Résumé de l’ouvrage Chapitre 1 et 2 : a travers le macroscope / La révolution systémique IL ne faut pas considérer l’approche systémique comme une «science,»








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Fiche de lecture : Le macroscope Actualité de la question


Fiche de lecture
Le macroscope
  1. Postulats


Le macroscope est un outil symbolique avec lequel Joël de Rosnay nous propose d'observer l'infiniment complexe, pour porter un regard neuf sur le monde, la société et l'homme afin de construire de nouvelles règles d'action. L'approche systémique est  transdisciplinaire et s'oppose à l'approche linéaire et séquentielle en intégrant la causalité mutuelle et l'interaction. Elle porte notamment sur l'écologie, l'économie, la biologie sans être toutefois un ouvrage de vulgarisation, son but étant de stimuler le discernement et la pensée inventive.
  1. Hypothèses


Joël de Rosnay construit dans ce livre un projet de société basé sur de nouveaux rapports de l'homme avec l'homme, de l'homme avec la nature et de l'homme avec son avenir en faisant appel à la créativité de chacun. C'est cette vision dynamique qui, en intégrant le temps, fait apparaître le relationnel et le devenir pour un complet processus de transformation.
  1. Démonstration


Qu'y a-t-il de commun entre l'écologie, le système économique, l'entreprise, la ville, l'organisme, la cellule? Rien, si on se contente de les examiner avec l'instrument habituel de la connaissance, l'approche analytique. Mais beaucoup, en revanche, si l'on dépasse cette démarche classique pour faire ressortir les grandes règles d'organisation et de régulation de tous ces "systèmes". Pour Joël de Rosnay, l'instrument symbolique de cette nouvelle manière de voir, de comprendre et d'agir est le "macroscope", qui devrait être aussi précieux aujourd'hui aux grands responsables de la politique, de la science, de l'industrie, et à chacun de nous, que le sont le microscope et le télescope pour la connaissance scientifique de l'univers.
  1. Résumé de l’ouvrage


Chapitre 1 et 2 : A travers le macroscope / La révolution systémique

Il ne faut pas considérer l’approche systémique comme une « science, » une « théorie, » ou une « discipline, » mais comme une nouvelle méthodologie qui permet de rassembler de la connaissance accumulée afin d'augmenter l'efficacité de nos actions. L'approche systémique embrasse et dépasse l'approche cybernétique (N. Wiener, 1948), dont l'objectif principal est l'étude des régulations chez les êtres vivants et les machines. L'approche systémique n'a rien d’une approche systématique qui confronte un problème ou établit une série d'actions de façon séquentielle, d'une manière détaillée en n'oubliant aucun élément. C’est cette nouvelle approche que symbolise le macroscope. Elle s’appuie sur une approche globale des problèmes et des systèmes que l’on étudie et se concentre sur le jeu des interactions. Forrester s'est rendu compte de l'importance de l'approche systémique dans la conception et le contrôle des organisations complexes impliquant des hommes et des machines interconnectés en « temps réel » : les machines ont dû être capables de prendre des décisions essentielles pendant que l'information arrivait. En 1971, il a généralisé ses premiers travaux en créant une nouvelle discipline, la « dynamique des systèmes », et a édité « Word Dynamics ». Ce livre sera à la base du travail de Dennis H. et de son équipe sur les limites de la croissance.

L’auteur du Macroscope définit la complexité par 5 points : 

  • l’existence d’éléments ou d’agents (ex : les cellules),

  • l’existence de relations entre ces éléments,

  • la présence de niveaux hiérarchiques interdépendants et de réseaux,

  • des comportements dynamiques (non linéaires) de la part des éléments,

  • et une capacité d’évolution.

La ville, par exemple, est un élément complexe. Elle est à la fois le support et la conséquence de l’organisme vivant qui y habite. Il en est de même pour une cellule, un corps humain ou la terre. Joël de Rosnay constate un accroissement de la complexité. En prenant l’exemple de l’évolution de l’ADN dans le corps humain, il montre la manière dont un système pourtant simple évolue pour se complexifier au fil du temps : l’ADN se reproduit. En se reproduisant, il introduit dans son code des erreurs générées par l’environnement extérieur (pollution, radiations, maladies, etc.), c’est ce que Joël de Rosnay appelle « un générateur aléatoire de variétés ». Si le système ne s’adapte pas à ces changements, il disparaît. Sinon, il évolue en apprenant à maîtriser son environnement (c’est la boucle de l’apprentissage) ce qui lui permet de s’adapter et donc de survivre pour se reproduire de nouveau en prenant en compte ces nouveaux changements. Cette boucle de l’ADN est valable pour l’ensemble du monde animal. 

