Chapitre 2 : Les pères fondateurs : Emile Durkheim et Max Weber








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Chapitre 2 : Les pères fondateurs : Emile Durkheim et Max Weber
La sociologie s'est constituée comme une discipline autonome à la fin du 19è siècle. Tout d'abord, il commence à y avoir des revues spécialisées dans la sociologie. Il commence à y avoir des professeurs de sociologie. Il y a une perspective française qui est dirigée par Durkheim et une allemande par Weber.

I – Durkheim et l'école française de sociologie

Durkheim est né à Epinal en 1858 dans une famille juive, son père est rabbin et c'est un très brillant élève, il intègre l'ENS où il prépare l'agrégation de philosophie. Ensuite, il commence une thèse de philosophie sur les rapports entre individualisme et socialisme. En travaillant sur ce thème, Durkheim se convint qu’il faut d'abord étudier les rapports entre individus et société. Mais c'est bien une thèse de philosophie qu'il soutient mais qui a fréquemment recours à la sociologie. Ce travail s'intitule De la division du travail social. Il va obtenir un poste de philosophe à l'université de Bordeaux et parallèlement à son enseignement en philosophie, il propose des conférences sur la sociologie. En 1895, il met en forme la méthode sociologique qu'il a suivi dans la division du travail social. Pour prouver l'intérêt de sa méthode, il l'applique au phénomène apparemment le plus individuel qu'il puisse imaginer. Il publie le suicide, étude de sociologie. L'année suivante, il crée une revue sociologique qui s'intitule l'année sociologique. Au début du 20è siècle, Durkheim est nommé professeur de science d'éducation à Paris. Dans les 10 premières années du 20è siècle, il consacre son énergie à faire fonctionner sa revue et en particulier il constitue un groupe de sociologue qui partage approximativement la même conception de la sociologie que lui. Néanmoins, il trouve aussi le temps de publier un nouvel ouvrage fondamental, il s'agit en 1912 des formes élémentaires de la vie religieuse. Quand la guerre éclate, il est privé de ses étudiants et se lance alors dans une très intense activité patriotique. En 1917, il apprend la mort de son fils André sur le front serbe et à la suite de cette nouvelle, Durkheim est mort de tristesse.

A – La conception Durkheimienne de la sociologie

Elle est exposée dans les règles de la méthode sociologique.

a) L'objet de la sociologie

Durkheim part de la définition courante des phénomènes sociaux qui existent à son époque. Tout phénomène qui se passe à l'intérieur de la société et qui présente un intérêt pour la société (définition existante que Durkheim constate). Selon lui, cette définition est extrêmement problématique. Si cette définition est exacte, manger, boire, dormir, réfléchir sont des phénomènes sociaux, or ces 4 phénomènes sont déjà étudiés par des disciplines existantes. Autrement dit, pour étudier ce que l'époque de Durkheim appelle des phénomènes sociaux, il n'y a pas besoin de créer une nouvelle discipline. Donc à ce stade il y a 2 possibilités, la première : la sociologie est inutile. La seconde : la définition des phénomènes sociaux courante est fausse. Durkheim cherche alors une caractérisation des phénomènes sociaux qui serait plus satisfaisante et il observe alors que certains phénomènes présentent 2 caractéristiques très intéressantes. La première : ces phénomènes sont contraignants pour les individus, ils ne peuvent pas ne pas en tenir compte. S’ils n'en tiennent pas compte, ils sont sanctionnés. Si on ne respecte pas les règles juridiques, on est punit. Autre exemple, si on refuse d'adhérer à la monnaie commune, on ne pourra pas échanger avec les autres. Ou encore avec la langue car si on n’est pas compris on est mis à l'écart du groupe. Ces phénomènes sont aussi extérieurs aux individus. Par exemple, une loi n'est jamais rédigée par une seule personne. Ensuite, l'application de la loi est aussi collective parce que la loi n'est pas interprétée de la même façon par tous les juges et souvent il y a plusieurs idées en débat avant qu'une idée s'impose. Ces phénomènes ont tendance à se généraliser dans l'ensemble de la société, ils sont collectifs. En outre, parce qu'ils sont extérieurs aux individus, ils ne peuvent être étudiés ni à la biologie ni à la psychologie. Or la biologie et la psychologie sont les 2 disciplines qui sont apparues comme pouvant concurrencer la sociologie. On a un ensemble de phénomènes collectifs et qui ne sont étudiés par aucune discipline existante. Ils constituent donc pour Durkheim un domaine étudié propre à la sociologie. Ce que Durkheim appelle phénomènes sociaux, ce sont ceux qui représentent pour les individus une contrainte extérieure. Durkheim propose ensuite une typologie des faits sociaux, il pourrait distinguer plusieurs types de faits sociaux qui correspondent aux différentes branches de la sociologie. Il y a tout d'abord les faits sociaux qu'il appelle la morphologie sociale, ce sont ceux qui constituent le substrat matériel de la vie collective. Par exemple les réseaux de communication, également l'architecture des villes. Il y a ensuite les faits sociaux qui relèvent de la physiologie sociale, ce sont les faits sociaux qui contribuent au fonctionnement de la société, eux-mêmes subdivisés en 2 ensembles :

