentations, éliminer les autres. Il ne peut pas ne pas en résulter un désordre ultérieur de la structure acquise. — En outre il est toujours vrai qu’un caractère, comme nous le verrons, prédispose à certaines prédilections mentales, un flegmatique est préparé à préférer les raisons logiques, un émotif à assurer la prédominance aux raisons du cœur, à moins que, en raison d’éléments plus particuliers de sa formule qui lui fassent aimer le scandale, il n’y surajoute le cynisme. On pourra donc tenter les réductions possibles de toute unilatéralité de la sensibilité et de la pensée, on devra même les pousser autant qu’il sera pos­sible. S’il arrive cependant que les faits résistent à ces efforts de réduction, on n’hésitera plus alors à admettre une certaine hété­rogénéité du champ mental en rapport avec la fonction secondaire des représentations.

Nous allons ainsi esquisser, pour les avoir à notre disposition quand l’expérience semblera nous en imposer l’emploi, cinq modes de la structure secondaire dont il est aisé de voir qu’ils indiquent les divers degrés auxquels peut aboutir un effort de systématisation qui, à l’intérieur d’un esprit fini et livré au temps, ne peut devenir total :

1° Le premier doit être le zéro de systématisation, labsence de structure. On peut s’en approcher sans l’atteindre. A cette limite serait la liquéfaction mentale, un esprit fondu dans lequel aucun concept ne pourrait servir à en unifier d’autres. S’en approchent des intelligences confuses, de peu de stabilité, prêtes à abdiquer toute représentation rencontrée, le scepticisme comme le reste.

2° Au dessus est la condition au moins la plus apparente de l’esprit humain, sinon la plus commune, ce que nous appellerons la sporadicité de l’esprit. Celui-ci est capable de systématiser ; mais il dispose d’un grand nombre de centres de systématisation. Il a un appareil abondant de concepts premiers et les autres sont p.127 les éléments de leur compréhension ou de leur import. Ils sont dans son esprit comme des outils dans un atelier. C’est un pluralisme.

3° L’esprit scientifique ou, philosophique commence à l’étage au dessus, que nous appellerons celui de la séjonctivité : c’est à cet étage que l’anisotropie mentale est apparente. L’esprit fait effort pour réduire l’immense mobilité des concepts disjoints et pour s’élever à des systématisations supérieures aux données empiriques. Mais de cet effort encore résultent, non un, mais des systèmes qui restent dans l’esprit comme des mondes capables d’interférer, mais incapables de se réduire l’un à l’autre ou de se construire dans un système supérieur qui conférerait à tous les autres leur intelligibilité. Il y a séjonction entre eux dans un ensemble polysystématique qui est l’esprit lui-même, ainsi condamné à la séjonctivité. Si une action respecte les lignes dont cette séjonctivité permet le parcours, elle est admise par l’esprit ; si elle essaie au contraire de prendre à la traverse, elle est arrêtée par une résistance infranchissable. L’esprit est clivé.

4° Au dessus il ne devrait y avoir que ce degré de systématisa­tion auquel atteint l’effort philosophique le plus vaste et le plus poussé dont un esprit humain est capable s’il ne se trouvait des consciences, notamment des consciences larges à l’intérieur des­quelles peuvent se distinguer deux niveaux. — L’un, le plus pro­fond d’un esprit, est subconscient ; il contient un système centré de directions qui forme le squelette de cet esprit, mais ce système reste comme sous jacent à son activité et, au niveau supérieur, celui de la conscience claire, la contingence ou au moins la sou­plesse de la vie mentale est conservée. Cela fait des intelligences dures, difficiles à dévier de leur voie propre, mais en même temps ouvertes et accueillantes, à la façon de celle de Bergson qui ne lâchait rien de ce qu’il avait de bonnes raisons d’admettre, mais cherchait toujours à le concilier avec tout ce qu’on lui présentait ou qui se présentait à lui. Dans ce cas la systématisation est faite ou plutôt toujours en train de se faire ou de se parfaire : mais elle p.128 reste comme immergée. Au lieu de se révéler par une structure sèche et rigoureuse, proprement analytique, elle demeure assez floue, plus indiquée que dessinée, mais peut être non moins impé­rieuse qu’une systématisation plus conceptualisée.