L’homme apparaît dans l’écosystème tel un parasite, détournant à son profit énergie et ressources sans mesurer les conséquences désastreuses que cela pourrait induire pour l’environnement. Néanmoins, l’homme n’est pas un animal comme les autres et a une différence de taille : il est le seul à pouvoir imaginer et prévoir cette évolution (c’est le monde de l’imagination). Cette capacité d’imagination accélère la complexification car l’homme n’a pas besoin de passer par de longues phases d’apprentissages. Cette capacité est encore dupliquée grâce à l’informatique et à la puissance des ordinateurs (on entre alors dans le monde virtuel). Ces trois mondes (animal ou réel, imaginaire et virtuel) réagissent pourtant de la même manière. A l’image de la cellule ADN, un programme informatique suit la même boucle évolutionniste : création du programme, reproduction, mutations ou bug ; si le programme n’a pas évolué il disparaît, sinon il est transformé en prenant en compte les nouveaux changements dans ses lignes de code.

Cette spirale de la complexité peut être vertueuse ou vicieuse selon que l’agent s’adapte ou non aux fluctuations. Il existe alors trois évolutions possibles pour chaque système complexe :  

  • la désorganisation et la disparition : le désordre s’accroît plus vite que la capacité du système à remettre de l’ordre,

  • le statu quo : l’auto-organisation et l’entropie se compensent,

  • l’accroissement de la complexité : l’auto-organisation du système augmente plus vite que l’entropie.

Pour l’auteur du Macroscope, seuls les systèmes complexes ouverts sont en mesure d’évoluer. Il présente deux aspects fondamentaux de la complexité : la notion de seuil et l’intelligence collective :

  • La notion de seuil : chaque système complexe connaît une phase de développement exponentielle. Par exemple, ce n’est qu’au cours du XXe siècle que l’économie s’est totalement développée, notamment après la Seconde Guerre mondiale. Les effets de seuil ont été mis en lumière par le biologiste et théoricien de la complexité, Stuart Kauffman. En reliant entre eux des boutons par un simple fil, Kauffman met en évidence l’existence d’un seuil à partir duquel le nombre de boutons soulevés simultanément, lorsque l’on tire le fil, passe de quelques-uns à une majorité en un temps très court (idées de cluster et de transition de phase). Joël de Rosnay reprend le même schéma pour analyser l’explosion d’Internet dans le monde. Avec près de 650 millions d’internautes, il pense que la Toile n’est qu’au début de la phase de transition et que le nombre de connectés risque de croître de façon exponentielle dans les prochaines années.

  • L’intelligence collective : l’idée de l’intelligence collective se retrouve dans le monde animal et plus particulièrement chez certaines espèces comme les fourmis ou les abeilles. Les fourmis sont  « stupides » quand elles sont prises individuellement. Mais, si l’on prend toutes les fourmis d’une colonie, on remarque que la somme de chaque individualité aboutit à l’émergence d’une forme d’intelligence collective qui leur permet, par exemple, de construire des fourmilières immenses ou de surmonter de nombreux obstacles qu’elles seraient incapables de franchir seules. Elles sont, par exemple, toujours en mesure de trouver le chemin le plus court qui mène à la fourmilière. Pour Joël de Rosnay, l’intelligence collective émerge de la dynamique des interactions entre les éléments d’un groupe ou d’une société. L’intelligence collective n’est pas quelque chose de complexe ; au contraire, elle est issue de la somme d’éléments simples mais qui, en se cumulant ou se superposant, aboutissent à un système complexe. La meilleure illustration de ces propos est à chercher dans les images fractales ou dans le langage binaire. C’est à partir de simples lignes de codes composées de 1 ou de 0 que fonctionnent des programmes informatiques fort complexes.