Les institutions qui peuvent être formelles comme le droit, ou informelles comme par exemple les règles de politesse, les caractéristiques institutions installées comme à caractère durable.

Représentation divisée elle-même en 2 ensembles : il y a tout d'abord les courants d'opinion durables, par exemple la France est attachée à la laïcité, et autre type de représentation qui constitue un caractère social d'effervescence spontané. Opinions qui naissent tout d'un coup et qui laissent de l'interaction entre plusieurs personnes.

b) La méthode de la sociologie selon Durkheim

Elle comprend 2 grandes étapes, une étape d'observation et une étape d'explication, pour ce qui concentre l'observation Durkheim a utilisé une formule qui lui a été beaucoup reprochée et qui est à l'origine d'une polémique. Durkheim a écrit d'une part << il faut considérer les faits sociaux comme des choses >> et d'autre part << les faits sociaux doit être traités comme des choses >>.
Pourquoi cette formule a-t-elle été critiquée ?

  • Les phénomènes sociaux sont des phénomènes humains et les êtres humains ne peuvent être confondus avec des choses. En particulier la capacité à s'autodéterminer, en clair la liberté. Elle vient de la liberté de Durkheim de copier autant que possible la méthode de la physique, pour Durkheim la sociologie doit être aussi scientifique que la physique. Par conséquent, la sociologie doit prendre autant que possible la même méthode que la physique. Or la physique est une science des choses. Durkheim ne dit pas que les faits sociaux sont des choses, mais qu'il faut observer comme si elles étaient des choses. (origine de la formule)

Pour le sociologue, il est plus difficile que pour le physicien de se mettre à distance de ce qu'il étudie. Donc Durkheim donne 3 recommandations aux sociologues pour se mettre à distance de ce qu'ils étudient :

  • il faut absolument rejeter toutes les prénotions. Ce sont les clichés, les idées reçues qui circulent sur un phénomène. Ce qui n'a pas été scientifiquement prouvé doit être laissé de côté.

  • Il faut définir ce que l'on veut étudier le plus précisément possible.

  • Il faut observer les phénomènes « par là où ils sont indépendants de leurs manifestations individuelles », sous leur forme globale. Concrètement, cela veut dire que si on étudie le crime il ne faudra pas étudier une succession de faits divers, il faudra l'étudier à travers des statistiques.

Après l'étape d'observation, intervient l'étape d'explication des faits sociaux : d'abord on formule une hypothèse et ensuite on la vérifie. Les hypothèses sociologique selon Durkheim doivent obéir à 2 règles : La première c'est que les explications sociologiques ne doivent jamais faire intervenir des raisonnements psychologiques. La raison c'est que les faits sociaux sont extérieurs aux individus. La seconde règle est la règle du monisme causal, cela signifie qu'un phénomène ne peut avoir qu'une seule cause.

Le second temps de l'explication c'est la vérification. Il utilise la technique des variations concomitantes. Selon cette technique, A peut être considéré comme la cause de B à 2 conditions :

  • A et B varient de la même façon, soit d'une société à l'autre à une époque donnée, soit dans une même société à des époques différentes.

