Résumé Partant du constat de risque d’effondrement de notre civilisation d’ici 2030 si les grandes tendances ne sont pas infléchies rapidement, cet article soutient








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Au bord du précipice, opterons-nous pour les monnaies complémentaires locales ?
Ariane Tichit1

Décembre 2015

« On ne peut pas résoudre un problème avec le même type de pensée que celle qui l’a créé. »

Albert Einstein

Résumé 
Partant du constat de risque d’effondrement de notre civilisation d’ici 2030 si les grandes tendances ne sont pas infléchies rapidement, cet article soutient que les monnaies complémentaires locales pourraient être des vecteurs de véritables changements dans un avenir proche. Leur force transformatrice potentielle apparaît dans la remise en question du système monétaire et financier. En effet, la manière dont est créé et utilisé l’argent, par qui et pour quoi est fondamental dans formation et la propagation des valeurs, des croyances et l’évolution de nos sociétés. Or, les politiques environnementales envisagées actuellement n’en tiennent que très peu compte. Les propositions issues de l’interprétation « faible » du développement durable, c’est-à-dire celle cherchant à maintenir le mode d’organisation actuel, ne sont pas à la hauteur des enjeux. A l’opposé, le renversement radical des valeurs et modes de vie qu’induirait l’adoption de la vision forte du développement soutenable ne semble pas atteignable sur un horizon temporel court. Dès lors, en touchant le cœur de nos organisations, les monnaies complémentaires locales pourraient faire évoluer le système de la monoculture monétaire actuelle à un monde empreint de diversité, ouvrant ainsi la possibilité de création de canaux dédiés au financement d’activités sobres en carbone, et à la valorisation de comportements en adéquation avec le développement durable.
Introduction
Sommes-nous dans les conditions requises pour qu’une « tempête parfaite » se déclenche en l’an 2030 ? Ce terme, massivement utilisé pendant le déclenchement de la crise financière de 2007, est actuellement employé par différents instituts, organisations et chercheurs pour désigner les éléments menant vers un effondrement de notre civilisation toute entière (« perfect storm scenario »). Dès 2009, l’économiste en chef de l’Office Gouvernemental des Sciences du Royaume Uni, John Beddington, dans son article « Food, energy, water and the climate : A perfect storm of global events ? », prend les projections d’évolution des grandes tendances mondiales concernant la population, les besoins en eau, énergie et production alimentaire, les changements climatiques et économiques et en vient à la conclusion que l’enchevêtrement de tous ces facteurs crée des conditions de stress tels pour la planète qu’ils ont toutes les chances de conduire à un effondrement global en 2030. D’autres travaux, basés sur des modèles théoriques de prévision aboutissent aux mêmes conclusions. Dans un article publié en mai 2014 dans la revue Ecological Economics, Motesharrei et al., à l’aide d’un modèle de simulation des interactions humains/nature, les auteurs proposent 3 scenarios d’évolution possibles des civilisations en général. Le cadre théorique est basé sur un modèle proie-prédateur, avec 2 éléments majeurs : un volet environnemental (tension sur les ressources naturelles liées à l’évolution humaine) et un volet économique, essentiellement la prise en compte du degré d’inégalité entre les « élites » et de l’autre les « masses ». Les auteurs font ces hypothèses car dans les analyses historiques de l’effondrement de nombreuses civilisations, il semble que ces deux éléments aient été des facteurs fondamentaux (voir notamment les écrits de l’historien Arnold Toynbee, pour lequel les inégalités jouent un rôle majeur dans l’effondrement des civilisations, et ceux de Jared Diamond qui insiste sur la dégradation de l’environnement). Leurs simulations montrent que même si pris individuellement, la surexploitation des ressources, et les inégalités peuvent à elles seules provoquer des effondrements, dans une situation où de grandes inégalités existent, il est très difficile d’éviter la chute. En particulier, une des simulations montre que dans le cas de surexploitation avec inégalités, le système peut être assez stable jusqu’à une date très proche de son effondrement total, ce qui pourrait bien correspondre à la situation actuelle. Signe que ces estimations commencent à être prises très au sérieux : Le cabinet de conseil et audit international KPMG, dans un rapport de 2012, donne des conseils concrets aux entreprises pour s’adapter rapidement à cette éventualité. Les analyses se fondent sur un modèle de système complexe appelé « Nexus » afin de faire prendre conscience à leurs clients pourquoi les interactions humains/nature sont plus que jamais à prendre en compte, et comment les entreprises vont devoir s’adapter très rapidement aux changements à venir. Les acteurs commencent ainsi à prendre de plus en plus au sérieux les perspectives d’effondrement. Toutefois, si l’on en croit Motesharrei et al. (2014), pour éviter le scénario du pire, il convient donc d’agir rapidement sur les deux grands facteurs fondamentaux : réduire l’exploitation des ressources et les inégalités de richesse. Serons-nous assez éclairés pour entreprendre ces changements avant de basculer vers un point de non-retour ? Les solutions envisagées actuellement sont-elles suffisamment ambitieuses par rapport aux enjeux majeurs auxquels nous aurons à faire face ces 15 prochaines années ? Quelles sont les mesures à prendre pour éviter la catastrophe ? Quels sont les freins à l’adoption de solutions suffisantes pour éviter le désastre ?
Cet article se propose de répondre à ces questions en présentant une analyse structurée en 3 sections. La première présente le cadre contemporain d’analyse du rapport de l’homme à la nature et ses conséquences. Adoptant ce point de vue et après avoir rapidement synthétisé les principales positions, la fin de la première section est consacrée à la mise en perspective des types de mesures politiques qui découlent de ces différentes visions. Le bilan de cette section montre que le problème fondamental est que la vision standard impose une domination de l’homme sur la nature, alors que la vision opposée propose la domination inverse. Cette opposition fondamentale renvoie les deux camps dos à dos, et ne permet pas de faire émerger des solutions conciliant les intérêts humains et la préservation de la nature qui soient acceptables par la majorité des citoyens. Or, au centre de nos valeurs se trouve le système monétaire. Dès lors, la deuxième section présente les principales caractéristiques de notre organisation monétaire et financière qui conduit nécessairement à un conflit entre préservation de l’environnement et développement économique. Rejoignant les analyses de nombreux auteurs, une troisième section est consacrée à l’analyse d’initiatives de monnaies non-bancaires, qui explosent un peu partout dans le monde à l’heure actuelle. La conclusion montre qu’il n’est pas vain de garder espoir, tant les innovations monétaires qui sont en train d’être expérimentées, porteuses d’un potentiel changement de civilisation, si elles se développent suffisamment vite, pourraient permettre d’infléchir les tendances actuelles, et, peut-être, nous éviter l’effondrement.