Mieux comprendre ces mécanismes d’interdépendance peut nous permettre de mieux agir dans l’entreprise, la ville et la société, en étant capable d’englober dans notre analyse les organismes, les organisations et leurs interdépendances.

Chapitre 3 : L’énergie et la survie

Cela a pris plusieurs années pour que les biologistes arrivent à une vision globale de l'écoulement de l'énergie dans les systèmes vivants et pour qu’ils créent la nouvelle discipline que nous appelons aujourd’hui la bio-énergétique. En se basant sur cette science, l’auteur considère ici, de façon générale les effets possibles à long terme des activités énergétiques de l'homme sur le climat de notre planète plutôt que de décrire les effets des polluants spécifiques. En effet, l’économie moderne est basée sur la gestion d'une énergie capitale et l'utilisation judicieuse d'information « organisant » l'énergie en produits qui peuvent être assimilés directement par la cellule, l'organisation, ou les différentes espèces de l'écosystème. Une approche systémique des processus qui lient l'économie et l'écologie doit essayer de dépasser le concept déjà périmé de la « valeur monétaire » et la compléter avec le concept de « coût énergétique », exprimés en unité universelle d'énergie.

Afin de trouver et mettre en oeuvre de nouvelles sources d'énergie ou pour choisir les manières les plus avantageuses d'économiser de l'énergie, nous devons d'abord être disposés à établir les bilans complets et détaillés d'énergie.

Comme l’indique la loi du rendement optimum, nous préférons sacrifier le rendement à la puissance. Ce qui nous conduit à gaspiller une énergie disponible d’environ 50%, afin de réaliser un changement plus rapide.

L'augmentation de l'énergie libre, à chaque étape dans la transformation d'un produit au cours de sa fabrication, est l'équivalent physique du concept économique de la valeur ajoutée. L'analyse énergétique du début des années 1970, montre que la totalité d'énergie dépensée pour la production alimentaire représente environ 15% de tout le budget d'énergie des Etats-Unis et 22% de tout le budget de l'électricité. Appliquée à l'agriculture, l'analyse énergétique montre comment l'énergie des combustibles fossiles remplace l'énergie fournie par le travail des animaux domestiques, des hommes et par les éléments naturels. L'écart entre l’énergie nécessaire à la production et le besoin alimentaire se creuse, car l'augmentation du niveau de vie comporte une utilisation croissante des nourritures en boîtes, congelées, et préparées dont la fabrication ou le stockage exigent des quantités significatives d'énergies.

L'analyse d'énergie aidera d'une manière positive à faciliter les choix des moyens les plus appropriés et les plus avantageux pour résoudre certains des problèmes créés par la crise énergétique, la crise alimentaire et la crise de l’environnement.

La bio-industrie issue de la biotechnologie apportera des solutions nouvelles, à base de technologies douces, à la crise de l’énergie et à la dégradation de l’environnement. La biotechnologie, l’ingénierie mécanique puis l’électronique peuvent être inclus dans un ensemble que l’auteur nomme « l’ingineering écologique ou éco-ingineering ». L’éco-ingineering, avec l'aide de nouvelles méthodes (comme l'analyse énergétique), permettra à des hommes pour la première fois de manipuler consciemment les circuits d'énergie de l'écosystème pour le bien de l'homme et de la nature, et ainsi créer les bases d’une économie nouvelle.

Chapitre 4 : L’information et la société interactive.

L’information qui circule dans une voie de transmission se dégrade de manière irréversible (entropie). Il y a de l’information descendante (type médias) et une information montante (type associations). Le rapport étroit entre l'énergie et l'information a émergé quand nous avons compris que de l'énergie doit être dépensée afin d'acquérir l'information et l'information doit être employée afin de rassembler l'énergie et permettre son utilisation. L'information serait demeurée un concept qualitatif de peu d'intérêt s'il n'était pas devenu possible de mesurer avec précision la quantité de l'information contenue dans un message passant par une ligne de transmission. Pour définir correctement ce que représente une certaine quantité d'information, on doit se mettre dans la situation d'un observateur essayant d'obtenir des informations sur un système qu'il ne comprend pas. Ce système pourrait se composer du nombre de réponses possibles à une question, du nombre de solutions à un problème, ou simplement d'un paquet de cartes étendu sur une table.