  • Il faut pouvoir indiquer comment A entraîne B. Cette condition est extrêmement importante parce qu'elle permet de distinguer les corrélations des causalités.

Quand deux phénomènes varient de la même façon, ils sont corrélés mais ils peuvent être corrélés sans que l'un soit la cause de l'autre. Par exemple : selon Lazarsfeld, il a montré qu'il y avait une corrélation extrêmement forte en Alsace entre le nombre de cigognes dans une agglomération et la natalité dans cette agglomération. En réalité, ils sont tous les 2 expliqués par un troisième phénomène, qui est la caractère rural de l'agglomération. Actuellement, en France, plus il y a de chirurgiens autour de la table d'opérations, plus il y a de risques que le malade ne survive pas à l'opération.
B – Un exemple de la sociologie Durkheimienne : le suicide

Durkheim étudie ce phénomène pour 2 raisons : la première est que un de ses ami proche s'est suicidé et le point fondamental c'est que son livre a été très vivement critiqué et donc par défi, il a voulu montrer que sa méthode pouvait être appliquée au phénomène le plus personnel, le moins sociologique : le suicide. Il procède en 3 temps : il définit le suicide, il réfute un certain nombre de prénotions relatives au suicide et il propose une explication sociologique du suicide.

a) La définition du suicide par Durkheim

Le suicide selon Durkheim c'est « toute mort qui résulte médiatement ou immédiatement d'un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qu'elle savait devoir produire ce résultat. »

Durkheim ne s'intéresse pas aux tentatives de suicide mais qu'aux suicides « réussis ». On peut se tuer « directement » ou « indirectement » par l'intermédiaire d'autres personnes. (Le soldat qui sort de sa tranchée et court vers les lignes ennemies)

« Un acte positif » signifie qu'on se tue en faisant quelque chose et « un acte négatif » signifie qu'on se tue en ne faisant pas quelque chose.

« Par la victime elle-même », c'est ce qui fait la différence entre le suicide et le meurtre.

« et qu'elle savait devoir produire ce résultat » c'est ce qui fait la différence entre un suicide et un accident.

b) la réfutation des prénotions relatives au suicide

Durkheim montre que les explications du suicide courantes à son époque sont fausses. Il réfute d'abord le lien entre folie et suicide et ensuite il réfute le lien entre suicide et alcoolisme.

Lien entre folie et suicide : la folie ne peut pas être considérée comme cause de suicide pour 3 raisons :

  • si on classe les pays en fonction d'une part de leur manque de fous et d'autre part leur manque de suicide, on obtient deux classements différents.

  • La folie selon Durkheim touche davantage les femmes que les hommes parce que dans les asiles il y a plus de femmes que d'hommes. Or le suicide à l'inverse touche davantage les hommes que les femmes.

  • De plus, le nombre de fous augmente jusqu'à la tranche d'âge 30-40ans et baisse ensuite or de son côté le nombre de suicide croît avec l'âge.
    Pour ce qui concerne le suicide et l'alcoolisme, Durkheim commence à observer que en France, il y a une correspondance globale entre la carte départementale de l'alcoolisme et celle des suicides. Durkheim observe que en général, quand dans un département on boit beaucoup, on se suicide également beaucoup, mais, ce n'est pas vérifié pour tous les départements. De plus, la correspondance territoriale entre suicide et alcoolisme n'est absolument pas vérifiée pour les autres pays européens. Donc selon Durkheim, l'alcoolisme ne peut pas être considéré comme une cause du suicide.

Donc puisque les explications courantes à son époque ne sont pas concluantes, il propose d'en chercher une autre : une explication sociologique.

  1. L'explication Durkheimienne du suicide

Durkheim souligne que le nombre de suicide varie d'un pays à l'autre mais dans un pays donné, le nombre de suicide est stable à court terme. Selon lui, cette observation suffit à justifier une tentative d'explication sociologique du suicide. Durkheim propose de raisonner sur le taux de suicide (nombre de suicide dans un groupe l'année n/ population moyenne de ce groupe l'année n) Cet outil intéresse D pour 2 raisons, une sociologique et une statistique. La raison sociologique c'est que cet outil permet de raisonner sur des groupes et pas sur des situations individuelles. La raison statistique facilite les comparaisons dans la mesure où il permet de faire comme si tous les groupes avaient la même taille. Il compare des variations de suicide dans des situations analogues.