5° Au terme supérieur doit se trouver l’esprit le plus rationalisé possible, si l’on veut Spinoza ou Hegel. Les systèmes séjonetifs de tout à l’heure perdent leur indépendance et par suite leur individualité séparée. Des directions les relient et les confondent en un seul réseau. Les termes, les concepts isolés deviennent des carrefours de relations. Ce qui ne peut entrer dans leur construc­tion est éliminé comme contingent.

Ici s’arrête notre inventaire des propriétés fondamentales, constitutives et supplémentaires, du caractère. Nous avons à voir maintenant si par le concours de ces éléments notionnels il est possible de systématiser, sinon tous les faits de l’expérience caracté­rologique de l’homme, du moins un nombre important et croissant d’entre eux de manière à construire des portraits ressemblants, suggérant le sentiment de leur réalité à ceux qui ont rencontré les originaux dans la vie et la littérature.

Mais avant de quitter la caractérologie générale il convient de marquer, comme transition entre celle ci et l’étude des caractères, que l’interprétation concrète des propriétés fondamentales, consti­tutives ou supplémentaires, exige qu’on les considère non seulement chacune en elle même, mais aussi toutes dans leur connexion avec les autres. Pour le montrer sur un exemple, voici l’inactivité : elle doit avoir toujours les effets propres qui permettent de la définir et de la déceler ; mais il n’en sera pas de même pour l’indi­vidu suivant que ces effets se manifesteront seuls ou qu’ils se ren­contreront avec ceux de telle ou telle autre propriété. Avec le même taux intrinsèque d’inactivité caractérologique deux hommes pourront manifester une inactivité de fait, visible, très inégale car il pourra se faire que l’inactivité de l’un, par exemple un p.129 apathique, ne soit pas compensée par l’émotivité, même qu’elle soit aggravée par la largeur du champ de conscience ; tandis que chez l’autre, sentimental étroit, l’émotivité intervienne pour le rendre très sensible aux excitations éventuelles, et l’étroitesse de la conscience, pour accroître l’influence de cette émotivité en la concentrant sur un but unique. De façon générale il y aura toujours une grande différence entre les effets d’une propriété considérée ou s’exerçant isolément et ceux de la même propriété aggravée ou compensée par certains effets des autres propriétés associées à elle dans le même caractère. C’est précisément cette différence que nous ouvrirons quand nous passerons de la considération du caractère à celle de la personnalité, et enfin de la destinée concrète d’un homme.

CARACTÉROLOGIE SPÉCIALE

46. p.130 Quand la caractérologie générale a déterminé les propriétés fondamentales qui doivent servir à la définition des caractères, c’est à la caractérologie spéciale qu’il appartient de les composer et d’étudier les types qui résultent de cette composition. Nous rappelons que ces types ne sont que des repères en fonction desquels nous nous approcherons ultérieurement de la description des individus.

D’après la distinction des propriétés constitutives et des pro­priétés supplémentaires, cette composition doit se faire en deux temps. Le premier consiste dans l’édification, faite au moyen des premières, du noyau constitutionnel auquel se réfère la formule courante d’un caractère. Ultérieurement s’y adjoindra, c’est le deuxième temps, suivant des apports de l’expérience et quand il le faudra, l’une ou l’autre des propriétés supplémentaires.

Les trois propriétés constitutives sont l’émotivité, l’activité et le retentissement (fonction primaire ou secondaire des représenta­tions) ; elles forment en se composant 2³ = 8 types, qui doivent recevoir chacun une formule et un nom, auxquels nous ajouterons une illustration. Les voici :