La vitesse de l'évolution et l'impact des systèmes de télécommunications sont tels qu'il semble utile de discuter maintenant des conditions et des conséquences d'une nouvelle forme d'organisation sociale, « société en temps réel. ». Cette idée peut être généralisée : chaque action impliquant des décisions et des dates limites se produit en temps réel, l’action comporte l'information, servant de base aux décisions, et atteint les centres de décision avant les dates limites.

L’évolution des moyens de communication impliquent pour la société deux actions fondamentales de la conscience individuelle : l’observation (acquérir de la connaissance, s'informer) et l’action créatrice (organiser le monde). L'identification automatique des véhicules mobiles dans certaines zones permettra de fournir des informations sur le trafic et de commander des feux de circulation afin, par exemple, de donner aux véhicules de secours le droit de passage. Un des avantages les plus importants des nouveaux systèmes d'information électronique est la possibilité de la rétroaction d'information aux centres de décision. Nous pourrions essayer de renforcer le rôle des représentants en leur donnant l'accès à des systèmes interactifs électroniques de participation liés aux groupes de citoyen.

Il est nécessaire de faire de plus en plus attention aux flux d'informations remontant vers les centres de décision, où les dangers d’atteinte à la vie privée sont évidents.

Dans une réelle société interactive, la richesse se fonderait sur la diversité des échanges entre individus totalement responsables donc libres. Notre malaise social peut s’expliquer par la perte de sentiment de participation au fonctionnement du système pour le citoyen.

Chapitre 5 : Le temps et l’évolution.

Dans la pensée systémique, la notion de temps prend sa source dans l’adaptation du vivant aux conditions de l’univers. Le temps est donné, il ne s’écoule pas. C’est le sujet, autrement dit la conscience qui reçoit une information.

Nous ne pouvons plus nous référer « à un temps universel » et « à un espace absolu. » Les propriétés de l'espace-temps dépendent de la vitesse à laquelle un objet voyage, et aux vitesses approchant la vitesse de la lumière, l'espace-temps « se contracte » autour de l'objet. Mais en raison de son adaptation aux conditions de l'univers, la conscience, afin d'acquérir l'information, peut seulement l'observer dans la direction de l'entropie croissante (la direction du temps).

L'explication causale est basée sur l'expérience, la démonstration, et la preuve scientifique, alors que l'explication par finalité ne permet ni la démonstration irréfutable ni la preuve scientifique. Incapables de considérer toutes interdépendances des mécanismes de fonctionnement du cerveau ou de la cellule, nous isolons plusieurs boucles qui semblent être essentielles, et nous les ouvrons afin de trouver le rapport familier de la cause et de l'effet. L’auteur énonce que le principe de la raison suffisante ou l'explication causale indiquent seulement un aspect de réalité, dû aux limitations liées à notre perception de temps. Le résultat est que « la convention qui définit la direction du temps par l'augmentation de l'entropie est inséparable de l'acceptation de la causalité comme méthode d'explication » (Grunbaum). Nos pensées atteignent leurs limites quand nous considérons le phénomène de l'évolution dans sa totalité : de la formation de la matière vivante jusqu’à l'apparition sur terre des systèmes vivants et des systèmes sociaux.

Si le futur de chaque vie et le futur de l'évolution coïncident et se superposent, c’est parce que nous imaginons notre futur individuel, comme quelque chose à construire. Pour créer de l'information, de l'organisation, pour compenser l'usure des machines, pour employer les moyens qui permettent de canaliser l'énergie, il faut retenir le temps, en l’empêchant de se perdre, en maintenant un équilibre entre la vitesse d’organisation et de désorganisation.

Au-delà des problèmes posés par la pollution ou l’épuisement des ressources naturelles, la croissance économique « à tout prix » introduit une autre contrainte : elle fait du temps un produit consommable. Le temps, comme le travail, est mis en « miettes », rationné. Car il devient un bien dont nous commençons à manquer. Avide de gagner du temps, notre époque se caractérise autant par la conquête du temps que par la conquête de l’espace. Nous continuons d’inventer des machines à conquérir le temps, au delà de notre nécessité et de notre capacité d’intrégation.

Chapitre 6 : Valeur et éducation.