Si ces variations sont comparables, D en déduit que le principe de l'analogie est peut-être une cause du suicide. Il lui reste à expliciter comment le principe de l'analogie a entraîner une variation du taux de suicide. Il commence par observer qu'il y a un lien entre suicide et religion, en effet, dans un pays donné, le taux de suicide varie d'un groupe religieux à l'autre. Plus précisément, en Europe, les protestants se suicident davantage que les catholiques et les catholiques plus que les juifs. C'est d'autant plus remarquable que la morale religieuse la plus sévère à l'égard du suicide est celle des protestants. Durkheim fait l'hypothèse suivante : le suicide varie en fonction de l'attachement au groupe religieux, plus cet attachement est faible, plus le suicide est élevé. Cette hypothèse s'explique par deux éléments. Le 1er c'est que les protestants, contrairement aux juifs et aux catholiques, sont invités à se faire une conception individuelle de la religion. Donc la pratique de la religion conduit bien davantage les catholiques et les juifs que les protestants à se rattacher à leur groupe. Le second élément est que les juifs ont fait l'objet de persécutions et donc la cohésion de leur groupe est beaucoup plus forte que celle du groupe catholique. Plus la cohésion de groupe est faible, plus le taux de suicide est élevé.

Durkheim en déduit que l'isolement est une cause du suicide par manque d'intégration sociale. C'est le suicide égoïste. En suivant le même type de raisonnement, Durkheim met en évidence 3 autres types de suicide, il y a aussi un suicide par excès d'intégration sociale. L'individu est tellement attaché au groupe qu'il n'accorde plus aucune importance à sa propre existence et donc il se suicide : suicide altruiste. Par exemple : le suicide des veuves en Inde qui se jetaient dans le bûcher de leur mari défunt. Il donnait aussi l'exemple des militaires qui sont obligés de quitter l'armée après avoir été jugé indigne d'y rester. Il y a également le suicide des sectes. Il existe une seconde variable qui détermine le comportement suicidaire, c'est la régulation, la capacité de la collectivité à orienter nos comportements. Le suicide anomique est celui qui résulte d'une absence de règles, de lois. Selon Durkheim, un individu qui n'a pas de repère ou qui les perds, est déboussolé, ne sait plus quoi faire de son existence et se suicide plus facilement. 2 exemples : le suicide lié au chômage et celui des hommes divorcés. A l'inverse, il y aurait aussi selon Durkheim, un suicide par excès de régulation sociale, l'existence individuelle est tellement contrainte qu'elle en devient insupportable et le suicide apparaît comme une échappatoire. 2 exemples : le suicide des esclaves et des hommes mariés trop jeunes.





-

+

Intégration

Égoïste

Altruiste

Régulation

Anomique

Fataliste




  1. Le respect des règles dans le suicide

Dans le suicide, Durkheim voulait montrer la portée de sa méthode. On peut donc se demander s’il a bien respecté les règles de la méthode sociologique. En apparence oui, mais dans le détail il y contrevient sur des points très importants. Globalement oui car, il définit son objet, il réfute les prénotions, il utilise des statistiques et il ne se contente pas de mettre en évidence des régularités statistiques, il explique comment un phénomène en entraîne un autre. Néanmoins, Durkheim transgresse ses propres règles sur au moins 2 points :

  • il prend en compte le point de vue des individus, dans la définition du suicide et dans l'explication. La vie des individus serait moins intéressantes quand elle est détachée des productions collectives. Durkheim rejetait la psychologie mais de fait il y a recours.

  • Durkheim est partisan du monisme causal sauf que le suicide apparaît ici comme en ayant 4. Alors Durkheim dit qu'il n'y a pas 4 causes mais 4 types de suicides ayant chacun sa cause. Cet argument est valable que si chaque suicide effectif peut être rangé dans une catégorie et une seule. Donc en pratique, il apparaît plutôt qu'il y ait 4 causes de suicide.


II – Max Weber : un représentant de l'approche allemande de la sociologie

Les sociologues français ont vraiment constitués une école, les sociologues allemands ont beaucoup moins travaillés ensemble. C'est plus une forme d'individualités dont 3 se détachent, Simmel, Tönnies et Weber.

