8 Processualité documentaire et agencement des textures numériques : bases de données, archives ouvertes, épi-revues, «deconstructed / distributed journals»1








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Version auteur du texte paru dans « technologies de l'information et intelligences collectives », dir. B. Juanals & J.-M. Noyer, Hermes-Lavoisier, 2010 , p.263-280

De la numérisation des revues à l’expérimentation d’une édition de recherche processuelle

8.1. Processualité documentaire et agencement des textures numériques : bases de données, archives ouvertes, épi-revues, «deconstructed / distributed journals»1

Le présent texte questionne l’édition de recherche numérique comme mise en évidence et prise en charge du caractère processuel, instable de production des textes. Notre réflexion s’inscrit dans le mouvement qui conduit à développer des dispositifs et des outils collaboratifs d’édition, de filtrage, de repérage, d’agrégation pertinente, non seulement de documents, et de ressources, mais aussi de conservation partielle des traces du travail critique de (re)-lecture et de (re)-écriture. Ce mouvement s’est par exemple, popularisé à travers l’expérience de Wikipédia. Nous sommes à présent dans une phase d’extension et de différenciation de ces modèles. Pour prendre un exemple, le projet Wicri2 et dans le domaine de l’ingénierie documentaire, le projet Artist3 explorent les usages de tels agencements. Ainsi Jacques Ducloy4, tente de mettre en évidence, les divers « rôles » dans les modèles éditoriaux de ce type et la diversité des nouveaux modes de bricolage d’écritures à l’œuvre dans ces espaces collectifs. Un auteur peut ainsi « modifier un paragraphe, avec une vision réduite à quelques lignes ; modifier le plan d'une page plus ou moins longue, - à la façon Word ; intervenir dans un document hypertexte distribué sur plusieurs pages  et dans un document scientifique, manipuler des objets complexes ayant leurs propres caractéristiques et leurs propres langages de description : formules en TeX, tableau en html, éléments de style en CSS, catégoriser (indexer, annoter) une page en important des éléments de connaissance disséminés dans le wiki intervenir au niveau d'un dossier ou d'un portail hypertexte, en s'appuyant par exemple sur des modèles, pour garantir une cohérence ; faire évoluer, au sein d'un wiki, la base de connaissance en ajoutant ou modifiant une catégorie ; en introduisant de nouvelles relations sémantiques dans un réseau de wikis (comme Wicri) intervenir en parallèle dans plusieurs wikis... »

Il serait donc dommageable d’enfermer la question de l’édition numérique dans un certain nombre de problèmes liés directement ou indirectement à la circulation des savoirs, à l’élargissement du jugement des pairs, aux questionnements entre pre-print et post-print, à la montée d’une société de contrôle scientifique, dédiée à sa propre évaluation et destinée à se dire « si belle en ce miroir ».

C’est ce que semble souhaiter, ou en tout cas laisser intacte, une partie des groupes multimédias qui tentent de perpétuer tant « l’ économie politique de l’édition héritée » que les formes de légitimation standard, mais aussi ceux qui ont renoncé à développer la place de la refléxivité au cœur même des sciences, et donc ceux qui ont renoncé à opposer toute résistance à une certaine position de pouvoir de la science, et aux formes de légitimation par la puissance [LYO 79].

Comme l’écrit Sandra Harding [HAR 86], « une science (maximalement) objective, qu’elle soit naturelle ou sociale, (serait) celle qui inclut un examen conscient et critique de la relation entre l’expérience sociale de ses créateurs et les types de structures cognitives privilégiées par sa démarche ».