Dans un environnement en cours d'évolution les lois des cybernétiques mettent en évidence, l'efficacité des servomécanismes qui sont capables de s'adapter, et l'échec des mécanismes programmés. La biologie et l’écologie nous montrent qu’il n’existe pas d’opposition tranchée dans la nature, mais qu’il existe des relations fondées sur le pluralisme, la diversité et la causalité mutuelle. Ainsi nous recherchons pour la science un rôle social. Nous avons pris conscience de notre pouvoir, en tant qu’individus, d’agir collectivement.

Il faut dépasser le stade de la critique politique traditionnelle de la société, pour faire ressortir les voies sur lesquelles paraissent s’engager les nouvelles pensées. Il est devenu presque banal de constater l’échec des projets de sociétés. Pour construire un nouveau projet, il faut à partir de nouveaux rapports de l’homme avec son avenir, faire appel à la créativité de chacun, respecter l’indépendance et prendre en compte les motivations et les objectifs personnels.

Très généralement, un jeu peut être défini comme une activité ayant lieu entre deux décideurs ou plus, qui essayent d'atteindre leurs objectifs (notamment gagner le jeu) tout en tenant compte des diverses contraintes et limitations (les règles du jeu). Le décideur formule des stratégies, commerce avec d'autres, forme des associations, prend des décisions, et évalue en temps réel les conséquences de son action grâce à l'information qui rétroagit avec son environnement.

L'expérience prouve que les étudiants qui ont fait un modèle du système qu'ils étudient, l’ont testé comme dans un jeu. Ainsi ils ont pu poser les « bonnes questions », définir les limites de la variabilité dans les paramètres d'un système et la précision des données de base à présenter dans le modèle.

La modélisation et l'écriture des programmes de simulation sur ordinateur sont particulièrement éducatives, surtout quand le langage de programmation et le symbolisme utilisés sont simples. L’apprentissage par la création passe par une nouvelle approche qui tend à inverser la direction du flux de connaissances. C’est donc aux élèves d’organiser leurs connaissances à partir des éléments fournis par le professeur.

Selon l’auteur, l’entreprise a également son rôle à jouer dans l’éducation systémique. En effet, le modèle global qu’elle représente se prête particulièrement bien à la description et à l’assimilation des données systémiques de base.

Principales conclusions

Joël de Rosnay apporte un regard neuf sur la complexité en donnant de nouvelles pistes de compréhension. La finalité de cet apport est de pouvoir mieux comprendre pour mieux agir sur des systèmes complexes comme le corps humain ou la société.

Les mécanismes de rétroaction s'appliquent pour la plupart à la consommation d'énergie, au taux d'intérêt créditeur, au taux de croissance de population, et aux cycles correspondant aux fonctions de l'approvisionnement, de la production, de la consommation et du recyclage. Il offre l'espoir que quelque chose peut être sauvé parce qu’il existe en chacun de nous une puissance unique de création et parce que les résultats de la société se reposent dans la création collective. Il n'y a aucune théorie économique d'une société fondée sur la technologie où les règles d'intérêt mènent à zéro, où le capital productif ne mène pas à l'accumulation. Il n'y a aucune recherche de stabilité, qui permette à l'homme de « se retrouver » afin qu’il découvre d'autres moyens de motivation.

L’auteur propose, à travers les idées, suggestions et thèses de « stimuler » notre réflexion. En effet, les éléments développés sont autant de clés qui vont nous permettre d’élaborer des scénarii en fonction du but à atteindre, par le jeu des interactions, et ainsi se donner la possibilité d’agir sur notre environnement en toute conscience.

Discussion et critique

Ce livre pose bien une question de fond, celle du rapport de l'écologie-politique et de la théorie des systèmes.

L'écologie-politique se définit d'abord comme réponse aux destructions de l'environnement, anti-productivisme mettant en cause l'organisation sociale du capitalisme industriel et financier, en continuité avec l'ancienne critique sociale. Ce premier niveau politique est essentiel. Ce paradigme d'une pensée globale est justement celui de la théorie des systèmes. Ce livre, dont très peu d'affirmations sont dépassées aujourd'hui (les 10 commandements ci-dessous illustrent cette actualité), témoigne de cette identité avec les idées écologistes.

