“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie”








télécharger 90.39 Kb.
titre“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie”
page1/3
date de publication31.03.2017
taille90.39 Kb.
typeRecherche
b.21-bal.com > comptabilité > Recherche
  1   2   3



Marc RENAUD
Sociologue, département de sociologie, Université de Montréal

(1985)

“De la sociologie médicale
à la sociologie de la santé;
trente ans de recherche
sur le malade et la maladie”

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

Professeur sociologie au Cégep de Chicoutimi

Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca
Dans le cadre de "Les classiques des sciences sociales"

Site web: http://classiques.uqac.ca/

Une bibliothèque fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, sociologue
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/


Cette édition électronique a été réalisée Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de soins infirmiers retraitée de l’enseignement au Cégep de Chicoutimi
Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca
à partir du livre de :
Marc Renaud, “De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jacques Dufresne, Fernand Dumont et Yves Martin, Traité d'anthropologie médicale. L'Institution de la santé et de la maladie. Chapitre 13, pp. 281-291. Québec: Les Presses de l'Université du Québec, l'Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Presses de l'Université de Lyon, 1985, 1245 pp.
M. Marc Renaud est sociologue au département de sociologie de l’Université de Montréal.
[Autorisation formelle de l’auteur accordée le 7 mai 2006.]
Courriel : marc.renaud@gmail.com
Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les citations : Times New Roman 12 points.

Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2004 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition numérique réalisée le 10 mai 2006 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Québec, Canada.


Marc Renaud

Sociologue, département de sociologie, Université de Montréal
“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie”.


Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jacques Dufresne, Fernand Dumont et Yves Martin, Traité d'anthropologie médicale. L'Institution de la santé et de la maladie. Chapitre 13, pp. 281-291. Québec: Les Presses de l'Université du Québec, l'Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Presses de l'Université de Lyon, 1985, 1245 pp.


Table des matières

Introduction
La maladie comme conduite sociale

Le malade comme produit social
Conclusion


Marc RENAUD,

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé;
trente ans de recherche sur le malade et la maladie” *.
Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jacques Dufresne, Fernand Dumont et Yves Martin, Traité d'anthropologie médicale. L'Institution de la santé et de la maladie. Chapitre 13, pp. 281-291. Québec: Les Presses de l'Université du Québec, l'Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Presses de l'Université de Lyon, 1985, 1245 pp.

Introduction

Retour à la table des matières
Les sociologues intéressés par les questions de santé se sont penchés longuement sur le malade et la maladie comme tels, un peu à la manière des médecins. Si l'on examine les cinq principales revues 1 auxquelles ils ont contribué, on constate que la moitié des articles portent sur l'organisation et l'évolution de la division médicale du travail, sur l'organisation des hôpitaux et des établissements de soins et sur les politiques de santé. L'autre moitié traite du malade et de la maladie : c'est ce dont nous allons parler ici.
Alors que ces recherches étaient centrées, depuis le début des années 50, sur le thème de la maladie comme conduite sociale 2, depuis dix ans, une autre façon de voir est apparue, parfois en s'opposant à la première 3, pour mettre l'accent sur le malade comme produit social. 4 Aujourd'hui, l'analyse de la maladie comme conduite sociale occupe environ le tiers de la production sociologique dans le domaine de la santé alors que la seconde perspective en regroupe un peu moins du quart.
Il est impossible de dresser en quelques pages un bilan exhaustif de cette production sociologique. Toutefois, il n'est pas inutile de faire état, au risque d'être superficiel, des principales questions qui y sont abordées et de certains des résultats de recherche les plus saillants.
La maladie comme conduite sociale