  1. Cadre actuel de la pensée du rapport homme/nature et ses conséquences


L’évolution de notre organisation économique et sociale est intrinsèquement liée au système de valeur dominant et à la vision du monde majoritaire. Or, quels sont-ils ? La conception dominante, à l’heure actuelle, du développement humain, renvoie largement à une évolution des conditions matérielles, à un accès toujours plus important au confort, entendu comme la mise à disposition de plus en plus de biens et de services au service du bien être des hommes. Cette perception même du développement humain sous-entend ainsi implicitement la transformation de la nature afin de la rendre plus en accord avec les besoins et les envies des hommes. Posée en ces termes-là, il apparaît évident que la perpétuelle recherche de croissance du confort de vie des humains se fait nécessairement aux détriments de la préservation de la nature. Elle réduit, en quelque sorte, la nature à une source d’énergie et de matière nécessaires à la modification de l’environnement par les êtres humains, pour assouvir ses désirs. Nous avons hérité en cela de la vision de la nature de John Locke (philosophe anglais du XVIIème siècle), qui a eu une influence considérable sur l’économie et le politique, et qui imprègne encore nos consciences2.

Il y a, dans la pensée de Locke, deux éléments essentiels : d’une part la nature n’a de valeur que parce qu’elle est utile aux hommes, et d’autre part cette valeur intrinsèque, brute, est assez faible. John Locke est l’un des penseurs les plus influents, ayant participé à l’émergence du courant dit « utilitariste », qui est dominant à l’heure actuelle. C’est l’homme, qui par son travail, va transformer la nature en richesse. De plus, cette création de richesse, maintenant, n’est considérée, valorisée, que si elle a donné lieu à un échange monétaire comptabilisé. On passe ainsi de la notion de travail (qui est l’application de l’énergie humaine) à celle d’emploi3, qui induit un paiement en échange de ce travail, et qui est la seule richesse reconnue. Peu de gens, il me semble, se rendent compte que la mesure des richesses économiques est basée sur ce postulat essentiel. Le fameux produit intérieur brut si fondamental à nos sociétés est la somme des valeurs ajoutées à la nature par l’emploi de l’homme.
Ce n’est que dans les années 70, avec le rapport Meadows publié en 1972, qu’un début de prise de conscience de l’effet des activités humaines sur l’environnement s’amorce. Suit la création de la première Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement (CMED) en 1983 et la publication du rapport Brundtland en 1987 qui propose pour la première fois le concept de développement « durable » ou « soutenable » et en donne la définition suivante : «  Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Ce concept assez vaste et flou a ainsi donné lieu à de nombreuses définitions (voir Pezzey, 1989) et Turner, dès 1992, repris par Neumayer en 2003, souligne que la notion de développement durable aboutit à deux interprétations très distinctes dans la littérature. La première est celle de la « soutenabilité faible », attachée à l’économie standard, et la seconde de la « soutenabilité forte » issue de la pensée hétérodoxe, avec au cœur de la divergence la notion d’irréversibilité4. En simplifiant, je vais considérer ici que l’économie standard correspond à la pensée et à la recherche de solutions dans le cadre de l’organisation actuelle du système économique et social, sans en remettre les fondements en question, alors que les hétérodoxes pensent que les problèmes sont générés par le système lui-même et que les solutions ne peuvent dès lors se trouver que dans la modification des structures économiques et sociales elles-mêmes. Une première sous-section présente les interprétations du développement durable et les solutions proposées dans l’économie standard, alors qu’une seconde section est consacrée aux conclusions et propositions issues de l’hétérodoxie.

    1. Visions et solutions proposées par l’économie standard

Premièrement, la prise de conscience générée par les écrits et conférences des années 70 ont ouvert la voie, en économie, à une nouvelle branche appelée « économie de l’environnement et des ressources naturelles ». Cet axe de recherche vise à discuter des moyens et des solutions à mettre en œuvre au sein du système actuel afin d’inciter les individus et les organisations à prendre en compte dans leurs décisions les impacts de leurs comportements sur l’environnement (c’est le principe « d’internalisation des externalités »). Le levier d’action est ici essentiellement basé sur l’incitation financière et a donné lieu à deux grands types de politiques: des solutions publiques à travers la mise en place de différentes taxes en fonction du degré de pollution des activités (t axes pigouviennes), et des solutions privées, qui ont débouché sur le protocole de Kyoto fin 1997, et aboutissent à la création de marchés des droits à polluer. Toutefois, il apparaît assez clairement que ces deux types de solutions se sont avérés incapables d’infléchir les tendances. Les taxes environnementales ont été très mal reçues par les populations dans un contexte de crise économique et sociale de la fin des années 2000, et les marchés des droits à polluer n’ont pas réussi à se développer du fait de difficulté de coordination internationale, et de la conjoncture de crise généralisée qui a fait baisser de fait le niveau de production et de consommation et donc de pollution, générant un effondrement du prix de la tonne de carbone, détruisant ainsi toute incitation à la dépollution. La crise économique a eu des effets bien plus forts et bien plus rapides que toutes les politiques incitatives...Les champs d’action possibles, dans cette voie, semblent dès lors peu convaincants (Espagne, 2015)5, même si des chercheurs comme Fleming (2005), avancent l’idée d’appliquer les principes de droits à polluer aux particuliers ou aux ménages. Le principe serait d’allouer des quotas d’émission sur une carte de paiement dont l’unité de compte serait le carbone. L’objectif serait d’inciter les individus à diminuer leur consommation d’énergie. Chaque participant disposerait d’un quota identique, les consommateurs les plus vertueux pouvant revendre leurs crédits carbone excédentaires et les déficitaires devant en racheter (Seyfang, 2009). Selon Fare (2012), à l’heure actuelle, l’idée de ces « monnaies-carbone » n’est mise en pratique que par quelques groupes militants en Grande-Bretagne. Par ailleurs, ces initiatives se heurtent aux mêmes écueils que dans le cas des marchés des droits à polluer qui ont été mis en place au niveau international, à savoir le plafond nécessaire pour les rendre contraignant, et les lourdeurs de gestion et de coordination que ces principes occasionnent.