Emotifs inactifs primaires

EnAP

nerveux

ex. Byron

— — secondaires

EnAS

sentimentaux

Amiel

— actifs-primaires

EAP

colériques

Danton

— — secondaires

EAS

passionnés

Napoléon

Non-émotifs actifs-primaires

nEAP

sanguins

Bacon

— — secondaires

nEAS

flegmatiques

Kant

— inactifs-primaires

nEnAP

amorphes

Louis XV

— — secondaires

nEnAS

apathiques

Louis XVI

47. p.131 Ce tableau requiert plusieurs avertissements. — Le premier concerne l’usage des noms. Il faut prendre soin d’oublier les asso­ciations que la pensée courante peut leur attribuer et n’y voir absolument rien de plus que les formules qu’ils ont pour fonction de dénommer, ainsi que les mots acide chlorhydrique dénomment le corps qui a pour formule HCl. Autrement l’on pourrait être surpris d’apprendre qu’il y a des sentimentaux doctrinaires ou durs, comme Robespierre et, parmi les passionnés, des hommes aussi soucieux de rationalité que l’a été Hegel.

Cette première observation conduit immédiatement à la seconde ; car, s’il faut se garder d’attacher aux mots à employer telle ou telle nuance, c’est que cette nuance enveloppe souvent un jugement de valeur qui incite à leur emploi. Or ce n’est pas seulement ces jugements de valeur implicite, c’est toute préoc­cupation de valeur qui doit être écartée de la caractérologie. Il ne s’agit pas de savoir ici si tel caractère vaut mieux que tel autre, car cette appréciation relève de la morale, et non pas de tel ou tel savoir. La caractérologie n’a qu’un objet, c’est de déterminer ce que les caractères sont. — A vrai dire tout caractère, en tant que toute valeur enveloppe une objectivité, a sa valeur, il ne s’agira que de s’en bien servir ; de sorte qu’en définitive, comme la moralité l’exige, c’est à l’art avec lequel le sujet que ce caractère conditionne en tirera d’heureux effets, que se mesurera la valeur, non à pro­prement parler du caractère, mais de l’homme doué de ce caractère. Qu’un nerveux fasse de son caractère comme d’un violon l’instru­ment de la beauté, il satisfait à la vocation définie de son caractère et il est louable ; mais le flegmatique qui ferait du sien la raison de nier la valeur de l’art ne montrerait que sa partialité. Chacun des caractères est un des aspects, une des possibilités de l’Esprit. Il a besoin de toutes pour constituer l’humanité. Aux hommes à tirer le meilleur usage des caractères qui leur sont départis par le concours des hérédités dont ils procèdent. Comme nous l’avons précédemment marqué (p. 11), la responsabilité n’appartient pas p.132 au caractère, elle appartient au moi, à qui il incombe d’user du caractère pour créer la meilleure des personnalités que ce caractère permette.

48. Plan de la description de chaque caractère. — Voici en gros le plan que nous allons suivre dans la description de chacun des huit caractères qui viennent d’être annoncés et qui seront étudiés successivement dans l’ordre où ils viennent d’être énumérés :

Nous commencerons l’étude de chacun d’eux en donnant son signalement schématique d’après les données fournies par l’enquête statistique. Dans ce signalement interviendront les maxima et les minima les plus caractéristiques qui nous renseigneront déjà sur certaines des propriétés les plus apparentes du caractère considéré. Ces faits nous en fourniront comme l’armature.

Puis, nous portant vers des données biographiques, nous esquis­serons, en quelques dizaines de pages, le portrait, cette fois quali­tatif et relativement vivant, du caractère dont l’enquête statis­tique nous aura donné le squelette. La correspondance entre ces deux ordres de recherche sera une preuve d’objectivité.

Dans cette description qualitative il faut distinguer tout de suite différents degrés :

1° Les ressources biographiques, soit celles qui ont servi à Heymans, ou à d’autres, soit celles auxquelles nous aurons nous-­même recours, ont pour essence de se rapporter à des personnages historiques. Il en résulte un trait presque général de tous les documents utilisés, c’est que, à la réserve de quelques catégories, personnages devenus historiques comme les princes par l’effet de conditions indépendantes de leur caractère, criminels que leurs méfaits ont rendus célèbres et ont fait étudier, les hommes sur lesquels portent ces documents doivent être supérieurs, notamment en intelligence, aux autres hommes de même caractère. Nous nous trouverons donc en présence de nerveux, de passionnés ou de san­guins, et de même pour tous les autres, qui seront plus accentués que ceux auxquels nous pourrions nous référer dans l’expérience p.133 courante telle qu’elle est autour de nous. Ce seront des témoins grossis, comme tels plus intéressants à considérer et exposer, mais restant tout de même dans une certaine mesure exceptionnels.