Retour à la table des matières
C'est en 1951 que Talcott Parsons, sociologue aujourd'hui fort contesté pour le conservatisme de ses thèses, publia un texte 5 qui donna le coup d'envoi à la réflexion sociologique sur la maladie. Avant lui, on ne faisait guère plus que des corrélations entre des variables sociales et des variables biologiques, en se basant uniquement sur ce que les médecins en disaient et sans tenir compte de ce qui est au fond une évidence: quelqu'un est perçu comme malade uniquement quand il se dit malade ou se comporte à la façon d'un malade (selon les normes sociales).
Un des défis lancés à la sociologie était donc de comprendre les raisons de ce hiatus potentiel entre l'« être » et le « faire », entre l'expérience de la maladie et la conduite de malade. Pourquoi certains groupes se comportent-ils différemment devant les mêmes symptômes ? Pourquoi certains individus se déclarent-ils malades et d'autres pas ? Pourquoi l'un consulte et non pas l'autre ? Comment les gens s'y prennent-ils, et avec l'aide de qui, pour choisir (ou pour refuser de voir) un thérapeute ? Comment réagissent-ils à ses ordres ? Etc.
Parsons eut cette intuition que le rapport d'un individu à sa maladie est, d'une certaine manière, la manifestation du rapport que cet individu entretient avec les valeurs de sa société. Pour la société, par ailleurs, la maladie contient en germes des menaces pour la stabilité de l'ordre social, menaces que la société doit arriver à contrôler par l'intermédiaire de la médecine. Dans ce contexte, la maladie est définie comme une déviance par rapport aux normes sociales suivant lesquelles les individus doivent remplir leurs fonctions et leurs devoirs dans la société, au même titre d'ailleurs qu'elle est déviance par rapport à une norme biologique. Toutefois, cette déviance a une forme toute particulière en ce sens que, contrairement à la criminalité ou à la délinquance par exemple, l'individu n'en est pas tenu responsable. De plus, dès lors qu'il cherche à se rétablir et qu'il n'abuse pas des « bénéfices secondaires » associés à la maladie (congé de maladie, etc.), il est exempté de ses obligations quotidiennes normales, qu'elles soient instrumentales ou affectives.
Le concept-clé ici est celui de « rôle de malade ». C'est cet ensemble d'attentes et de normes socio-culturelles qui se sont développées afin de prévenir les séquences potentiellement désintégratrices de la maladie pour un groupe ou con
pour la société. Le « rôle de malade » rend légitimes les déviations causées par la maladie et conduit le malade à la réintégration sociale grâce à la relation patient-médecin. Ce rôle comporte des droits : aucune responsabilité personnelle dans la maladie, exemption des responsabilités quotidiennes normales; et des devoirs: obligation d'essayer de se rétablir, obligation de consulter l'aide technique compétente et de s'y soumettre. L'existence d'un tel « rôle de malade » permet donc à une forme de déviance sociale de se manifester. Alors même que la maladie est socialement explosive parce qu'elle est une des seules formes de déviance légitime, le « rôle de malade » permet à la société de le contrôler et d'en limiter l'impact grâce à la supervision médicale.
Des centaines d'articles et de livres ont été écrits depuis trente ans afin de valider ce concept, de l'illustrer, de le critiquer ou encore de l'enrichir par des concepts-annexes - comportement de malade (illness behavior), carrière de malade (illness career), mécanismes d'accommodation (coping behavior), recours aux soins (help-seeking behavior), etc. L'abondance des recherches qui ont été entreprises sur ce thème et le caractère relativement cumulatif des résultats permettent, d'ailleurs, de voir dans cette piste de recherche un véritable paradigme scientifique. 6 Dans ce cadre, voyons maintenant brièvement les principales conclusions auxquelles ces études ont donné lieu:
a) Nous savons, d'abord, que ce rôle de malade ne se retrouve pas dans la réalité de manière aussi uniforme que ce que Parsons laissait sous-entendre. Par exemple, dans une étude sur des couples mariés d'âge moyen dans le Rhode Island aux États-Unis, on s'est aperçu que les Juifs s'y conforment plus que les Protestants - plus réticents à voir un médecin - et les Italiens moins coopératifs dans le traitement médical. 7 On sait, également, que les femmes ont beaucoup plus tendance que les hommes à consulter un médecin et à se porter malades, mais on n'arrive pas à savoir si cela est attribuable à des taux de morbidité différents ou à une socialisation différente par rapport aux symptômes et à la douleur. 8 Le niveau socio-économique et le niveau d'éducation ont également une influence sur la propension à recourir aux soins médicaux. 9 Le degré de sévérité des symptômes ressentis, la gravité et le caractère ambigu du pronostic contribuent également à renforcer la conformité au rôle de malade. 10 Bref, sans remettre fondamentalement en cause l'existence d'un tel rôle de malade, ces études montrent qu'en réalité les gens ne réagissent pas tous de la même manière devant les mêmes symptômes et, dès lors, qu'il faut nuancer ce concept de rôle.
b) On a également découvert que ce concept s'applique mieux aux cas de maladie aiguë et qu'il permet mal de comprendre les affligés de maladies chroniques (cancers, maladies cardiaques, diabète, etc.), qui sont en nombre croissant. Ici, en effet, la maladie n'est pas temporaire et on ne peut s'attendre à ce que le malade retrouve totalement la santé et reprenne complètement ses fonctions normales. Le malade doit donc s'ajuster à une condition plus ou moins permanente. 11 Dans le même ordre d'idées, on a soutenu que ce concept n'était pas valide pour la maladie mentale car le psychiatre ne s'attend pas à une soumission aussi grande de son patient que ce qui est le cas pour les maladies physiques ; de plus, il est souvent préférable de ne pas soustraire ces individus à leurs obligations quotidiennes. 12
c) D'autres études se sont attachées à identifier les facteurs socio-affectifs qui font qu'une personne accepte de se convertir en patient et, ainsi, de se soumettre à ce qui n'est pas toujours agréable, ni toujours utile, et encore moins valorisant : le traitement médical. Par exemple, on sait que des gens de groupes ethniques différents ne se comportent pas de la même manière devant la douleur et ainsi ne rentrent pas de la même manière en relation avec le personnel soignant. L'attitude sur-protectrice de la mère durant l'enfance serait une explication plausible de niveaux différents d'anxiété. 13 Plus les gens ressentent de difficultés dans la vie (sentiment d'isolement, stress, etc.), plus ils ont tendance à consulter et à être coopératifs. Toutefois, si les symptômes sont atypiques et peu familiers, les facteurs socio-affectifs ont moins d'importance. 14
d) Enfin, quelques études ont examiné les mécanismes macrosociologiques d'inclusion/exclusion dans le « rôle de malade ». On y étudie comment la société manipule l'attribution de ce rôle afin de renforcer l'ordre social et comment certains groupes l'utilisent comme moyen de légitimation et/ou de négociation avec d'autres groupes. Par exemple, dans une étude sur la manière dont les travailleurs sociaux perçoivent les alcooliques dans la ville de New York, on s'est aperçu que les travailleurs sociaux refusent à ces derniers - reflétant en cela l'ambiguïté des valeurs sociales - le droit de se définir comme malades et de se comporter suivant le rôle de malade. C'est, disent-ils, l'alcoolique qui est responsable de sa condition, il peut donc s'en sortir, s'il le désire, sans être exempté de ses responsabilités quotidiennes normales. 15 Au cours d'une autre recherche sur les mères de famille qui bénéficient de l'aide sociale dans la même ville, on a découvert que celles-ci ont tendance à accepter l'idée suivant laquelle être inscrites au bien-être social représente un échec personnel. Parmi elles, celles qui ne voyaient pas comment elles pourraient s'en sortir un jour, adoptent toutes le rôle de malade pour rendre cet échec légitime aux yeux d'autrui. 16 Dans une autre étude qui voulait expliquer « l'épidémie » de crises hystériques de femmes américaines au tournant du siècle, on a proposé que cette utilisation du rôle de malade par les femmes représentait pour elles un moyen de se soustraire à leurs obligations reproductives et domestiques et, ainsi, d'imposer une nouvelle vision du rapport homme-femme. À la même époque, par ailleurs, on refusait le rôle de malade aux femmes migrantes afin de les discipliner et de les forcer à se conformer à la culture dominante. 17