Deuxièmement, les économistes standards ont proposé une interprétation théorique de la notion de développement durable, appelée la « soutenabilité faible ». Celle-ci repose sur deux hypothèses fondamentales. La première est que l’objectif à atteindre est le maintien de la croissance économique. La croissance matérielle est ainsi indissociée du bien être humain, elle en est sa condition nécessaire. La seconde hypothèse est que le capital matériel et immatériel crée par les êtres humains est substituable aux biens et services rendus par la nature. Il existe ici une croyance très forte en ce que peut apporter le progrès technique qui permettra toujours de compenser des pertes liées à la dégradation de la nature. L’objectif est la conservation d’un niveau constant de capital global, nécessaire à la croissance. Les premiers modèles macroéconomiques de croissance avec ressources épuisables datent des années 70, avec notamment un article de Stiglitz en 1974. Donc si le capital naturel se dégrade, il faut que l’accumulation de capital humain et physique soit suffisante pour compenser ces pertes, afin de maintenir les possibilités de croissance (voir Hartwick, 1977). Il n’y a pas ici de prise en compte d’irréversibilités potentielles, excepté dans les avancées faites par l’école de Londres avec notamment David Pearce (1989), qui propose que certains types de capitaux naturels puissent faire l’objet d’irréversibilités. Toutefois, dans un article de La Vie économique Revue de politique économique, de 2002, intitulé « La croissance peut être favorable à l'environnement » Pearce prend position en faveur du maintien de la croissance économique et s’inscrit donc clairement dans la vision « faible » de la soutenabilité.

Le courant de pensée majoritaire à l’heure actuelle, qui ne remet pas en cause la suprématie des intérêts humains sur celui de la nature, vise donc à trouver des moyens de maintenir la croissance économique dans un univers qui se dégrade, en mettant en place des mesures financières incitatives à la marge, afin de détruire un peu moins vite l’environnement, en attendant que les progrès technologique et humain viennent le libérer des contraintes physiques liées à la nature. Evidemment les tenants de la soutenabilité forte ne sont pas en accord avec cette interprétation et optent pour une lecture beaucoup plus contraignante de la notion de développement durable. La présentation de leurs positions fait l’objet de la seconde sous-section.
1.2.. Visions et solutions proposées par la soutenabilité « forte » : de « l’économie écologique » à « l’écologie profonde »
Les auteurs regroupés dans la catégorie de la soutenabilité « forte » sont nombreux et leurs pensées diverses, mais ils peuvent être reliés par le fait qu’ils ne considèrent pas le capital naturel et le capital reproductible par l’homme comme substituables. Mais plus profondément que cela, ils voient également l’homme comme faisant partie intégrante d’un écosystème, dont il subit les lois physiques et biologiques. Ainsi, les tenants de « l’économie écologique », tels que Daly (1972), en se basant sur des modèles issus de la biologie, conclut que le développement, pour être durable, impose de maintenir constant le stock de capital naturel. Ceci implique une croissance économique et démographique nulles et donc une croissance zéro. Georgescu-Roegen (1959) et Boulding (1966) en se basant sur la thermodynamique sont proches de la pensée de Daly. Toutefois, en 1979, dans son ouvrage Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie, Georgescu-Roegen va plus loin en disant que du fait des lois de la thermodynamique nos sociétés ne peuvent que s’avancer vers une situation de décroissance si le système ne change pas radicalement. Ceci a donné lieu à tout le mouvement pour la décroissance, qui renverse le point de vue et présente la décroissance non comme une conséquence, mais, au contraire, comme un objectif à atteindre. L’autre école de pensée proposant probablement la vision la plus « forte » de la soutenabilité est « l’écologie profonde » (Naess, 1973). Elle se décale de « l’économie écologique » en ceci qu’elle postule que la nature et les être non-humains ont une valeur intrinsèque en-dehors de leur rapport aux êtres humains. Même si le prisme de cette école est plus radical que l’économie écologique, et que ses implications sont très larges, les conclusions convergent vers la nécessaire décroissance.
Ainsi, et en simplifiant, l’interprétation « forte » de la définition du développement durable consiste en quelque sorte à placer la préservation de la nature avant les intérêts matériels humains, c’est-à-dire à prôner la réduction de la production et de la consommation de biens et services coûteux en termes environnementaux, au profit d’une augmentation de la qualité de vie, qui n’est pas synonyme de matérialisme. Pour eux le progrès technologique quel qu’il soit sera toujours synonyme d’un accroissement de la dépense énergétique et naturelle, et ne pourra donc pas résoudre les problèmes environnementaux. Cela conduit de fait à mettre la conservation, voire l’augmentation de l’énergie disponible comme priorité absolue de toute organisation humaine et aboutirait à un changement sociétal considérable. En effet, les solutions émergeant des approches de la soutenabilité forte donnent des arguments théoriques et empiriques aux mouvements en faveur de la décroissance, de la sobriété heureuse, de la recherche de circuits-courts, etc… Mais pour beaucoup, il s’agit d’un retour en arrière et à un renoncement à une certaine qualité de vie, d’où la difficulté d’adoption et de diffusion de ces solutions auprès du grand public. Faire prévaloir le respect de l’environnement avant le confort de vie des êtres humains, est pour un certain nombre de personnes, impossible à accepter. Le changement radical de perception de la valeur des choses, du but de la vie, et de la place de l’homme dans son environnement que cela induit ne permet pas de penser que ce type de pensée peut se généraliser à court terme.
Cette première section a montré que deux champs assez lointains et plutôt opposés coexistent à l’heure actuelle dans le domaine de la réflexion du rapport de l’homme à la nature, mais qui ne permettent pas de déboucher sur des solutions efficaces et atteignables dans le court terme. Ce point de vue est d’ailleurs partagé par Dupré et al. (2015, p.2), lorsqu’à propos des visions faible et forte du développement durable ils disent : « Force est de constater de toutes façons que pour l’instant les différents cadres conceptuels et méthodologiques en question n’apportent pas de réponse aux défis liés aux destructions sociétales et environnementales en cours ». Dès lors, de nouveaux concepts émergent en ce moment, qui tentent, plutôt que de renvoyer les deux positions extrêmes dos à dos, de transcender ce clivage et offrir des solutions efficaces, mais réalisables dans un avenir proche. Ceci est par exemple le cas de l’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité.


