1. 1 La linguistique cognitive existe-t-elle ?








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[Conférence plénière prononcée au Congrès Mondial de Linguistique Française, Paris, juillet 2008, texte paru dans les Actes du Colloque, CD-Rom et www.linguistiquefrancaise.org]

Linguistique française et cognition

Catherine Fuchs

(LATTICE, CNRS/ENS)

La question des liens entre linguistique française et cognition peut se décliner de plusieurs façons. Si l’on entend par ‘linguistique française’ l’ensemble des travaux de linguistique portant sur le français, quelle que soient les théories sur lesquelles ils prennent appui, la question revient à identifier parmi ces théories celles qui se déclarent cognitives. Dans cette perspective, rien ne concerne spécifiquement la linguistique française : au même titre que les spécialistes de n’importe quelle autre langue, les francisants soucieux de cognition se retrouvent au sein des associations (nationales ou européenne) de linguistique cognitive.

En revanche, la question prend une autre dimension si l’on s’attache à certains édifices théoriques élaborés par des linguistes français ou francophones (et largement repris dans des travaux de linguistique française) — ceci bien évidemment sans chauvinisme aucun, et en conservant à l’esprit que la science a vocation à dépasser toutes les frontières. C’est cette seconde perspective que j’adopterai ici.

Je rappellerai tout d’abord (§ 1) les conditions historiques d’émergence, aux Etats-Unis, de la linguistique dite ‘cognitive’, qui s’est construite sans référence aucune aux théories de linguistique française développées (antérieurement ou parallèlement) en Europe. Certaines de ces théories, pourtant, proposaient des approches qui, en droit, participent d’une problématique cognitive ; je m’attacherai à deux grands courants de linguistique française tout à fait représentatifs à cet égard : la théorie psychomécanique de Gustave Guillaume (§ 2) et les théories de l’énonciation (§ 3).

1 La linguistique dite ‘cognitive’


Dans un article récent, fort stimulant, Gilbert Lazard affirme — c’est le titre même de son papier — que “la linguistique cognitive n’existe pas” (Lazard, 2007). Résumons tout d’abord l’argumentation de l’auteur, avant de rappeler le contexte historique qui a présidé à l’émergence de théories linguistiques dites ‘cognitives’, et d’évoquer les principaux enjeux de ce tournant pour la discipline.

1.1 La linguistique cognitive existe-t-elle ?


Selon notre auteur, le terme de ‘sciences cognitives’ désigne un ensemble de disciplines qui, telles la neurobiologie, la psychologie, ou l’intelligence artificielle, “prennent pour objet des aspects divers de l’activité sensorielle et intellectuelle par laquelle l’être humain prend connaissance du monde qui l’entoure” (Lazard, art. cit. : 3). Or, dit-il, si l’on inclut la linguistique dans cet ensemble, au nom des liens entre le langage et la pensée, alors “toute linguistique est cognitive”. A l’inverse, si on l’en exclut, au nom de la spécificité des phénomènes langagiers et qu’on la considère comme une discipline connexe mais distincte, alors “aucune linguistique n’est cognitive”. Dans un cas comme dans l’autre, “la notion de linguistique cognitive est obscure” (ibidem).

Les théories linguistiques se proclamant cognitives seraient toutes, en effet, confrontées au dilemme suivant. Soit elles ne feraient que revenir à la conception traditionnelle de la langue comme système symbolique de mise en correspondance entre formes et sens, soit elles sortiraient du champ propre de la discipline, en tentant de trouver des motivations ‘externes’ aux phénomènes linguistiques observés ou d’inférer des propriétés générales de l’esprit humain à partir de ces observations. Dans le premier cas, ce ne serait que de la linguistique (au sens le plus classique du terme) ; dans le second, ce ne serait plus de la linguistique. Quant aux ‘instruments intellectuels’ (comme, par exemple, la notion de prototype) que ces théories, soucieuses d’ouverture, peuvent se trouver emprunter à d’autres disciplines des sciences cognitives, “à vrai dire, pour ce faire il [= le linguiste] n’a pas lieu, en principe, de se borner aux disciplines voisines : il peut prendre son bien partout où il le trouvera” (art. cit. : 15).

En définitive, l’appellation ‘linguistique cognitive’ ne serait donc qu’une “expression à la mode, dépourvue de sens ailleurs qu’aux Etats-Unis et en tout cas chez tous ceux qui n’ont pas subi l’emprise du générativisme. L’adjectif est de trop : la linguistique cognitive, c’est de la linguistique tout court. Cela dit, cette mode comporte un risque, celui de noyer le linguistique dans le cognitif, autrement dit d’oublier sa spécificité” (art. cit. : 14).

Pour en juger, tournons-nous donc vers ce que l’on est convenu d’appeler le ‘tournant cognitif’ de la linguistique, au milieu des années 1950 aux Etats-Unis (les repères historiques qui suivent sont repris de Fuchs, 2004 : 6-12).
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