2° Il serait donc souhaitable que nous disposions aussi de beau­coup de psychographies se référant à des hommes sans notoriété, dont ces psychographies décriraient la conduite et généralement la manière de se comporter. Elles nous fourniraient les éléments nécessaires au portrait du type atténué de chaque caractère. — Tant que ces documents seront insuffisamment nombreux, il nous faudra procéder à partir des documents relatifs aux personnages historiques en opérant, d’après ce que nous présentent les individus d’un caractère donné qui vivent autour de nous, une certaine réduction de ce caractère tel qu’il est chez les individus supérieurs du type.

3° A ces documents historiques ou courants pourront s’ajouter des documents se référant aux exemplaires de ce type que nous appellerons anormaux, sans pourtant aller encore jusqu’à des cas franchement morbides. Tout caractère a ses variétés étranges, il compte des hommes qui, sans l’être assez pour obliger la société à les interner et à les soigner, le sont pourtant autant qu’il faut pour créer autour d’eux comme un cercle d’étonnement. Le « clochard » invétéré, le mendiant thésauriseur, l’homme réglé dans ses habitudes comme un « jaquemart » ne sont pas « des hommes comme les autres » : ils restent pourtant dans la société qui s’accommode d’eux, comme ils s’accommodent d’elle tant bien que mal. Ce ne sont pas des malades, ce ne sont que des « origi­naux » au sens le plus pauvre du mot. Pourtant ils relèvent d’un caractère ; et même ils peuvent constituer des cas privilégiés pour le caractérologue qui par conséquent doit ajouter leurs psychogra­phies à celles des individus, grands ou moyens, de leur type.

4° D’eux on passe facilement aux malades proprement dits, aux cas indiscutablement morbides d’un caractère donné. Puis­qu’il y a, comme l’ont admis tant d’auteurs, une parenté entre les p.134 modes sains et les modes pathologiques de la conscience, que le caractère persiste dans le trouble mental qui l’affecte, les psycho­graphies pathologiques constitueront un matériel de faits toujours précieux. Nous y recourrons donc éventuellement ; mais sans jamais oublier que notre objet principal est ici une caractérologie normale, seule capable de nous donner la connaissance des hommes dont l’activité fait la société.

Enfin, ainsi qu’il a été annoncé, nous tâcherons, sur quelques échantillons, de monter de la caractérologie spéciale à la caractéro­logie sérielle et idiologique, comme nous y inviteront justement les documents historiques qui nous fourniront notre principale documentation. Intermédiaire entre la caractérologie et l’idiologie sera la considération de certains hommes qui pour des raisons différentes nous apparaîtront comme représentatifs d’une famille ou d’une série, comme Byron, Voltaire ou Kant. Pour l’indiquer nous emploierons éventuellement leurs noms comme si c’étaient des noms communs et nous dirons parfois un byron, pour signifier certaine variété de nerveux hautains, un voltaire pour rappeler les sanguins fébriles et un kant pour faire penser à une famille de flegmatiques rigides, remarquables par le sens de la loi éthique.

I. — LES NERVEUX (EnAP)

49. Pour orienter l’esprit du lecteur vers l’expérience conve­nable, nous allons d’abord reproduire un texte de P. Malapert dans lequel celui-ci décrit, sous le nom d’« émotif instable ou impulsif », une variété fréquente de nerveux ; puis nous donnerons une liste de nerveux historiques : il est évident que le recours à des personnages historiques a, dans un exposé comme le nôtre, l’avantage majeur de renvoyer à une documentation ordinairement connue de tous les lecteurs cultivés.