Max Weber (1864 – 1920), il n'a pas du tout le même profil social que Durkheim. Il naît dans un milieu extrêmement favorisé, autant économique que culturel. Son père était un riche industriel protestant et sa mère tenait un salon qui recevait les plus grands intellectuels de l'époque. Weber a en outre de remarquables dispositions intellectuelles et une fois rentré à l'université il étudie à la fois le droit, l'économie, l'histoire, la philosophie et la théologie. A la fin de ses études, il est devenu professeur de droit puis d'économie. Mais à 39ans, il décide de démissionner de l'université et se consacre à la sociologie. D'abord, il développe sa propre conception de la sociologie ( essai sur la théorie de la science et le savant et le politique ) puis la met en œuvre en se spécialisant dans 2 domaines : la sociologie économique et la sociologie des religions. Et à la rencontre des 2 domaines se trouvent son livre l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. En troisième lieu, Weber a eu une petite activité institutionnelle, il a contribué à la création d'une revue et à la création d'une société allemande de sociologie. Comme Durkheim, Weber a eu une petite activité politique. Il est mort en 1920 en laissant inachevé son grand traité de sociologie générale Économie et société.

A) La conception Weberienne de la sociologie

a) L'objet de la sociologie selon Max Weber : l'action sociale.

Weber est hostile à l'usage trop systématique de concepts collectifs comme par exemple l’État ou la classe ouvrière, ou la religion catholique. Parce que ces phénomènes collectifs sont le résultat de la coopération entre les individus, par conséquent pour comprendre ces phénomènes collectifs il faut partir des individus. Weber nous rappelle qu'il n'y a pas de société sans individus et donc que pour comprendre la société, il faut partir des individus. Pour autant, toutes les actions individuelles ne sont pas des actions sociales. Pour Weber, une action individuelle est une action sociale lorsqu'elle est « significativement orientée par rapport à autrui ». En d'autres termes, je réalise une action sociale quand j'agis en fonction des autres. Exemple : 2 cyclistes ne se sont pas vus et entrent en collision, il n'y a pas action sociale ils ne se sont pas vus, en revanche si l'un voit l'autre et essaie de l'éviter, c'est une action sociale. Il pose ensuite une typologie des actions sociales. Il pose 4 types :

  • il y a tout d'abord les actions que Weber appelle affectuelles, c'est à dire les actions accomplies sous l'emprise d'un sentiment.

  • Ensuite, il y a les actions traditionnelles, effectuées conformément à une habitude.

  • Il y a aussi les actions rationnelles en valeur, lorsque les individus se conforment à ses principes mêmes si les conséquences de ses décisions lui sont désagréables, voir néfastes. (exemple : les duels ou le capitaine qui décide de couler avec son navire ).

  • Il y a enfin les actions rationnelles en finalité. C'est à dire que l'individu agit en fonction de ses préférences. Il se donne l'objectif qui lui convient le mieux. La seconde condition est que l'individu cherche à être aussi efficace que possible dans la réalisation de cet objectif. Ex : un constructeur automobile qui connaîtrait de graves problèmes commerciaux et qui déciderait en conséquence de faire une alliance avec la concurrence, aurait un comportement rationnel en finalité.
    Selon Weber, cependant, un même comportement effectif peut relever à la fois de plusieurs types d'actions sociales.

b) La méthode de la sociologie selon Max Weber

La méthode de Weber se distingue de celle de Durkheim sur 3 points.