En résonnance aux cortèges de scholastiques qui ici et là prolifèrent en partie à l’abri, d’une bureaucratisation croissante des critériologies présidant à l’évaluation des pratiques, des formes et des contenus, nous souhaitons mettre en évidence le caractère instable, processuel des hétérogenèses de la production des savoirs, afin d’en exhiber davantage les conditions de production, de mieux saisir l’articulation entre leurs pragmatiques internes et les pragmatiques externes

8.1.1 Production improductive vs production productive

Le mouvement de massification de la recherche, la contrainte à publier sous des conditions le plus souvent bureaucratiques, le caractère majoritairement reduplicatif des recherches, la constitution du chercheur en « petite région de transit dans un processus de métamorphose (…) comme partie d’un appareil bureaucratique de pouvoir scientifique (…) »[LYO 73] tout cela fait que le problème de l’évaluation des travaux, des critériologies, du crible permettant de démêler production improductive et production productive devient dramatique.

Et certains sont saisis de vertiges devant les possibilités qu’offrent les corpus numérisés des sciences, de pouvoir ainsi exercer une sorte d’évaluation permanente et fractalisée,5 recouvrant de sa vertu bureaucratique, la production et reproduction improductive des savoirs en quoi consiste la majorité des travaux.6 Par « production improductive », il faut entendre « un usage des savoirs dont les effets s’épuisent, non seulement dans la répétition simple du donné préexistant, mais dans l’engendrement des habitus typiques, étranges (…) de celui dont le savoir ne consiste qu’à être capable, dans le meilleur des cas, de reproduire, chez d’autres, son propre rapport—d’aisance, de familiarité, de maîtrise, de manipulation-- au savoir « déjà fait » : reproduction simple du savoir » [SIB 09]. Et ce, même si, à partir de l’altérité-création la plus infime qu’une reproduction simple introduit (création et /ou trahison, peu importe), les chercheurs tentent de rester en quête d’une « production productive ».

C’est dans ce contexte général, que se déploie la légitimation par la puissance, légitimation qui « n’est pas seulement la bonne performativité, mais aussi la bonne vérification et le bon verdict. Elle légitime la science et le droit par leur efficience, et celle-ci par ceux-là. Elle s’auto-légitime comme semble le faire un système réglé sur l’autonomisation de ses performances. Or c’est précisément ce contrôle sur le contexte que doit fournir l’informatisation généralisée » [LYO 79].

La production productive quant à elle est portée par ceux qui « engendrent un savoir utile et utilisable, une recherche féconde donc, enrichissant et complexifiant les savoirs préexistants qu’elle utilise et rendant le nouveau savoir produit propre à circuler vers d’autres chercheurs, d’autres disciplines et à participer ainsi à la reproduction élargie des savoirs » [SIB 09]. Création et pensée critique a minima.

Cette distinction entre production improductive et productive est toutefois complexe. La zone frontière entre les deux est mouvante, labile, et les fronts de recherche parfois difficiles à habiter. Cela l’est d’autant que l’on ne saurait séparer, sinon de manière artificielle, les processus de production, circulation, consommation des savoirs, qui sont « donnés » simultanément.

Le développement des archives ouvertes, en ce qu’il est emblèmatique de la diffusion scientifique entre pairs et au-delà, ne saurait donc éviter de s’interroger sur les dimensions épistémologiques et politiques des nouveaux dispositifs d’écritures au sein des disciplines, des savoirs, sur les procédés de la créativité, sur les procédés de son incarnation. Certes l’édition numérique ne porte pas seule ces enjeux, mais elle est un des terrains où se jouent les devenirs d’une sorte de « société ouverte de la science ». Les transformations en cours, la crise des dimensions collectives et processuelles du travail de recherche, impliquent d’interroger les modes d’écritures, les modes d’exposition des textualités en formation, les possibilités de parcourir les parties les plus vives des procès d’écriture, c’est-à-dire portant avec eux les processus de chaotisation et d’altération, les processus réflexifs, propres à l’exercice de la pensée et de la recherche.