Les dix commandements de l'approche systémique (p 132): 

  1. Conserver la variété

  2. Ne pas ouvrir les boucles de régulation (pas de rupture des cycles naturels)

  3. Rechercher les points d'amplification (points sensibles, maillon faible, goulot d'étranglement)

  4. Rétablir les équilibres par la décentralisation

  5. Savoir maintenir les contraintes (les limites)

  6. Différencier pour mieux intégrer

  7. Pour évoluer : se laisser agresser (adaptation)

  8. Préférer les objectifs à la programmation détaillée

  9. Savoir utiliser l'énergie de commande (répartition de l'information)

  10. Respecter les temps de réponse

Cette convergence ne va pas sans poser problème. Certes, la théorie des systèmes permet de sortir d'un biologisme dangereux, bien que largement inspirée par les modèles biologiques. En effet, elle sépare ce qui est de l'ordre de la causalité biologique et ce qui est de l'ordre de l'équilibre d'un circuit, des flux de matière ou d'énergie, mais ne s'agit-il pas dès lors d'une nouvelle forme de scientisme ? Au contraire, nous verrons plus bas que cette pensée globale remet en cause les conceptions naïves de l'écologie ou de la science, et leur caractère insuffisamment historique. Ignorer le long processus de construction philosophique de ces concepts leur donne un caractère de "révélation" dommageable. Il serait utile de montrer la continuité avec Hegel et Marx notamment. Nous ne pouvons pas ignorer un contenu correspondant à l'évidence, et avec le recul des années, les principes de l'écologie-politique pourraient s’imposer comme une véritable alternative.

Il faut donc lire cette excellente initiation à la pensée globale comme théorie des systèmes, à l'écologie définie comme pensée synthétique, pensée de la finalité, prenant le contre-pied de la pensée analytique, réductionniste, séparatrice et individualiste. Le projet écologiste tourné vers l'avenir, "temps potentiel", créatif, libre, actif, coopératif et visionnaire s'oppose au temps causal du spectateur, au déterminisme passif, à l'entropie, la rareté, l'intérêt individuel. La représentation de l'avenir à sauvegarder précède l'action alors que la représentation scientifique est supposée suivre l'observation. La flèche du temps est inversée entre l'idéalisme de la volonté qui dessine le futur, le temps créatif de complexification, d'unification, et le matérialisme du temps causal qui vient du passé, temps du vieillissement, de la dégradation entropique (p 243). Le sens s'oppose au savoir comme le sujet à l'objet, l'énonciation à l'énoncé, l'actif au passif, l'avenir au passé.

Il faudrait reprendre et discuter l'hypothèse avancée de remplacer la valeur marchande par le coût énergétique, ce qui serait une généralisation des écotaxes (p 166), mais dont l'objectivité vaudrait peut-être mieux, au moins dans certains cas, que de remplacer la valeur par une décision politique subjective. De même, on peut retenir le concept d'économie stationnaire (p 266) proposé à la place d'une "croissance zéro" impossiblement immobile alors qu'il s'agit de maintenir des équilibres. Le "développement soutenable" n'avait pas encore été inventé, comme camouflage en trompe l'oeil d'une croissance destructrice.

Un des avantages de l'approche systémique est d'établir que "dans un système ouvert il n'existe que des déséquilibres contrôlés" (p 266), et donc soumis à une finalité. Rien de plus opposé au libéralisme, comme au dirigisme d'ailleurs. C'est même sans doute la seule alternative possible au libéralisme. Les "nouvelles valeurs" émergentes qui sont tirées de la perspective d'une pensée globale, et dans lesquelles on peut encore se reconnaître entièrement 25 ans après, semblent bien liées essentiellement à ce nouveau stade cognitif, invisible encore, au-delà de l'empire de la marchandise dont le spectacle envahit tout pourtant. En particulier la généralisation de la "gestion par projet" s'impose de ce point de vue (l'autonomie de l'acteur plutôt que la contrainte hiérarchique), pas seulement à cause de l'évolution de la production, bien que cela soit rendu possible par l'informatique (pas de véritable "système" sans circulation de l'information, substitution de l'information à la contrainte).

Cette prise de conscience est aussi, avons-nous dit, celle de l'approximation de tout système, de l'ignorance au cœur du savoir, du principe de précaution qui ne s'était pas encore imposé à l'époque et manque à l'approche systémique.