Le premier c'est que pour Weber, le sociologue doit chercher à comprendre des actions sociales. C'est à dire trouver les raisons pour lesquelles un acteur a agi d'une façon plutôt que d'une autre. Comment opérer ce travail de compréhension ? Il y a 2 techniques qui sont envisageables, il y a l'interprétation psychologique et l'interprétation intellectuelle. L'interprétation psychologique consiste à s'identifier aux acteurs que l'on étudie. Weber déconseille fortement de recourir à cette technique pour 2 raisons : cette technique est difficilement praticable pour des expériences très éloignées de la nôtre. Cette technique est trop empreinte de subjectivité. Cette technique peut amener le chercheur à attribuer aux acteurs qu'il étudie des raisons qui ne seraient pas les leurs mais qui serait les siennes. En effet, un même comportement effectif peut être motivé par des raisons très différentes selon que c'est X ou Y qui agit. Il conseille donc l'interprétation intellectuelle. Elle consiste à rassembler le plus d'information possible sur l'acteur que l'on étudie et on cherche à mettre en évidence les raisons les plus probables pour lesquelles un acteur a adopté tel ou tel comportement. Weber veut comprendre les actions sociales alors que Durkheim veut expliquer les faits sociaux. En sociologie, les termes expliquer, comprendre, faits sociaux, actions sociales, ne sont plus des expressions neutres.
Le second point qui diffère de Durkheim, c'est le recours aux types d'idéaux car selon lui cet instrument peut aider le chercheur à dégager le sens que les acteurs donnaient à leur comportement.
Trois techniques : - On oublie certains aspects de la réalité de façon consciente et volontaire.

_ On exagère d'autres aspects de la réalité

_ On s'assure néanmoins que l'ensemble présente une certaine cohérence

Exemple : l'homo-oeconomicus, la conception de l'individu qui sous-tend une bonne partie de la théorie microéconomique. Dans cette conception on a oublié toutes les motivations qui ne sont pas spécifiquement économiques, c'est à dire tout ce qui ne déboule pas du soucis de pourvoir au besoin matériel. Les motivations psychologiques, les sentiments, ou encore les morales individuelles sont complètement laissés de côté. Dans ce modèle, on exagère certaines caractéristiques individuelles, par exemple on suppose que l'individu est « omniscient ». On suppose aussi que les individus sont capables de déterminer la meilleure solution. Et néanmoins, on obtient bien un modèle cohérent d'un individu qui maximise son utilité sous une contrainte budgétaire. Ces modèles « faux » permettent de comprendre la réalité en servant de point de comparaison. On met en évidence grâce à l'idéal type l'écart qui existe entre l'idéal type et ce qui se passe réellement. Et à partir de là, le travail du chercheur revient à se demander ce qu'il faudrait enlever ou ajouter à l'idéal type pour aboutir à une description fidèle des phénomènes observés. Weber signale que en période de crise bancaire, les épargnants ont un comportement irrationnel ( quand un banque fait faillite, les épargnants ont tendance à se précipiter auprès de leur banque pour retirer leurs avoirs. ). Donc la faillite d'une banque entraîne la faillite d'autres banques. Ce comportement est irrationnel parce que selon Weber la faillite des autres banques pourrait être évitée. Donc pourquoi les épargnants ne se comportent pas comme des homo-oeconomicus ? Il faut ajouter au modèle de base le fait qu'il y a des phénomènes de panique. Ce modèle est insuffisant mais pour cela qu'il est utile.

Le troisième point correspond à ce que Weber appelle l'imputation causale : Comment confirme-t-on une hypothèse ? Il y a 2 techniques.

  • La première correspond à la mise en évidence de la régularité statistique.

  • La seconde est l'expérimentation psychologique. Ça consiste à se demander ce qui se serait passé si le facteur explicatif qu'on a isolé ne s'était pas produit ou s'il s'était produit sous une forme différente. Weber se demande dans quelle mesure la victoire des Grecques devant les Perses à Marathon peut être considérée comme une cause du développement de la culture humaniste des grecques. Pour répondre à cette question, il se demande ce qu'il se serait passé si les Perses avaient gagner. 1er point : chaque cité grecque avait son propre système religieux. 2nd point : là où les perses ont gagné, ils ont fondés des régimes théocratiques. Donc ces 2 éléments ne créent pas de problèmes. Weber en conclut que si les Perses avaient gagné à Marathon, ils auraient fait en Grèce ce qu'ils ont fait ailleurs. Cela aurait doublement nuit au développement de culture humaniste grecque. D'abord, parce que cette culture valorise l'usage de la raison, y compris contre les dogmes religieux. Ensuite, parce que cette culture repose sur une recherche de principe universels et donc s'oppose au système de pensées locaux. Par conséquent, selon Weber, le non développement de la culture humaniste grecque était une possibilité objective en cas de victoire des Perses à Marathon.