Certains, parmi les « supporters » de l’édition numérique ouverte, ne souhaitent pas voir ces interrogations, scripturales et cognitives accompagner, enrichir la manière de promouvoir le mouvement des archives. C’est leur droit. Nous ne pouvons toutefois les suivre lorsqu’ils s’accordent avec Steven Harnad, pour énoncer qu’un « "overlay journal" notion is and always has been an inchoate, incoherent idea. Physicists thought that since they were happy just using the Arxiv version of preprints and postprints, the "journals" could be phased out, and the peer-review could be "overlaid" on Arxiv. But the journals are sustained by subscriptions, and therefore the costs of implementing the peer-review are paid by subscriptions. What does it mean to subscribe to an "overlay"? The answer is obvious: An "overlay" is just the service of peer review, its outcome certified by the journal-name and track-record. So why not call it what it always was: peer review, not "overlay journal." We all understand the difference between a print text and an online one, and we don't much care any more ».7

Ce type de position nous semble trop simpliste. Les expérimentations sur les nouvelles formes d’écriture ne doivent pas être aussi naïvement rejetées et la question d’une édition numérique de recherche, être aussi facilement écartée. Il ne s’agit pas de donner de nouveau habits au « peer reviewing » mais d’affronter, comme problème d’écriture, l’édition d’une partie du procès scientifique en acte. C’est la raison pour laquelle, nous souhaitons engager une expérimentation plus risquée des écritures dans le contexte actuel du renouveau de l’édition numérique8, expérimentation prenant en compte le nuage des formes d’expression qui entourent, traversent, troublent les écritures scientifiques et qui s’exhibe, aux alentours de la science. Cette dernière ne cessant de s’exposer sous les formes de «la maîtrise », et d’écarter toute interrogation sur sa position de désir et sa crispation réflexive.

8.1.2. Processualité documentaire

La question éditoriale est fondamentalement, aussi et encore, la question de la lecture, de ce qui se donne à lire, du travail critique de la lecture. De quelle manière de nouveaux modèles éditoriaux, comme celui des epi-revues (Overlay journal)9, peuvent-ils affecter de manière créative ce travail de lecture ?

« Dans le travail de lecture, une recherche produite s’offre à une consommation ou à une appropriation qui s’enchaîne immédiatement à une production nouvelle qui à son tour, et aussitôt, est une manière de faire circuler la première – d’écriture à écriture, de livre à livre, d’article à article, d’ouvrage à article…-- tout en rejoignant immédiatement la production de production, c’est-à-dire cette production primaire dans laquelle la transformation objective d’un espace du savoir est immédiatement transformation subjective de ses producteurs immédiats, ou autrement dit, où la transformation de soi passe dans et par la formation de nouvelles connaissances, de nouvelles perceptions, et à travers celles-ci, de nouvelles possibilités (…) de nouvelles puissances d’être affecté, et d’agir » [SIB 09]. De quelle manière, l’expérience du travail de la lecture, au milieu des processus d’écriture et de réécriture, peut-il être affecté ? Comment les mondes d’exposition numérique que les épi-revues tentent d’explorer, peuvent-ils participer, ne serait-ce que pour partie, d’une machine textuelle plus vaste qui « suspendrait la lecture dans un système ; ni fini, ni infini, labyrinthe abîme » [BEN 91] quoique toujours singulier ?

Comment ce travail de la lecture « à partir d'une linéarité ou d'une platitude initiale, (comme) acte de déchirer, de froisser, de tordre, de recoudre le texte pour ouvrir un milieu vivant où puisse se déployer le sens », sera-t-il favorisé par ces dispositifs d’édition par lesquels s’inscrivent ces procès ? Si « l'espace du sens ne préexiste pas à la lecture (et si) c'est en le parcourant, en le cartographiant que nous le fabriquons, que nous l'actualisons » [LEV 98], plus nous permettrons, localement, et selon des contraintes bloquant les risques de trop grande complexité10 la mise en évidence du procès d’écriture de la recherche, de la pensée, plus nous offrirons donc la possibilité de faire fusionner des hauts niveaux de perception avec des processus abstraits plus nombreux, plus les labyrinthes des écritures seront ouverts comme territoires de la créativité en acte. Il deviendrait alors possible de vivre plus intensément la textualité scientifique et critique comme événement11