Enfin, c'est la conquête du temps qui est posée comme l'ambition d'une société de l'abondance. "L'abondance des biens crée une pénurie de temps" (p 267). Nous pouvons regretter pourtant que l'information soit souvent trop identifiée à l'énergie. Sur quelques points, inévitablement, les thèses peuvent dater, cependant, il est surprenant de voir qu’il y en a si peu. L'essentiel reste les conséquences d'une pensée globale que les écologistes ne peuvent que reprendre entièrement à leur compte et un projet d'écosociété dessiné à grands traits à la fin du livre, qui ressemble au notre, malgré quelques naïvetés.
  1. Actualité de la question


Trente ans après sa parution, Le Macroscope reste le livre fondateur de l’analyse systémique en France. Selon son auteur, elle facilite la compréhension et l’étude de l’infiniment complexe comme le microscope l’étude de l’infiniment petit, et le télescope celle de l’infiniment grand. Il s’agit du premier ouvrage de vulgarisation de cette nouvelle méthode de réflexion. Afin de mettre en avant les intérêts de l’analyse systémique, Joël de Rosnay s’est attaché dans son livre, à l’appliquer à trois domaines qu’il juge essentiels : l’énergie, l’information et le temps. L’application de l’analyse systémique à ces trois domaines a débouché sur de nouveaux concepts comme le chronocentrisme, la bio-industrie, l’éco-énergétique, l’écotechnologie ou encore Internet qu’il décrit (alors que l’informatique pour les particuliers n’en était qu’à ses premiers balbutiements) dans le chapitre « Vers la société en temps réel » comme un système mondial d’interconnexions entre les cerveaux des hommes et ceux des ordinateurs.

Pour l’auteur, l’analyse systémique ne supplante pas l’approche analytique mais la complète. Ainsi, si l’approche analytique se concentre sur les éléments, la systémique, quant à elle, étudie ce qui relie ces éléments. C’est aussi une perception globale, qui intègre la durée et qui permet de jouer sur des groupes de variables de façon simultanée par le biais de la simulation. De plus, si l’approche analytique est adaptée à l’action programmée, l’approche systémique ouvre de meilleures perspectives pour l’action par objectifs. 

Au cours des trente années qui ont suivi la publication du Macroscope, Joël de Rosnay distingue trois grandes phases. La première s’étend de 1975 à 1985. Durant cette période, il applique ses nouvelles méthodes en se focalisant sur deux sujets : la gestion des complexités du corps, qui donne lieu à la publication de La « Malbouffe » (1979) dans lequel il développe le concept de bionomie. Puis, il se penche sur la gestion des complexités de l’information dans « Branchez-vous » publié en 1985. Il y mène notamment une réflexion avant-gardiste sur l’usage et la place de l’ordinateur dans les foyers. 

La seconde période, de 1985 à 1995, est l’époque durant laquelle émergent aux États-Unis, ce qu’il appelle les sciences de la complexité. Une des grandes thématiques est alors de s’interroger sur l’accroissement de la complexité dans la société. C’est à cette époque que de nouveaux modèles, la théorie du chaos, la dynamique des réseaux ou les organisations fractales, sont utilisés pour l’étude et l’analyse de systèmes complexes.

À  partir de 1995, Joël de Rosnay développe, en particulier dans « L’homme symbiotique », la métaphore du cybionte, un organisme planétaire que l’on peut assimiler à un organisme vivant, composé d’une multitude de réseaux et de connexions autour de la terre. Cet organisme est le résultat de la symbiose entre les hommes et les machines et vit grâce à la multiplication des réseaux et des nouvelles formes de communication. Pour parvenir à gérer l’évolution de ce système, il est nécessaire de le comprendre. En rassemblant à la fois des éléments de la théorie du chaos et des sciences de la complexité, Joël de Rosnay, propose comme outils d’analyse de son cybionte, une « théorie unifiée de l’auto-organisation et de la dynamique des systèmes complexes ». L’ensemble des phénomènes couverts par cette théorie s’appelle la symbionomie. La symbionomie est l'étude de l'émergence des systèmes complexes par auto-organisation, autosélection, coévolution et symbiose. Le terme trouve son origine dans la symbiose animale dont il reprend une grande partie des mécanismes pour l’appliquer à des systèmes complexes et non-vivants (villes, réseaux Internet etc.)


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