Quand on fait le bilan de ces recherches, ce qui saute aux yeux, c'est qu'on y a surtout raffiné une observation somme toute assez banale: la maladie est le plus souvent accompagnée de certains comportements qui sont, fonction de facteurs objectifs et subjectifs (voir la troisième partie de ce texte), par nature sociologiques et psychologiques et non pas biologiques. La maladie est une conduite sociale. Il faut donc comprendre en quoi le statut social, le sexe, l'ethnie, le type de morbidité, etc. la déterminent. Il faut clarifier les normes qui lui donnent forme et essayer de comprendre ce que cela implique pour l'institution médicale.
De plus, ces études soulèvent une question normative tout à fait fondamentale: qui, dans quelles circonstances, va se voir attribuer le « rôle de malade » et, ainsi, se voit légitimé dans son comportement déviant et confié au contrôle de la profession médicale ? Doit-on emprisonner, rééduquer ou traiter psychiatriquement les gens qui battent leurs enfants ? Qui doit s'occuper de ceux qui s'injectent des substances hallucinogènes dans les veines ? Les médecins ? Les avocats ? Les travailleurs sociaux ? Que doit-on faire des gens qui boivent de l'alcool ou fument au point d'en raccourcir leurs jours ? Les laisser tranquilles ? Les déclarer malades et, dès lors, les forcer à se traiter et les exempter temporairement de leurs obligations ? Les enfermer dans un hôpital ? Les forcer à joindre un groupe d'Alcooliques Anonymes ou un groupe de soutien dans la désintoxication tabagique ? Etc. Toutes ces questions posent le problème du contrôle social exercé sur le malade par la société à travers l'appareil médico-social. C'est là que débouche ultimement ce paradigme de recherche.