De ce point de vue, il faudrait envisager de joindre à ce dispositif, des logiciels capables de générer, à partir de ce travail d’écriture-lecture en mouvement, des associations vers, ne serait ce que des fragments de l’éthologie conceptuelle12 en expansion dont les textes sont à la fois l’expression et l’exprimé, d’en proposer des cartographies selon des échelles variables, des logiciels capables d’offrir des combinatoires entre les agencements théoriques et pratiques. Encyclopédisme singulier, local en fait, ouvert en droit et en fait, des points de vue et des processus.

Il s’agit donc, de placer la variation au cœur du processus éditorial, et non de la laisser sur les marges.

Mais nous savons que beaucoup reste à faire, du côté de l’invention logicielle, invention dédiée à faire face à des populations toujours plus différenciées de textualités en procès. Et pourtant cette machine, comme le relève G. Bennington [BEN 91] est dèjà en place «  elle est le « déjà » même. On y est à l’avance inscrit, promesse de mémoire hasardeuse, dans l’à-venir monstrueux… ».

Mais nous pensons que les défis auxquels doit faire, aujourd’hui face, la pensée critique, voire les activités de recherche, dans le contexte de cette prolifération documentaire, dans le cadre d’une alliance complexe entre textes / images / sons, et entre formes documentaires et contraintes d’écritures scientifiques extrêmement différenciées, militent en faveur d’expérimentations creusant la question des écritures à partir des agencements éditoriaux numériques actuels ou possibles et ce, à des niveaux d’échelles variables et ouverts.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, les transformations affectant les conditions, matérielles et idéelles de la production-circulation-consommation des savoirs n’ont cessé de se développer. Et depuis le milieu des années 80, puis de manière accélérée depuis le début des années 90, avec l’avènement quasi simultané, du second Internet (W3C) et de nouveaux modes éditoriaux, (en particulier les scientifiques), ces transformations ont pris une ampleur considérable. Ces transformations de la sphère éditoriale scientifique sont en effet, à l’oeuvre avec vigueur, depuis le début des années 90 et elles sont loin d’être stabilisées. Le passage d’un mode d’édition « blanchi sous le papier » avec ses dispositifs de fabrication, (leur sociologie) de financement, de légitimation (critériologie de sélection scientifique) et distribution, vers un mode éditorial numérique, hypertextuel complexe, s’est accéléré depuis une dizaine d’années. La première phase de ce passage est à présent bien avancée et la saturation des formes héritées du papier, toujours présentes au cœur des premières réalisations numériques est en cours. Une seconde phase est en train de se déployer.

Elle consiste à mettre la question de l’édition numérique « au milieu » ou si l’on préfère, sous les contraintes d’une réflexion critique concernant les conditions de production / circulation /consommation des savoirs scientifiques, tout en développant l’expérimentation de dispositifs éditoriaux, qui rendent possible l’expression du travail de recherche, ses processualités, ses incertitudes, ses hésitations.

8.2. Edition de recherche et processualités : de l’avenir des écritures

Michel Foucault déclarait dans un entretien avec Didier Eribon 13, « Vous savez à quoi je rêve ? Ce serait de créer une maison d’édition de recherche. Je suis éperdument en quête de ces possibilités de faire apparaître le travail dans son mouvement, dans sa forme problématique. Un lieu où la recherche pourrait se présenter dans son caractère hypothétique et provisoire ».

C’est dans ce sens que nous souhaitons poursuivre et approfondir le chemin ouvert par Paul Ginsparg et le mouvement mondial des archives ouvertes, en présentant un dispositif éditorial tentant de répondre pour partie au souhait formulé plus haut.
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