    1. Les propositions visant à dépasser le clivage


L’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité ont actuellement le vent en poupe dans les cercles de réflexion sur l’environnement. L’économie circulaire propose un modèle d’organisation de la production prenant en compte le cycle de vie du produit, afin de penser son recyclage dès sa conception (voir notamment Lévy, 2009). L’économie de la fonctionnalité vise quant à elle à remettre en cause l’amalgame généralement fait entre la possession d’un objet ou service et ses usages, et promeut leur déconnection. Ceci revient à vendre, par exemple, non pas un bien mais de le mettre à disposition temporairement pour le client. En pensant fonction et non plus objet servant cette fonction, il est dès lors possible d’aboutir à la même quantité et qualité de services, en utilisant moins de biens matériels et de consommation d’énergie. Une des conséquences est la possibilité d’avoir recours à plus de biens partagés, qui peuvent être loués ponctuellement plutôt que possédés par chaque individu. Cela permet ainsi des économies en termes de quantités d’objets nécessaires pour assurer les services nécessaires à de nombreux utilisateurs. Ce modèle est utilisable dans la sphère marchande comme non marchande (économie du partage). Cependant, une des limites à ce type d’initiatives est la question du financement. En effet, pour que ce type de modèle économique se diffuse dans la sphère marchande, il faut, dans le système de valeur actuel, qu’il soit rentable économiquement. Les entreprises n’y auront recours que si cela leur rapporte plus que le système de vente de production standard, sinon elle n’auront aucune incitation à le faire (il faut donc par exemple que les coûts de production liés à l’utilisation de matière et d’énergie deviennent vraiment très élevés). Il en est de même pour l’économie circulaire (le coût ou l’obligation de recyclage des produits, ou le coût des matières premières doivent prendre une place suffisante dans les coûts pour qu’il soit rentable de les prendre en compte). Pour ce qui est de l’émergence de ces principes dans l’économie non marchande, se pose également la question du financement des biens mis à dispositions des personnes, dans un contexte de réduction budgétaire des Etats et des collectivités territoriales cela semble relativement difficile. Et pour ce qui est de l’économie collaborative permettant le partage de différents biens et services, cela est en train de prendre de l’ampleur essentiellement parce qu’il est plus économique de ne pas assurer seul les frais fixes associés au logement, à la voiture, etc… Mais si jamais l’économie repart il n’est pas dit que ce mode d’organisation qui est en train de se propage se maintienne.
Ainsi, l’écueil essentiel de ces nouvelles conceptions est le fait d’essayer de s’intégrer dans le système standard, et donc de dépendre d’une rentabilité économique, ou d’une source de financement. Ce qui est au cœur du problème de la préservation de la nature est le fait que le système actuel n’est mené que par une chose : l’argent. Il a donc une influence considérable sur l’évolution des sociétés. Sans remettre en question ce point fondamental, il est difficile de voir comment l’environnement pourrait être, d’une manière ou d’une autre, préservé, si cela ne rapporte pas d’argent (ou en fait moins perdre). Partant de ce point de vue, dans la section suivante, cet article propose dès lors une description rapide des mécanismes de création et de fonctionnement du système monétaire actuel et de ses conséquences, avant, dans une troisième section, d’évoquer les innovations sociales en matière monétaires qui invitent à aller vers un système pluri monétaire.

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