B) Une œuvre marquante : l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

C'est un livre extrêmement important même s'il porte sur un phénomène relativement circonscrit à savoir l'influence de la religion protestante sur le développement du capitalisme. Il apporte des réponses à une question fondamentale de la sociologie, qui est « quels sont les facteurs du changement social ? ». Marx proposait une réponse extrêmement limitative à cette question. Selon lui, à chaque époque, on retrouve une exploitation par ceux qui possède les moyens de production de ceux qui utilise les moyens de production. Et donc selon lui, le principal facteur de changement social c'est le progrès technique car il détermine le type de production dominant et donc quels sont les moyens de production. Mais par exemple, les idéologies ne sont pas un facteur de changement social. C'est particulièrement vrai de la religion, soit l'opium du peuple, ce qui signifie qu'elle conduit aux prolétaires à accepter leur sort en leur promettant une vie meilleure après leur mort. Weber montre que Marx a eu tort.

a) Les liens privilégiés entre protestantisme et capitalisme

Weber montre à l'aide de statistiques que les protestants se tournent plus facilement vers le capitalisme que les catholiques. En effet, les protestants sont surreprésentés dans les catégories de la population les plus caractéristiques du capitalisme industriel. Ainsi, les protestants sont surreprésentés parmi les chefs d'entreprise, chez les détenteurs de capitaux et parmi les travailleurs les plus qualifiés des entreprises capitalistes comme par exemple les cadres ou les ingénieurs. Cette situation est la conséquence du parcours de formation suivi par les catholiques et les protestants. Ces derniers ont en général des études plus longues que les catholiques. Ensuite, ils ne font pas les mêmes études que les catholiques. Les catholiques s'orientent plutôt vers les humanités ( disciplines littéraires ). Les protestants eux, font des études que les prépare aux métiers de l'industrie et du commerce. Les catholiques qui font des études préparant aux métiers de l'industrie et du commerce s'orientent plutôt vers l'artisanat ou le petit commerce alors que les protestants se dirigent plutôt vers les grandes entreprises industrielles. Ce qui apparaît à travers ces statistiques c'est que les protestants apparaissent davantage disposés envers le capitalisme industriel que les catholiques. Pour expliquer cela, il faut commencer par définir précisément ce qu'on appelle capitalisme industriel.

b) La caractérisation du capitalisme industriel par Max Weber

Max Weber caractérise le capitalisme industriel ou moderne par un double jeu d'opposition. Opposition d'abord à ce qu'il appelle économie traditionnelle, opposition ensuite à ce qu'il appelle le capitalisme spéculatif. Dans l'économie traditionnelle, l'entrepreneur cherche uniquement à satisfaire ses besoins usuels, habituels. Cette posture se traduit concrètement de la façon suivante : Dans l'économie traditionnelle, le travail est modéré. Le travail est routinier, pas d'innovations au niveau des techniques de production ou au niveau des biens et services qui sont proposés au client. Le chef d'entreprise entretient des rapports amicaux, conviviaux, aussi bien avec ses fournisseurs qu'avec ses clients. Par opposition à l'entrepreneur de l'économie traditionnelle, le capitalisme moderne selon Weber recherche à dégager le plus grand profit possible. Donc son travail est intense, il a une recherche constante de l'innovation et une très grande agressivité commerciale. Weber caractérise le capitalisme industriel comme la recherche rationnelle et systématique du profit. Le capitalisme spéculatif correspond à ce qu'on appelle aujourd'hui un «  flambeur ». Il recherche le profit afin de financer un mode de vie plus luxueux. Il recherche le plaisir et compte l'ostentation de sa richesse. Le capitalisme industriel recherche le profit pour le réinvestir, pour accumuler du capital sur le long terme. Le capitalisme spéculatif recherche le profit pour consommer alors que le capitaliste moderne cherche le profit pour l'investissement.