  1   2   3

similaire:

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconLes fondements de la sociologie
«il existe des obstacles épistémologiques à la vérité». La sociologie est donc un objet de débat et donc Bourdieu dira que c’est...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” icon«Sociologie et sciences sociales.» Un document produit en version...
«Sociologie et sciences sociales» — De la méthode dans les sciences, Paris: Félix Alcan, 1909, pp. 259-285

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconI-qu’est ce que la sociologie ?

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconU s1 Psychologie, sociologie, anthropologie

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconChapitre Préliminaire : introduction épistémologique à la Sociologie Politique
«la plus ancienne et la plus neuve des disciplines Scientifique et Morale». Nous allons démarrer notre ensemble de cours sur cette...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconMinistère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
«De tous les horizons, désormais, physiques, biologiques, anthropo-sociologique, s’impose le phénomène système. Tous les objets clés...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconRéforme de la biologie médicale : menace sur le maintien des laboratoires...
«la biologie médicale», dans son rapport en réponse du 2 juillet 2013, recommande notamment à l’État, d’ «assurer un pilotage national...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconLittérature russe léon Tolstoï (Толстой Лев Николаевич) 1828 1910...
«Je tombai malade, plutôt moralement que physiquement, etc.», ou : «Il arriva ce qui se produit quand une maladie intérieure est...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconEssais & Recherches, Nathan, 1991
«la sociologie : une science ou non ? Comme les autres ou pas ?»; préoccupation chère à P. Bourdieu également et déjà à l’origine...

“De la sociologie médicale à la sociologie de la santé; trente ans de recherche sur le malade et la maladie” iconSociologie de la famille, 12 octobre 2011. Konstantinos (Costa) Delimitsos
«Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soi» (1840)








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com