Voici le portrait emprunté à l’ouvrage de Malapert :

Mme X... (Portrait IX). Impressionnable et ardente, mais de sensibilité instable, passant du rire aux larmes, de l’emballement le plus déraisonnable p.135 au désespoir le moins justifié. Tempérament amoureux ; a des caprices très vifs et qui seraient des passions s’ils étaient plus durables. Coquette, cherche à plaire, aime attirer l’attention, se donne tout entière à l’affection actuelle ; pas de naïveté, mais beaucoup de spontanéité et d’irréflexion dans l’élan passionné.

La mémoire, l’imagination, le jugement sont sous la dépendance presque exclusive des émotions du moment. Voit les choses et les gens suivant l’état actuel de son cœur ; ne songe pas à ce qui ne la séduit pas ; le passé est pour elle presque aboli, du moment qu’il ne la touche plus : j’ai relevé chez elle des exemples d’oubli qui vont presque jusqu’à l’inconscience. Une intelli­gence intuitive assez vive et assez souple du reste ; mais manque de bon sens d’ordre dans les idées, de mesure et de tact, de fermeté et de stabilité.

Peu d’activité spontanée, de l’indolence même ; mais capable de danser toute une nuit, de patiner tout un jour ; ne faisant que ce qui lui plaît et allant vite à l’excès. Des impulsions violentes, parfois tenaces, au service desquelles elle peut mettre beaucoup de souplesse et de rouerie câline. Mais pas de volonté réfléchie, froide et persévérante ; pas de suite dans la conduite, pas d’esprit d’ordre, ni pour l’ensemble, ni pour le détail. Abandonnant tout d’un coup : des volte face subites, des coups de tête ; pas précisément fausse ou fourbe et pourtant un caractère sur lequel il n’y a pas de fonds à faire, parce que la direction, la maîtrise de soi lui font complètement défaut, parce qu’elle se laissera toujours emporter par son cœur ou son tempérament et ne soumettra jamais sa vie à des principes arrêtés et immuables (Elém. du caract., etc., Paris, Alcan. 1897, pp. 227 8).

Il est remarquable que Malapert, qui ignorait la notion de fonction primaire et ne disposait encore que d’une classification insuffisamment précise, ait si naturellement retrouvé les traits de caractères appartenant à la formule de l’EnAP. La primarité, c’est à dire la servitude à l’égard du présent, est le trait qui éclate à toutes les phrases de ce portrait ; mais on y voit que la primarité y est grossie par l’émotivité, qui rend raison de la violence des mouvements successifs de la sensibilité et conséquemment de l’intelligence et de la volonté ; et il s’y ajoute que l’inactivité, qui se manifeste éventuellement par « de l’indolence », livre le sujet à la contradiction de ses emballements successifs. La précision de ce portrait, si sommaire soit il, prouve à la fois la netteté de l’obser­vation de Malapert et la réalité du caractère nerveux, dont il se dégage immédiatement la vérité caractérologique que le p.136 vagabondage affectif doit être la résultante frappante des propriétés consti­tutives de ce caractère.

50. Liste de nerveux historiques. — Voici, non classée, c’est à­-dire non répartie en séries, partiellement ou totalement, une liste de nerveux ou d’hommes de type byronien, d’où par neutralisation des différences peut se dégager à l’esprit du lecteur une sorte d’image moyenne du nerveux. Nous laissons cette liste assez courte parce que nous ne voulons y insérer que des hommes dont le diagnostic caractérologique est assuré :

G. d’Annunzio, Baudelaire, Henri Beyle (Stendhal), Branwell Brontë (frère d’Emily et de Charlotte), Byron, Chateaubriand, Chopin, Douwes Dekker, Dostoïewski, Gauguin, Goldsmith, Grill­parzer, H. Heine, Hoffmann (l’auteur des Contes Fantastiques), Francis Jammes, La Fontaine, Jules Laforgue, Julie de Lespinasse, Lenau, P. Loti, Mozart, Multatuli, Alfred de Musset, Edgar Poe, Rimbaud, Sterne, Synge, W. Thomson (l’auteur de la City of dreadful night), Verlaine, Villiers de l’Isle Adam, Oscar Wilde.

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