  1. La recherche des causes dans les deux grandes branches du protestantisme

Weber étudie successivement ces 2 branches du protestantisme. Il commence par la religion Luthérienne. Il y a une notion extrêmement intéressante pour la question que se pose Weber. Cette notion c'est celle de Beruf. C'est à la fois le métier et la vocation. En effet, pour les Luthériens, l'homme dans son existence terrestre, doivent avoir une activité productive. Donc la religion luthérienne incite ses fidèles à travailler et constitue un élément de convergence entre la religion Luthérienne et le capitalisme industriel. Cependant, cette hypothèse luthérienne n'est pas entièrement satisfaisante parce que le luthérien qui travaille le fait par obéissance à la tradition religieuse. Or, dit Weber, le capitaliste industriel rejette la tradition. Weber conclut que la religion luthérienne à elle seule ne permet pas d'expliquer pleinement les relations privilégiées entre capitalistes et protestantistes. Après avoir exploré la piste luthérienne, il s'engage dans une autre voie, qui est celle de Calvin. Cette hypothèse n'est pas très séduisante. En effet, au cœur du calvinisme, il y a un dogme essentiel qui est celui de la prédestination. Selon Calvin, à notre naissance, Dieu déciderait si l'on doit être damné ou au contraire au paradis. Cette décision est à la fois insondable et irréversible parce qu'il n'y aurait aucun moyen de savoir ce qu'il est décidé pour tel ou tel individu. Dans la mesure ou rien ne pourra la modifier, même si on a une existence exemplaire. On peut se livrer à tous les vices, on sera sauvé. Cette prédestination aurait pu entraîner chez les fidèles une attitude fataliste. Les fidèles communistes sont sans cesse tourmenter par 2 questions : suis-je élu ? Comment le savoir ? Ils se les posent à eux-mêmes mais aussi à leur pasteur. L'existence de ces pasteurs calvinistes est ainsi devenue totalement insupportable. On leur pose toujours 2 questions à laquelle ils n'ont pas de réponse. Les pasteurs calvinistes ont réagi à ces situations en conseillant à leurs fidèles de travailler autant qu'il leur en est possible. Ils leur ont donné ce conseil pour 2 raisons : c'est une façon de se détourner des questions métaphysiques. Seconde raison : les pasteurs ont déformés le dogme initial tel qu'il avait été formulé par Calvin. Progressivement, les pasteurs calvinistes ont commencé à dire que la réussite socio-économique d'un individu pouvait être interprétée comme un signe que cet individu faisait partie des élus, serait après sa mort sauvé. Cette interprétation n'est possible que si l'individu en question menait une vie moralement exemplaire, c'est à dire une existence caractérisée par une très grande sobriété à l'égard des plaisirs de l'existence. Par-là, les fidèles calvinistes étaient incités non seulement à travailler beaucoup mais aussi à réussir économiquement. Et ils étaient en outre incités non pas à consommer, à dépenser leurs ressources mais au contraire à les épargner et donc à les investir. Donc dans le discours des pasteurs calvinistes, on trouve une incitation aux 2 comportements, qui selon Weber, sont caractéristiques du capitalisme industriel.

Conclusion : Au bout du compte, l'approche Durkheimienne et l'approche Weberienne de la sociologie apparaissent complémentaires plutôt qu'opposées. En effet, chacune d'entre elles présentent des imperfections, des risques, comblés ou contournés par le recours à l'autre approche. L'approche compréhensive ( Weber ) présente un risque qui est d'attribuer aux individus qu'on étudie des sentiments qui ne sont pas les leurs. Un individu d'origine étrangère peut-il s'intégrer dans sa société d'adoption s'il reste attaché aux traditions de sa société d'origine ? On peut tenir le raisonnement suivant : Un individu qui veut s'intégrer dans une société doit se conformer aux traditions de cette société et donc s'il veut s'intégrer il doit renoncer aux traditions de sa société d'origine. Ce discours a sa logique, néanmoins, sociologiquement, ce discours est parfaitement inexact. Et statistiquement, plus un immigré est attaché aux traditions de sa société d'origine, plus il a de chances de s'intégrer dans sa société d'adoption. Il a plus de chances d'entrer en contact des immigrés qui ont la même origine que lui mais qui sont déjà installés dans le pays depuis longtemps. Souvent, il y a des associations qui viennent ainsi en aide aux immigrés récemment installés. Donc on voit ici comment les statistiques permettent de réfuter un raisonnement compréhensif, biaisé, partiel.

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